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arrondies , élégantes ; mais , quand vous arrivez à la fin de la période , vous êtes tout étonnés de n'avoir rien appris; c'est crçux comme un globe de métal poli. Le praticien , au contraire , se décèle par un mot , un mot profond , qu il n'a pas cherché , qui lui est venu naturellement , parce que c'était le mot propre. Il fait image.
Indépendamment de ces grandes qualités qui distinguent maître Jacques Bujault , il faut lui tenir compte de son intention. L'intention chez lui est toujours sainte. Comme tous les penseurs qui vivent au milieu des populations rurales , il avait vu et sondé les effets désastreux de l'ignorance. Alors , il nous dit : ** Ecrire pour le laboureur, c'est faire i* l'aumône aux pauvres. » Cependant il ne se faisait pas illusion sur la difficulté d'éclairer les hommes âgés ; aussi ,
il répète souvent qu'il faut surtout attendre beaucoup de la jeimesse.
Un jour , il parait frappé d'une manière extraordinaire de l'influence de la femme dans le ménage des champs ; et il s'écrie dans son style à lui : « La femme est le bon Dieu ♦» de la maison. — Fenmie économe est un trésor ; femme « soigneuse vaut son pesant d'or. »» Il veut que les jeunes filles fassent un apprentissage du ménage. On voit qu'il était peu partisan de l'éducation actuelle , où l'on apprend tout aux jeunes filles , excepté ce qu'elles devraient savoir. Il n'y a aujourd'hui de petite bourgeoise qui n'aille passer plusieurs années dans une pension , d'où elle revient avec des idées plus ou moins poétiques ; mais sans aucunes notions sur la valeur des choses usuelles.
Au point de vue du milieu social du XIX® siècle , c'est une étude bien curieuse que celle de la femme à la campagne , dans ses diverses conditions , depuis la petite pastourelle jusqu'à la châtelaine. Une foule d'hommes instruits embrassent aujourd'hui la carrière de l'agriculture , et
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beaucoup trouveront dans les femmes le plus grand obstacle à leurs succès. Les ims auront de la peine à trouver ime compagne qui veuille habiter constamment dans la solitude ; les autres auront peut-^tre bien l'habitation ; mais madame ne voudra s'occuper de rien. Quelle que soit la condition de rhonmie à la ville , sa femme le seconde ; fiit*il ministre , elle Taide à soutenir sa position. Rien de pareil dans la vie des champs. Dans presque toutes les circonstances , la femme a horreur de se mêler de la production , elle n'aide qu'à dépenser.
Bernardin de Saint-Pierre nous a dit quelque part , que le laboureur était un homme chéri de Dieu : qu'il lui sufGsait de propager une plante , de multiplier un arbre , pour devenir le bienfaiteur de son pays. Jacques Bujault a eu ce genre de bonheur. Il a introduit et multiplié la lupuline , cette excellente plante fourragère. Les habitans pleins de reconnaissance l'ont appelée la Bujoline.
Jacques Bujault issu d'une famille honorable du Poitou , naquit le l*' janvier 1771 à la Forêt-sur-Sèvre , près Bressuire. Il a fait ses études au collège d'Angers; puis il fut tour à tour libraire , imprimeur et avocat. Pendant les jours malheureux de la révolution , il a eu souvent occasion de montrer toute sa grandeur d'âme et son courage , et la petite ville de Melle se souvient de son habileté dans les afiaires et de son éloquence remarquable. Devenu propriétaire dans le canton de Celles , il quitta le barreau pour les champs , et s'établit définitivement dans sa ferme de Cha- ' loue. Alors, il se fit laboureur, portant comme il le dit lui-même , grand chapeau , large blouse , sabots à la courge.
C'est dans cette retraite qu'il composa les divers ou- ^Tages que nous avons recueillis, et plusieurs fois ses concitoyens sont revenus l'y chercher pour les affaires pu-
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bliques. Comme un autre Cincinnatus , à deux reprises , il a été élu député , puis membre du conseil général du département des Deux-Sèvres. Dans ces positions diverses , Jacques Bujault s'est constamment distingué par les qualités éminentes de son cœur et de son esprit. Le roi Louis- Philippe le nomma chevalier de la légion-d'honneur. Il est mort le 22 décembre 1842. Son corps a été inhumé à Mougon, en présence d'un immense concours de toutes les classes et surtout d'une foule de pauvres.
Au milieu de cette multitude d'hommes , que des circonstances difficiles arrêtent dans leur carrière , ou que la mort surprend avant qu'ils aient achevé leur tâche , il s'en trouve quelques-uns qui ont le rare bonheur d'avoir accompli leur destinée entière. Parcourez toutes les phases de la vie de Jacques Bujault, et vous trouverez une existence complète. Il a eu sans doute des chagrins , il a connu des momens cruels; mais quel est l'homme qui en est exempt, et combien n'y en a-t-il pas qui souffrent sans compensations î Feuilletez maintenant ses œuvres, et vous trouverez que Tauteur a parcouru le cercle entier de ses idées ; il a traité son sujet sur toutes les faces qui l'impressionnaient.
Il est mort, au moment où il commençait à se répéter, laissant pour dernier œuvre son Gvide des Comices , comme résumé et application de toutes ses idées agricoles. Le comice, c'est l'assemblée populaire, comme l'almanach est le livre populaire par excellence. Puis sa grande fortune lui permet encore en mourant de léguer, par testament, plusieurs cent mille francs aux pauvres. Ainsi le peuple et le pauvre ont eu toute sa vie , ses idées , ses écrits et sa fortune. Ce sont eux encore qui V(»nt perpétuer ses proverbes, et conserver sa mémoire.
Dans cette pieuse intention , j'ai cru devoir rechercher
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tous les proverbes de Jacquéfc Bujault , la quintescence de ses œuvres. Ainsi extraits , ils seront facilement appris et retenus , et chacun pourra en faire de nombreuses applications. Il m'a semblé que c'était là la meilleure manière pour moi d'honorer la mémoire d'un homme pour lequel j'aurai toujours la plus grande vénération , et dont je désire voir propager dans notre patrie les écrits substantiels.