‹ ŒuvresChapitre 107 sur 148 · i i. Esdr. IX , 6. — « Ibid · texte numérisé non relu

i i. Esdr. IX , 6. — « Ibid

CIIUÉTIENNES ET MORALES.

lus nostris pessimiSy et in deiicto nostro vuzgno'. C'est ce péché capital que nous devons combattre avec le plus de vigueur, pour parvenir à une véritable conversion; parce qu'en subjuguant l'inclination qui commande en nous, nous abattrons du même coup toutes les autres qui en dépendent, et le cœur se trouvera affranchi de l'empire des passions. On ne doit pas craindre les difficultés qu'on peut éprouver dans ce combat ; parce qu'on parviendra sûrement à vaincre ses inclinations, pourvu qu'on entreprenne sa conversion avec force : et s'il en coûte pour résister à soi-même, le plaisir que l'on goûte à se faire violence est bien propre à nous animer, et à nous dédommager abondamment de tous nos sacrifices.

Mais il faut encore entrer dans les sentiments de la justice divine, et pour cela imiter Ninive renversée par la pénitence; prendre surtout pour modèle la pécheresse aux pieds de Jésus, qui renverse tout, et\ faisant servir à la réparation de ses iniquités tout ce qui lui a servi d'instrument pour les commettre.

Si l'on lie veut pas se tromper dans une affaire d'aussi grande conséquence, il est très-essentiel de bien s'examiner sur la sincérité de ses résolutions, sur les moyens qu'on prend pour les rendre efficaces, pour assurer sa conversion, et produire de dignes fruits de pénitence. Un de ces moyens , c'est le souvenir de la sainte passion de Jésus-Christ, où nous (levons puiser le véritable esprit de pénitence, et la force de la faire; qui en doit être la règle, le modèle, et que nousnesaurions trop méditer si nous voulons bien comprendre tout ce que la justice divine exige du pécheur pour se réconcilier avec lui.

Il n'est pas moins nécessaire de s'éprouver sur les précautions et sur le régime qu'on se prescrit pour conserver la santé. Lorsqu'on l'a recouvrée, on a surtout besoin d'une grande vigilance pour éviter les petits péchés : « de peur que l'esprit, accoun tumé aux fautes légères, n'ait plus horreur des « plus grandes; et qu'en s'habituant au mal, il ne 't prétende être autorisé à le commettre : » ul mens assueta malis levibus, nec gravia perhorrescat; atque ad quanidam auctoritatem nequitix, ver culpas nutrita perveniat'.

Cette vigilance, si nécessaire pour conserver la grâce, doit nous faire prendre garde à toutes les occasions qui pourraient ou l'affaiblir, ou nous la faire perdre , afin de les éviter soigneusement : elle nous apprendra à ôter le regard avant que le cœur soit blessé. Mais pour persévérer il est essentiel de prier beaucoup, dans le sentiment de sa faiblesse et de ses besoins : car l'âme qui ne prie pas tombe bientôt dans le sommeil, et de là dans la mort. Ainsi, après sa conversion, il faut opérer son salut avec crainte et un tremblement mêlé d'amour. Quelle crainte, que celle de perdre Dieu !

Parmi tant d'accidents, l'homme se doit faire un refuge. JVuI refuge n'est assuré que celui de la

' h.td, IX, 13; — '5. Greg. Mag. Peut. part, hi, cap. xxxin,

*«/r«. i\,col. 92.

bonne conscience : sans elle , on ne rencontre que malheurs inévitables. Ceux qui l'ont mauvaise sont sans refuge; parce qu'il n'y a dans leur conscience nulle sûreté, nul repos. Ipsa muiulUiacordis delettabit te: •Ia pureté du cœur vous réjouira. »

La honte se met entre la vertu et le péché , pour empêcher qu'on ne la quitte ; puis entre le péché et la vertu , pour empêcher qu'on ne la reprenne ; çt malheureusement elle réussit mieux dans ce dernier effort. Trois choses à faire, pour se fortifier contre cette honte: premièrement, rentrer en sa conscience; la honte intérieure fait qu'on méprise l'extérieure : secondement, se dire sincèrement à soi-même : J'ai ravi la gloire à Dieu; il est juste que je perde la mienne : troisièmement, penser combien il est nécessaire de souffrir une confusion passagère pour éviter la honte éternelle.

Le péché et la mort dominent sur nous ; la mort comme un tyran, le péché comme un roi chéri et aimé. Il faut, pour nous délivrer de cette injuste domination, craindre ce que nous aimions, et aimer ce que nous craignions. Il yen a sur lesquels le péché règne, quand ils lui obéissent avec plaisir; il y eu a qu'il tyrannise: Quod nolo malum , hoc ago ' : « Je fais le mal que je ne veux pas; » c'est le meilleur état.

Les hommes sont sujets à un changement perpétuel : quand sera-ce que nous changerons par la conversion ? Tous les âges, tous les états changent quelque chose en nous : quand sera-ce que nous changerons pour la vertu ?

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