‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 68 sur 84 · Leurs est peu distinct; il y a peut-être cent · texte numérisé non relu

Leurs est peu distinct; il y a peut-être cent

2. 11 semble bien que ces termes visent François Mesmer, le fameux inventeur du magnétisme animal dont le nom est prononcé un peu plus loin. On sait que le public parisien avait fait à ce savant quelque peu charlatan un accueil vraiment enthousiaste. Le gouvernement proposa même à Mesmer de lui acheter le secret de sa

enfle son style de grands mots et me dise... je laisse autour de lui la foule

A grands flots accourue, et la bouche béante, Debout, le cou tendu, l'écouter, l'adorer, Ouvrir un grand œil bète et croire l'admirer.

Et je viens avec toi, dans un vers plaisant, te faire rire à ses dépens. Ami sage, garde donc ces vers et ne les montre point, de peur que l'Arabe ne m'envoie à sa place aux murs de Trébisonde et que M. Mesmer, en bien mauvais français, ne prouve à ses... que mes vers sont mauvais.

Chante-nous, ô nymphe toscane, l'histoire du fogg. groupe sous lequel nous sommes assis... Vois

méthode curative moyennant une rente annuelle de 20.000 livres. Mesmer refusa, mais obtint bien davantage d'une souscription publique ouverte par ses disciples. Il publia, dans im français quelque peu teinté de germanisme, divers écrits pour défendre son système et pour en retracer les origines .

I . Cette nerveuse ébauche qui promettait un magnifique poème a sa contre-partie dans l'idylle bucolique de L'amant insensé. Cf. l'édition en cours de publication de M. DimofT, t. I, p. iSg-i^o. En publiant le fragment ci-dessus que nous avions déjà fait connaître au public, M. Dimofl'ajugé à propos de dégager du texte en prose certains vers alexandrins qui s'y trouvent enchâssés. Après réflexion, nous avons cru devoir maintenir la disposition de notre première édition et laisser dans le texte des vers que le poète ne nous présente pas comme tels et qui sont peut-être sortis tout fondus de son esprit, sans même qu'il en eut conscience. Dans un passage de la Perfection des arts, Chénier semble s'excuser de ce penchant à versifier en prose dont Ovide se faisait au contraire un mérite. (cf. ci-dessus, page 28).

23o ANDRÉ CHÉNIER

comme elle avance la tête pour l'embrasser, comme ses lèvres entr'ouvertes. . . comme ses yeux en pleurs regardent... Chante...: tous les arts sont à toi... tu touches la lyre... une voix coule de ta bouche...

Moins pures mille fois, dans ta belle Patrie Coulent ces larmes d'ambre honneur de l'Étrurie, Qu'aux bord de l'Eridan pleurent de leurs rameaux Les sœurs de Phaéton

Elle venait, elle lui portait des fleurs, des fruits. Souvent elle lui chantait des chansons... souvent elle le caressait, l'embrassait... elle croyait quelquefois qu'il lui rendait ses baisers. . . qu'il s'échauffait. . . que la chair bondissait sous ses doigts...

Enfin le dernier soir elle vint... la lune... elle entra dans ce bocage... « Tevoilà! toujours beau... mais n'as-tu rien à me dire... .^^Chaque jour, j'attends le moment de te voir avec impatience ; je trouve le soleil trop lent; j'espère te trouver changé... j'arrive, et tu es toujours le même... tu détournes toujours ta belle tête de la même manière... toujours tes belles lèvres semblent vouloir me parler et gardent le silence. .. toujours les fleurs, les fruits que je cueillis pour toi languissent à tes pieds et meurent comme moi*, sans que tu y fasses attention... Je n'ose plus chercher mes compagnes: je les fuis, parce qu'elles disent en me voyant et me montrant au doigt : «Voilà

I. Var. : que je t'apporte languissent, se sèchent, se flétrissent à tes pieds comme moi.

KSQUISSES ET NOTES LITTERAIRES 23l

l'amante d'une pierre.»... Ne suis-je plus assez belle pour toi.^... J'étais belle autrefois... toi seul est cause... pour toi je suis devenue pâle comme toi... puissé-je comme toi devenir froide... L'insomnie... mais si quelquefois le sommeil... alors seulement je suis heureuse... tu n'es plus une pierre... tu marches... tu vois, tu touches... tu n'as conservé que tes traits et ta beauté, ta voix est douce comme... Je me réveille dans de douces extases... Faut-il que tout mon bonheur ne soit qu'un songe!... Tu ne veux pas m'aimer .►^ Tu me verras mourir sans pitié ?. . . Va, tu n'es qu'une pierre, une pierre insensible, dure, froide, sans âme... La mer en ce moment se tait... 0 Lune ! Etoiles... O Lune, tes doux rayons traversent les feuillages pour venir se reposer sur lui. . . tu lui souris avec complaisance. . . car tes yeux n'ont jamais rien vu de si beau... ce visage si doux... cette poitrine pure et belle comme toi... Astres... tel est Apollon, tel est Bacchus. Ah ! faudra-t-il mourir sans entendre sa voix? Parle, bel enfant, parle, dis-moi que tu m'aimes, que mes bras qui te près- f'97sent... O dieux, qui pouvez tout... animez-le, ou vous ne pouvez rien. O dieux, si... si dePygmalion la statue adorée respira,

leva les yeux Et vit au môme instant son amant et les cieux... Souffrirez- vous qu'ici votre plus bel^uvrage Ne soit qu'un vain fantôme et qu'une froide image?

Mais vous m'entendez. . . Je sens, certes, quejeneme

trompe pas... je sens le marbre qui s'échauffe... du sang coule dans ses veines... C'est moi qui l'ai animé... Mes baisers lui ont donné la moitié de mon ame — O dieux, qu'il soit toujours avec moi, qu'il vive de ma vie, et qu'unis aujourd'hui, je vive et meure auprès de lui !

Que même après la mort... » Sa prière exaucée, (Malheureuse !. . .) s'éteint sur sa lèvre glacée,

sa langue immobile n'articule plus... Les dieux ont mal exaucé tes vœux , malheureuse ! . . . Sa tête ne peut plus remuer... le sang se durcit et s'épaissit en marbre... ses pieds s'attachent à la terre... Ses' yeux étaient en pleurs, une larme de pierre se durcit sur sa joue... son cœur aimé devient une pierre dure et froide. . . Et voilà : tu vis comme lui, auprès de lui, tu meurs avec lui. Après sa mort, tu n'en es point séparée, mais ce n'est point ainsi que tu le désirais.

^ 97 v°. Jamais*, nymphes d'Enna, d'une plus dure main Avez-vous dans le deuil outragé votre sein? Jamais

I. La pièce de vers ci-dessus représente évidemment la mise en œuvre poétique du développement qui la précède. Elle est d'ailleurs transcrite à la suite de ce développement (f° 97 verso), mais à rebours. On saisit ici l'un des procédés de travail de Chénier : il semble n'avoir jamais abordé de sang-froid un tlième réputé poétique, mais, entraînant son imagination dans un travail de composition en prose, il ne commençait à versifier que lorsque les idées et les images s'oilraient à lui en abondance.

Qu'au temps où Parlhénis\ honneur de votre cour, Se laissait consumer par un- vain amour? Combien à votre voix plaintive et gémissante, Gémirent les forets d'Eryx et d'Agrigente, Lorsqu'elle périssait pour un marbre divin Que... Polyclète la main!

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