MOTIN A LA GOUTTE BERNARD
Amour n'a plus de traictz; ils n'ont plus de pointure. Une Goutte lui sert, a miracle nouveau. Tout ainsy que jadis luy servoit son flambeau, A faire dans nos cœurs une belle ouverture.
Eh ! mon Dieu ! n'est-ce pas une estrange advanture ? La Goutte doibt avoir la nature de l'eau ; Cependant une Goutte eschauffe le cerveau, Et contre sa nature ha du feu la nature.
Ainsy voit-on l'eau fort et l'eau-de-vie avoir D'enflamer, de brasier, un semblable pouvoir; Mais, en bruslant aultruy, l'une et l'autre s'allume.
Geste Goutte diffère avec elles d'un point : D'enflamer, de brusler, c'est tous jour s sa constume; Toutesfois, en bruslant, elle ne brusle point.
SONNETS 3î
Elle a médit, superbe, indiscrette, insensée. De ma Croix, bel et chaste ornement de mes vers. Digne que sa vertu, par ce grand univers, Soit aux siècles futurs en mémoire laissée!
Puisse-t-elle endurer tout ce que la pensée De tyrans a pensé de martires divers : Qu'elle soit enterrée avant que trespassée. Que vivante elle soit la pasture des vers.
Il ne fault que le feu punisse un tel blasphème ; Si le forfait est grand, la peine soit de mesme : On ne pour r oit aussy la brusler qu'une fois.
Ce serait l'honnorer d'une peine trop belle Que la faire brusler pour l'amour de la Croix, Car c'est à moy tout seul d'estre bruslé pour elle. Motin. ^ j
Je ne sçay quel démon qui préside aux amours M'a fait avoir un bien dont j'estois en attente, Encores que le temps, qui les âmes contente, Pouvait à mon tourment donner quelque secours.
Cette heureuse faveur, de mes maux le recours. Me vint sans un désir qui les hommes tourmente. Je l'eus sans y penser; mais, faut-il que je mente! Comment, s ans y penser !... J'y pensois tous les jours.
J'attendais ce bonheur d'une attente incertaine. Quand vous avez chassé la source de ma peine. Cet espoir qui m'alloit de promesses charmant...
Ainsi j'auray l'honneur de vos faveurs secretîes, Et vous aurez l'honneur de bien payer vos debtes : Payer avant le temps, c'est payer doublement.