‹ ŒuvresChapitre 46 sur 148 · BOS&LET. — TOME IV · texte numérisé non relu

BOS&LET. — TOME IV

d'autant plus qu'en la personne de la sainte Vierfua elle avait fait une mère, et une mère de Dieu. Il devait aussi paraître alors , d'une manière éclatante , que toutes les âmes que le Saint-Rsprit rendrait fécondes, seraient unies en Jésus-Christ , et composeraient toutes ensemble une seule Église, figurée dans le mariage chrétien , par la seule et fidèle épouse d'un seul et fidèle époux. On a vu depuis ce temps , et selon ces chastes lois du mariage réformé par Jésus-Christ, que partout où son Evangile fut reçu, les anciennes mœurs furent changées : les Perses qui l'ont embrassé , dit un chrétien des premiers siècles , n'épousent plus leurs sœurs; lesParthes ont renoncé à la coutume d'avoir plusieurs femmes; comme les Égyptiens y à celle d'adorer Apis et des animaux. Ainsi parlait Bardesane , ce savant astronome , dans l'admirable discours qu'Eusèbe rapporte • : ainsi parlent les autres auteurs ecclésiastiques , d'un commun consentement; et le mariage, réduit à la parfaite société de deux cœurs unis , a été un des caractères du christianisme : ce qui a fait dire à saint Augustin *, que ce n'était pas un crime d^acoir plusieurs femmes lorsque c'était la coutume. La disposition des temps y convenait : la loi ne le défendait pas ; mais maintenant c'est un crime, parce que cette coutume est abolie. Les temps sont changés : les mœurs sont autres; et on ne peut plus se plaire dans la multitude des femmes, que par un excès de la convoitise.

On peut voir maintenant , non-seulement par l'autorité, mais encore par l'évidence de la doctrine céleste, combien est digne d'être détestée la Consultation de Luther, qui , non contente de nous ramener à l'imperfection des anciens temps , nous met encore beaucoup au-dessous ; puisque même dans ces temps-là, où le mariage plus libre unissait plusieurs épouses à un seul époux par un même lien conjugal , on a vu que ce n'était pas la licence, mais la seule fécondité, qui dominait : au lieu que, dans ce nouveau mariage , autorisé par Luther et les autres réformateurs , ie landgrave, content delà lignée des princes que lui avait donnés sa première femme , ne recherchait, dans la seconde qu'on lui accordait, qu'un moyen d'assouvir l'ardeur que l'Évangile lui ordonnait de modérer.

La réforme, peu régulière, et, on le peut dire sans hésiter, peu délicate sur cette matière , a introduit dans la chrétienté un tel abus. On l'a pousse plus loin qu'on ne pense. M. Jurieu, qui a établi ces honteuses nécessités , qne je ne veux pas répéter, pour apprendre aux chrétiens à multiplier leurs femmes, les a soutenues par la discipline de tous les États réformés 3. .M. de Beau val et les autres s'y opposent en vain: M. Jurieu lui déclare , « qu'il <• ne changera pas de sentiment pour ses méchantes « plaisanteries; qu'au reste, ce n'est pas à lui à dé- «cider avec cet air de maître 4; » que lui et tous

' Rui. Prœp. Ev. l. vi, eup. lo. - * Conl. Faiift. Uh. xxii, cap. «. — ï Lett. pastor. — « Avis de PAut. des Lui. /,</». '<./•. a .M. de beauvul, />. 7.

DÉFLIVSE DE L'fllSTOinE DES VARIATIONS.

SCS amis dont ilvaiite les conseils sont des néanU; et qu'cnlin il n'appartient pas îx un jeune avocat ijui ne sait ce qu'il dit, et qui parle de ce qu'il ne saitpas , d'opposer son sentiment à celui H'unthéoloyien aussi grave que M. Jurieu. Puis, lui parlant au nom de la réforme, ou de tout l'ordre des ministres : « Qu'il ne fasse point , dit-il , si fort le « maître : nous n'en voulons point pour avocat : « nous défendrons bien la pureté de nos mariages « sans lui. » En cet endroit M. de Beauval a raison de se souvenir de l'incomparable chapitre de Vy/ccomplissement des Prophéties ' , où, dans la plus fïrande ferveur de ses dévotions , et même au milieu de ses lumières prophétiques , l'âme pénétrée de la plus vive douleur qu'on puisse imaginer sur les malheurs de la réforme , M. Jurieu avoue qu'il ressent le plaisir de la vengeance , et paraît nager dans la joie en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat. Mais M. de Beauval a beau relever le ridicule de son adversaire dans ses prophéties, dans les miracles qu'il conte, et dans tous les autres excès de ses sentiments outrés , l'autorité de M. Jurieu prévaut : les synodes et les consistoires se taisent sur la doctrine que ce ministre leur attribue. C'est qu'il est vrai dans le fond que les Églises protestantes se donnent des libertés excessives sur les mariages ; et ceux qui se vantent de réformer l'Église catholique ont besoin d'apprendre d'elle en cette matière, comme dans les autres également importantes, la régularité et la pureté de la morale chrétienne.

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