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« quitta le Jourdain, et fut poussé par l'esprit dans « le désert'. « C'est-à-dire que tout en sortant du baptême, plein de l'esprit du gémissement, il alla , colombe innocente, commencer son jeûne , et pleurer nos p,échés dans la solitude. Selon saint Matthieu , « il y fut conduit par l'esprit » ; » selon saint Marc, « il y fut jeté, emporté, chassé'; » selon saint Luc, « il y fut poussé. » Quoi qu'il en soit, nous voyons que par le baptême nous sommes séparés du monde , et consacrés au jeûne ou à l'abstinence, et à combattre la tentation. Car c'est ce qui arriva au Sauveur du monde aussitôt après son baptême.
La vie chrétienne est une retraite : « Nous ne « sommes plus du monde, comme » Jésus-Christ « n'est pas du monde 4. » Qu'est-ce que le monde.' si ce n'est, comme dit saint Jean : « concupiscence « de la chair * ; » sensualité , corruption dans ses désirs et dans ses œuvres; ou « concupiscence des yeux, » curiosité, avarice, illusion, fascination, erreur, et folie dans l'affectation de la science; et enfin, orgueil ei ambition. A ces maux dont le monde est plein , et qui en fait comme la substance, il faut opposer la retraite, et nous faire comme un désert par un saint détachement de notre cœur.
La vie chrétienne est un combat : le démon à qui une âme échappe, « prend sept esprits plus mauvais « que lui^, » pour nous tenter avec de nouveaux efforts; et il ne faut jamais cesser de le combattre.
Dansce combat, saint Paul nous apprend « une » éternelle « abstinence; » c'est-à-dire qu'il faut nous sevrer du plaisir des sens , et n'y jamais attacher son cœur. « Car celui qui entre en lice dans le com- « batde la lutte, s'abstient de tout ; il le fait pour une « couronne qui se fane et se flétrit en un instant : « mais celle que nous voulons emporter est éter- « nellev.»
C'est pour réparer et expier les défauts de notre retraite, de nos combats contre les tentations, de notre abstinence , que Jésus-Christ est poussé dans le désert : son jeûne de quarante jours figure celui de toute la vie , que nous devons pratiquer en nous abstenant des mauvaises œuvres , et contenant nos désirs dans les bornes de la loi de Dieu. Ce doit être là le premier effet du jeûne de Jésus-Christ. S'il nous appelle plus haut, et qu'il nous attire, non pas simplement au renoncement par le cœur, mais encore à un délaissement effectif du monde, heureux d'aller jeûner avec Jésus-Christ , faisons notre félicité de son désert !
Ile ÉLÉVATION.
La quarantaine de Jésus-Christ, selon saint Marc.
L'évangéliste saint Marc, le plus divin de tous les abréviateurs , abrège en ces termes l'évangile de saint Matthieu : « Il fut dans le désert quarante « jours et quarante nuits ; et il était tenté du diable ; « et il était avec les bêtes; et les anges le servaient». »
» Luc, IV, I. — * Matth. iv, I. — ' Marc, i , 12. — • Joan. XVIII, 14. — » /. Joan. II, 16. —« i\/a«A. XII, 46. — ' /. Cor. IX. 24, 25. — « Marc. I, 13.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
Où l'on voit en même temps, comme dans un tableau , Jésus-Christ seul dans le désert ; où le diable est son tentateur , les bêtes sa compagnie , et les anges ses ministres.
Pourquoi Jésus avec les bétes, et quelles compagnes lui donne-t-on dans le désert ? Fuyez les hommes , disait cette voix à un ancien solitaire. Les bêles sont demeurées dans leur état naturel , et, pour ainsi parler, dans leur innocence; mais parmi les hommes tout s'est perverti par le péché, « Toute « chair a corrompu ses voies '. » On ne trouve parmi les hommes que dissimulation, infidélité, amitié intéressée, commerce de ûatteries pour s'amuser les uns les autres , mensonges , secrètes envies avec l'ostentation d'une trompeuse bienveillance, inconstance , injustice et corruption. Fuyons du moins en esprit; les bêtes nous seront meilleures que la conversation des hommes du monde.
Nous serons exposés à la tentation avec Jésus- Christ notre modèle , mais comme lui nous aurons aussi les anges pour ministres. A la lettre, ils viennent servir le Sauveur dans le besoin où il voulut être après un si long jeûne ; mais en même temps nous devons nous souvenir qu'ils sont « esprits adminis- « trateurs pour ceux qui sont appelés au salut »; » et qu'en l'honneur du Sauveur ils se rendent les ministres de ceux qui jeûnent avec lui dans le désert, qui aiment la prière et la retraite , et qui vivent dans l'abstinence de ce qui contente la nature, n'y donnant jamais leur cœur.
me ÉLÉVATION.
Les trois tentations , et le moyen de les vaincre.
« Après qu'il eut jeûné quarante jours et quarante « nuits, il eut faim 3 : » car il avait bien voulu se soumettre à cette nécessité. Étant donc pressé de la faim, selon la faiblesse de la chair qu'il avaitprise, le diable profita de cette occasion pour le tenter : • Si vous êtes le Fils de Dieu , ordonnez que ces « pierres se changent en pain; » ou, comme l'exprime saint Luc : « Dites à cette pierre qu'elle se change «en pain <. » Étrange tentation, de vouloir persuader au Sauveur, qu'il se montrât le Fils de Dieu, et fît preuve de sa puissance, pour satisfaire aux goûts et aux besoins de la chair. Entendons que c'est là aussi le premier appât du monde : il nous attaque par les sens, il étudie les dispositions de nos corps , et nous fait tomber dans ce piège. Telle est donc la première tentation , qui est celle de la sensualité.
La seconde tentation, ainsi qu'elle est rapportée par saint Matthieu , est d'enlever Jésus-Christ dans la cité sainte , et le mettre sur le haut du temple , en lui disant : « Si vous êtes le Fils de Dieu , jetez- « vousen bas ; car il est écrit : Que les anges ont reçu «un ordre de Dieu pour vous garder dans toutes vos « voies : ils vous porteront dans leurs mains , de peur « que vos pieds ne se heurtent contre une pierre*. »
• Gen. VI, 22. — * Heb. i, M. — > Matth. IV, 2, 3. - « Luc IV, 3. — * Matth. IV, 5,6.
7tt
Nous éprouvons cette tentation, lorsque, séduits par nos sens, sans craindre notre faiblesse, nous nous jetons , comme dans un précipice, dans l'occasion du péché, sous l'espérance téméraire d'un secours extraordinaire et miraculeux. C'est ce qui arrive à tous les pécheurs, lorsqu'ils méprisent les précautions qui font éviter les périls où l'on a souvent succombé : ce qui est tenter Dieu de la manière la plus insolente.
La troisième tentation vient directement flatter l'orgueil. Le démon nous élève sur une montagne, d'où il nous découvre tous les empires du monde , qu'il promet de nous donner, si nous l'adorons'. Voilà comme il flatte la sensualité , la témérité et l'ambition : et voyez comme il sait prendre son temps : il attaque par le manger celui qui est comme épuisé par un si long jeûne; il porte à une téméraire confiance en Dieu , celui qui vient de le contenter par le sacrifice d'un jeûne si agréable : et, dans une preuve de vertu si étonnante , il tente , par l'ambition de commander à tout le monde, celui qui , se commandant si hautement à lui-même , mérite de voir le monde entier à ses pieds, et gouverné par ses ordres.
Telles sont « les profondeurs de Satan ». » Que « j'ai peur, » dit le saint apôtre ', qu'Une nous déçoive par ses finesses,» ainsi qu'il a séduit Eve! » Et encore < : « Ne nous laissons point tromper par « Satan: car nous n'ignorons point ses pensées, ses « adresses , ses artifices » ; comme il sait prendre le temps , et se prévaloir de notre faiblesse.
Nous n'avons à lui opposer que la parole de Dieu. A chaque tentation Jésus-Christ oppose autant de sentences de l'Écriture. Lisons-la nuit et jour : passons notre vie à méditer la loi de Dieu : c'est le moyen d'opposer sa parole à notre ennenoi , et de le renvoyer confus.
IVe ÉLÉVATION.
Quel remède il faut opposer à chaque tentation.
On oppose à la tentation des remèdes ou particuliers ou généraux.
Les remèdes généraux sont le jeûne , la prière, la lecture, la retraite, où est renfermé le soin d'éviter les occasions : à quoi on peut ajouter l'occupation et le travail.
Pour bien comprendre les remèdes particuliers, allons à l'école du Fils de Dieu , et voyons ce qu'il pratique.
A la tentation de la sensualité , et en particulier à celle delà faim, il oppose, qu'on ne vit pas seulement du pain ; que Dieu a envoyé la manne à son peuple pour le soutenir dans le désert ; qu'il n'y a donc qu'à s'abandonner à sa providence paternelle; qu'il nourrit tous les animaux, jusqu'aux corbeaux , jusqu'aux serpents , et jusqu'à un ver de terre , sans qu'ils sèment, ni qu'ils labourent : qu'il ne faut point désirer le plaisir des sens : que sa parole, que sa vé-
> Matth. IV, 8. — ^ Apoc- r, i4. — ' //. Cor. xi, X. — *Ibid. n. II.
7iî
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES.'
rite esl ie véritable soutien et le nourrissant plaisir des âmes. Et tout cela est compris dans cette parole tle l'Écriture citée à cette occasion j)ar le Sauveur : * L'Iiomme ne vit pas seulement de pain, mais en- « core de toute parole, » ou de toute chose « qui ^ sort de la bouche de Dieu '. »
A la seconde tentation Jésus-Christ oppose ces 'mots: «Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu*. » Cehii qui entreprend des choses trop hautes , que Dieu ne lui ordonne, ni ne lui conseille, sous prétexte qu'il fera en sa faveur quelque chose d'extraordinaire qu^il n'a point promis, tente le Seigneur son Dieu, "il tente encore le Seigneur son Dieu lorsqu'il veut entendre par un effort de son esprit ses inaccessibles mystères, sans songer que « celui qui en- « treprend de sonder la majesté sera opprimé par sa « gloire 3. » Ceux-là donc tentent le Seigneur leur Dieu , et n'écoutent pas ce précepte : « Ne cherchez « point des dhoses plus hautes que vous^. » Celui aussi qui entreprend de grands ouvrages dans l'or- <lre de Dieu , mais le fait sans y employer des forces et une diligence proportionnée, tente Dieu manifestement, et attend de lui un secours qu'il »'a point promis. Il en est de même de celui qui se jette volontairement dans le péril qu'il peut éviter : car s'il le peut, il le doit, et non par une téméraire confiance hasarder volontairement son salut. Celui qui dit par le sentiment d'un faux repos : Je m'abandonne à la volonté de Dieu , et je n'ai qu'à le laisser faire : au lieu d'agir avec Dieu et de faire de pieux efforts , flatte la mollesse, entretient la nonchalance, et tente le Seigneur son Dieu, qui veut que nous soyons coopérateurs de sa sagesse et de sa puissance. Dites donc, en faisant ce que vous pouvez de votre côté, comme il l'ordonne : Je me repose sur Dieu, je le laisse faire : car alors on ne songe qu'à se tirer du trouble, de l'agitation, de l'inquiétude : autrement vous tentez Dieu , et vous vous jetez à terre du haut du pinacle , dans l'espérance de trouver entre deux les mains des anges.
Pourquoi opposer à la tentation de l'ambition ces paroles : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et le « serviras seul 5 .? » Les hommes ambitieux s'adorent eux-mêmes : ils se croient les seuls dignes de commander aux hommes, et de remplir les grandes places : ils ont une merveilleuse complaisance pour les conseils qu'ils ont imaginés pour y parvenir : ils se mettent au-dessus de tous les hommes, dont ils croient faire des instruments de leur vanité ; tous ceux-là s'adorent eux-mêmes , et veulent que les autres les adorent. Ceux qui s'imaginent avoir ce que le monde appelle esprit supérieur; qui, ravis de la prétendue supériorité de leur génie à manier les hommes et les affaires , croient s'élever au-dessus de tout le genre humain , s'adorent eux-mêmes, et, se croyant les artisans de leur grandeur, les fabricaleurs de leur fortune, les auteurs de leurs beaux talents , de leur habileté , de leur éloquence , ils disent : « Notre langue est de nous; » et nous nous sommes
« ^fattk. IV, 4. — ' Ibid. 7. Deut. m, 16. — s Prov. XX\, 1- — J Kccli. m, 23. — 5 Matth, IV, 10. Dcut. VF, 13. X, âO.
faits nous-mêmes : « qui est au-dessus de nous»? i» En s'adorant eux-mêmes, et en adorant leur propre orgueil , ils adorent en quelque sorte le diable qui l'a inspiré. Car le propre de ce superbe esprit , est d'avoir voulu s'égaler à Dieu, et s'adorer luimême; et il règne sur ceux qu'il attire dans ses sentiments et dans ses révoltes.
Pourquoi Jésus-Christ ne dit-il rien à la vaoterie du démon , qui se glorifie « d'avoir tous les empires « en sa puissance, et de les distribuer à qui il lui plaît, « avec toute la gloire qui y est attachée » .' » Il est vrai qu'en un certain sens il est le maître de l'univers, par le péché qu'il y a introduit , par le règne de l'idolâtrie, qui était comme universel. Il est vrai encore qu'en remuant les passions et l'ambition des hommes , il donne des fondements à la plupart des conquêtes et des empires qui en ont été l'ouvrage : i n'est pas vrai toutefois qu'il donne les empires ; parce que ces violentes passions des hommes n'ont que l'effet que Dieu veut, et que c'est lui qui donne la victoire. Mais Jésus-Christ le laisse se repaître de sa faussegloire; et, content d'apprendre aux hommes à adorer Dieu, il leur apprend à la fois que par là ils renverseront le superbe empire du démon , déjà prêt à tomber à terre.
ye ÉLÉVATION.
De la puissance du démon sur le genre humain.
Quand Dieu créa les purs esprits, autant qu'il leur donna de part à son intelligence , autant leur en donna-t-il à son pouvoir : et en les soumettant à sa volonté , il voulut, pour l'ordre du monde , que les natures corporelles et inférieures fussent soumises a la leur, selon les bornes qu'il avait prescrites. Ainsi le monde sensible fut assujetti à sa manière au monde spirituel et intellectuel : et Dieu fit ce pacte avec la nature corporelle , qu'elle serait mue à la volonté des anges, autant que la volonté des anges, en cela conforme à celle de Dieu , la déterminerait à certains effets.
Concevons donc que Dieu , moteur souverain de toute la nature corporelle , ou la meut, ou la contient dans une certaine étendue , à la volonté de ses anges. Parmi les esprits bienheureux il y en a qui sont appelés des vertus, dont il est écrit : « Anges du Sei- « gneur, bénissez le Seigneur, bénissez le Seigneur, vous (qu'il appelle) « ses vertus ou ses puissances'.» Et encore : « Anges du Seigneur, louez le Seigneur : « Vertus du Seigneur, louez le Seigneur <. » C'est peut-être de ces vertus ou de ces puissances qu'il est écrit : « Dieu sous qui se courbent ceux qui portent « le monde*. » Et, quoiqu'il en soit, nous voyons dans toutes ces paroles une espèce de présidence de lanature spirituelle sur la corporelle.
Combien la force des anges prévaut à celle deu hommes et des animaux , et quelle domination elle est capable d'exercer sur eux sous l'ordre de Dieu , il l'a lui-même déclaré par le carnage effroyable qua
' Ps. XI, 5. — ' Luc. IV, 6. — ' Ps. c», 20, 31. — ' Dan m, 6S, ai. Ps. cxLviii, 2. — ''job. i», u.
fit nn seul ange dans toute TÉgypte , dont il Ot mourir tous les premiers-nés , autant parmi les animaux que parmi les hommes ■ ; et encore par celui qui se fit si promptemcnt dans l'armée de Sennacherib, qui assiégeait Jérusalem »,
On pourrait pourtant demander si Dieu conserve le même pouvoir aux anges déserteurs et condamnés : mais saint Paul a décidé la question, lorsque pour exciter les fidèles à résister vigoureusement à la tentation , il les avertit que « nous n'avons pas à lutter « contre la chair et le sang , mais contre des princes « et des puissances , » qu'il appelle encore , à cause de leur origine , des vertus des cieux^, après même qu'ils en ontété précipités : pour nous montrer qu'ils conservent encore dans leur supplice la puissance comme le nom qu'ils avaient par leur nature. Et il ne faut pas s'en étonner, puisque Dieu , qui les pouvait justement priver de tous les avantages naturels , a mieux aimé faire voir en les leur conservant, que tout le bien de la nature tournait en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l'intelligence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais ; et la force de leur volonté à mouvoir les corps, par cette même raison, leur est restée, comme du débris de leur effroyable naufrage.
Que si l'on dit que la force de la volonté des anges venait de la conformité à la volonté de Dieu , qu'ils ont perdue , on ne songe pas que Dieu veut encore les faire servir de ministres à sa justice : et en cela leur volonté sera conforme à celle de Dieu ; parce qu'ils feront encore, par une volonté mauvaise , la même chose que Dieu fait par une volonté qui est toujours bonne.
Ainsi tous les avantages naturels sont demeurés aux démons pour leur supplice. Dieu leur a tout changé en mal, et leur noblesse naturelle se tournant en faste , leur intelligence en finesse et en artifice, et leur volonté en partialité et en jalousie, ils sont devenus superbes , trompeurs et envieux , et réduits par leur misère au triste et noir emploi de tenter les hommes : ne leur restant plus, au lieu de la félicité dont ils jouissaient dans leur origine , que le plaisir obscur et malin que peuvent trouver des coupables à se faire des complices, et des malheureux à se donner des compagnons de leur disgrâce. Dieu nous veut apprendre par là quelle estime nous devons faire des dons naturels, de la pénétration, de l'intelligence et de la puissance : puisque tout cela reste aux démons, qui n'en sont ni moins malheureux, ni moins haïssables. Et leur pouvoir sur les hommes, loin de diminuer, s'est plutôt accru dans la suite par le péché qui nous a faits leurs esclaves. Au commencement Dieu avait mis l'homme au-dessous de l'ange; mais seulement , comme dit David, im peu au-dessous*. Mais par le péché, le diable, qui nous a vaincus , est devenu notre maître ; et nous , comme dit Jésus-Christ lui-même, enfants du diable^ , esclaves livrés à ce tyran , non-seulement nous ne saurions nous tirer de cette servitude, mais nous
» Exod. II, 4, b. XU, 12, 23, 29. XHI, 15- - ' If. Reg. XIX, 35.-3 Epket, VI, II, l2. — ♦ Ps. viii, S. — i Joan, J'V,
BOSSrET. — TO»E IV.
ne pouvons pas même faire de nous-mêmes le moindre effort pour en sortir; en sorte que le déiron est appelé par Jésus-Christ : le prince du monde '.
Ainsi notre délivrance ne consiste plus qu'en ce que cet esprit superbe qui domine sur tous les esprits d'orgueil , ayant osé attenter d'une manière terrible contre la personne du Fils de Dieu , encore " qu'il n'y trouvât rien qui fût à lui : » in me non habet quidquam ' : par là a perdu son empire. Qui ne serait étonné de lui voir enlever le Fils de Dieu sur une haute montagne et sur le pinacle du temple? Comment fut-il permis à cet esprit impur, nonseulement de toucher à ce corps innocent et virginal, mais encore de le transporter où il voulait, comme s'il en eût été le maître? Mais c'est là qu'il a perdu ses forces : il ne peut plus rien, parce qu'il a voulu trop pouvoir. Le Fils de Dieu l'a vaincu en le laissant faire, et il a promis à ses fidèles d'anéantir sa puissance.
Cette promesse est contenue dans ces paroles de l'apôtre : « Dieu est fidèle; et il ne permettra pas « que vous soyez tenté par-dessus vos forces '. Le;, « anges saintsviendront à votre secours^. » Vous ave» « pour bouclier la foi^, » pourarmes invincibles «le « jeûne et la prière^, » et Jésus-Christ même pour soutien. Souvenez-vous seulement qu'il est dit de lui : « Il n'est pas demeuré dans la vérité ; la vérité « n'est pas en lui ; il est menteur, et père du men- « songe " : » ce sont les paroles du Sauveur. Ainsi ayant perdu à jamais la vérité , il ne lui reste plus à vont proposer que le faux , l'illusion , la vanité même. Songez aussi que le même Sauveur a dit de cet esprit mensonger, qu'il est « homicide dès lecominen* « cernent '.» Il a tué nos premiers parents, et par lut la mort est entrée 9. Il vient donc encore à vous avec un esprit homicide : les plaisirs qu'il vous propose sont un poison ; ses espérances , un piège ; la vengeance où il vous anime , une cruauté contre vous-même : et le couteau qu'il vous présente contre votre ennemi, plus contre vous que contre lui, vous percera le sein , pendant qu'il ne fera que lui effleurer la peau.
VP ÉLÉVATION.
Comment Jésos-Cbrist a été tenté.
Un saint pape a remarqué " , et après lui tous le-s saints docteurs , que la tentation nous attaque en trois manières, par la suggestion , par la délectation et parle consentement. La suggestion consiste dans une pensée, soit que le démon la jette immédiatement dans l'esprit , soit que ce soit en nous proposant des objets extérieurs. Le démon n'a pas pu aller plus avant dans la tentation du Fils de Dieu : mais à notre égard , quand la pensée est suivie d'une complaisance volontaire , et que l'esprit s'y arrête , on doit croire que le consentement « qui ■
« Joan. XII, 31. XIV, 30. XVI, II. — » Ihid. xit, 30. - ' i. Cor. X, 13. — *Ps. XC, II, 12, 15, 16. — * Eph. vi , II. - • Matlh- xvn, 20- — ' Joan. viii, 44. — « Ibid. — *Sap. II, 2* — " Greg. Mag. l. I. iii Evung. hom. xvi, n. l.
ÉLÉVATIONS SUR IJ^S MYSTERES
comrtie'disaitsaint'Jaeques, ' « enfante la mort, » sui- . vra bientôt.
Arrêtez dorië la tentation dès le premier pas qui est innocent , et qui a pu être dans le Fils de Dieu ; mais rejetez-la aussi de même. Car si vous lui laissez le moyen de vous chatouiller les sens, et si le démon, qui peut même, comme vous voyez, remuer les corps , se met à agiter les humeurs , quelle tempête ne s'élèvera pas dans votre intérieur! Cependant Jésus dormira peut-être : réveillez-le donc promptement; réveillez la foi endormie; coupez fcourt, et rompez le premier coup. Prévenez le plaisir naissant , ou des sens, ou de l'ambition, ou de la vengeance; de peur que, ^e répandant dans toute votre âme, il ne l'entraîne trop facilement au consentement si artilicieusement préparé.
Vile ÉLÉVATION.
Le diable se retire, mais pour revenir.
« Et après que toute la terttation fut accomplie , « le diable se retira pour un temps ». » II ne quitte donc jamais prise, quoique repoussé et vaincu : il 'revint plus d'une fois tenter Jésus-Christ ; et apparemment il fit de nouveaux efforts dans le temps de sa Passion et à l'heure de sa mort , qui est le « temps » que plusieurs entendent dans cet endroit de saint Luc. Quoi qu'il en soit, nous devons entendre qu'il faut toujours veiller, et se tenir ptêt.
Il est naturel à l'homme de se relâcher après le travail. Jamais il ne fait si bon recommencer le combat, que lorsqu'après une pénible victoire on cesse d'être sur ses gardes : c'est alors qu'on périt. On se dit à soi-même : Il faut se donner un peu de repos; j'ai vaincu par un grand effort : qu'ai-je à craindre? Les flots sont calmés, les vents apaisés, le ciel serein; on s'abandonne au sommeil; l'ennemi revient, et reprend toutes les dépouilles qu'il avait perdues.
Mais croyons que le grand effort de la tentation est dans les approches de la mort : parce que premièrement c'est le temps de la décision; et secondement , c'est le temps de la faiblesse. 0 Dieu î jamais je ne suis plus faible ; tout s'émousse dans la vieillesse, et le courage plus que tout le reste : « Mon « Dieu ! ne me délaissez pas dans le temps de ma dé- « faillance ^. » Quand la force me manque, et queje n'ai point de ressource ni de courage, mes esprits sont offusqués; j'ai dans le cœur « une réponse de « mort-* » et de désespoir : Mon Dieu, aidez-moi. Voici le temps dont saint Luc disait : « Il le quitta «jusqu'autemps^: » jusqu'au temps de défaillanceet d'horreur, jusqu'au temps où, dans le dernier affaiblissement, les moments sont les plus précieux.
' Jac. I, 14, 15. — 2 Liic. IV, 13. — ' Pb. lxx, 9, lo, II, 12. — ♦ II. Cor. 1 , 9. — i Luc. IV, 13.