‹ Œuvres inéditesChapitre 68 sur 81 · DU RAPPORT DES HOMMES AVEC LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DU RAPPORT DES HOMMES AVEC LES ANIMAUX

Il y a autant de diverses espèces d'hommes qu'il y a de diverses espèces d'animaux, et les hommes sont à l'égard des autres hommes ce que les différentes espèces d'animaux sont entre elles, et à l'égard les unes des autres. Combien y a-t-il d'hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents? Les uns comme des tigres toujours farouches et toujours cruels^ et d'autres comme des lions et gardant quelque apparence de générosité; d'autres comme des ours grossiers et avides; d'autres comme des loups ravisseurs et impitoyables ; d'autres comme des renards qui vivent d'industrie et dont le mestier est de tromper.

Combien y a-t-il d'hommes qui ontjdes rapports aux chiens? Ils détruisent leur espèce, ils chassent pour le plaisir de celui qui les nourrit; les uns suivent toujours leur maître^ les autres gardent sa maison. Il y a des lévriers d'attache qui vivent de leur valeur, qui se destinent à la guerre et qui ont de la noblesse dans leur courage. H y a des dogues acharnés qui n'ont de qualités que la fureur. II y a

des chiens plus ou moins inutiles qui aboient souvent et qui mordent quelquefois : il y a mesme des chiens de jardinier. Il y a des singes et guenons qui plaisent par leurs manières, qui ont de l'esprit et qui font toujours du mal. Il y a des paons qui n'ont que de la beauté, qui déplaisent par leur chant et qui détruisent les lieux qu'ils habitent.

Il y a des oiseaux qui ne sont recommandables que par leur ramage et par leurs couleurs. Combien de perroquets qui parlent sans cesse et qui n'entendent jamais ce qu'ils disent!

Combien de pies et de corneilles qui ne s'apprivoisent que pour dérober.

Combien d'oiseaux de proie qui ne vivent que de rapines.

Combien d'espèces d'animaux paisibles et tranquilles qui ne servent qu'à nourrir d'autres animaux.

Il y a des chats toujours au guet^ malicieux et infidèles, et qui font patte de velours.

Il y a des vipères dont la langue est venimeuse et dont le reste est utile.

Il y a des araignées, des mouches, des punaises et des puces qui sont toujours incommodes et insupportables.

Il y a des crapauds qui font horreur et qui n'ont que du venin.

Il y a des hiboux qui craignent la lumière.

Combien d'animaux qui vivent sur terre pour se conserver.

Combien de chevaux qu'on emploie à tant d'usages et qu'on abandonne quand ils ne servent plus.

Combien de bœufs qui travaillent toute leur vie pour enrichir celui qui leur impose le joug.

Des cigales qui passent leur vie à chanter.

Des lièvres qui ont peur de tout.

Des lapins qui s'espouvantent et rassurent en un moment.

Des pourceaux qui vivent dans la crapule et dans l'ordure.

Des canards privés qui trahissent leurs semblables et les attirent dans les filets.

Des corbeaux et des vautours qui ne vivent que de pourriture et de corps morts.

Combien d'oiseaux passagers qui vont si souvent d'un bout du monde à l'autre, qui s'exposent à tant de périls pour chercher à vivre.

Combien d'hirondelles qui suivent toujours le beau temps.

De hannetons inconsidérés et sans dessein ; de papillons qui cherchent le feu qui les brûle.

Combien d'abeilles qui respectent leur chef et qui se maintiennent avec tant de règle et d'industrie.

Combien de freslons vagabonds et fainéants qui cherchent à s'establir aux dépens des abeilles.

Combien de fourmis dont la prévoyance et l'économie soulagent tous leurs besoins.

Combien de crocodiles qui feignent de se plaindre pour dévorer ceux qui sont touchés de leurs plaintes.

Et combien d'animaux qui sont assujettis parce qu'ils ignorent leur force.

Toutes ces qualités se trouvent dans l'homme, et il exerce à l'esgard des autres hommes tout ce que les animaux dont on vient de parler exercent entr'eux.

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