‹ ŒuvresChapitre 53 sur 145 · GRANDE ET DERNIÈRE BATAILLE · texte numérisé non relu

GRANDE ET DERNIÈRE BATAILLE

Je m'en souviendrai toute ma vie. — A4 heures du matin BOUS étions en bataille ; Tannée de Rococo s'avançait , et je Tattendais.

Nous vîmes grande poussière sur la gauche ; c'était la ;[ro6se cavalerie de Rococo qui venait au galop.

Point de diables ; tous les routiniers et autres. — Mais tous montés sur des cochons bâtés , sanglés , bridés. — M^ Routinet était le général en chef.

U y avait cinq corps d'armée , ayant chacune lewrs cornnyndans.

A la tête des routiniers » on voyait Musardin , la Brimbole » Biguenassous , Painperdu , Yisenlair , Coutumet , Courtibus , Trinasset, la Patraque et Saugrenu.

Les gourmands étaient conûnandés par Tailleboudin , Rifandouille » Jamaisou , Boullionsec , Piquassiette , Fouillepot, la Grandsauce et Mardigras.

Les fainéans , par Jacquet Lambin , Pierre Paulâche , Jean Baillau , Bracassé et Lendormi.

Les joueurs , par Cartilion , la Tromperie, la Quille , la Ut Boule , Minargent et Touperdu. — Us avaient tous un valet de carreau à leur chapeau.

Les ivrognes , par Boisansoif , Baricot , Michel Lacuve , Jean Tonneau , la Futaille et Sacavin.

A beaux commandans , belles troupes.

Je fais avancer 500 charrettes attelées de bonnes mules» Sur chacune il y avait deux truies bien attachées ; arrivées près la grosse cavalerie , on leur tenailla les oreilles , et fortement. Les v'ià qui crient , font des coin-coin , belle musique à rendre sourd.

AW rAGRIGULTURE FOraLAim

V'ià que les cochons furieux arrivent en colère et pekmêle , culbutant leurs cavaliers. — Nous filons au grand galop vers le camp , tout nous suit et tout y entre. — Nous en prîmes 703 mille et cinq , bêtes et gens.

Sur la droite , autre aventure. — Il y avait au camp de Rococo , 400 mille petits diablotins comme Fretillon , gros comme le poing. Ils n'allaient en bataille , mais au pillage, prenant partout oies , poules et chapons.

On en fit , pour le grand jour , une cavalerie légère. ÏFretillon était le général en chef ; sous lui commandaient Gringuenacet , GrayfejTiard , Sautemenu , Croquemitaine et Mistigri.

Officiers et soldats , tous étaient montés sur des chats , bien harnachés ; les cavaliers avaient de beaux habillement, belles plumes de coq en tête. — C'était joli.

Fretillon les faisait manœu\Ter , courir , sauter , bondir caracoler ; puis il les range on bataille , à 50 pas de nw gens , attendant l'ordre d'attaquer.

Je dis à Jules-Edmond Bernard-Emile , de Niort , balaie cette cavalerie , et tu attaqueras franchement ces 300 mille diablotins qui sont derrière. Jacques Noquet , de Saumon, te soutiendra avec sa division. Ils avait en tout 19 mille enfans.

De nos rangs sortent 8 mille mâtins , et nos soldats de crier : à chat , à chat ! pille ! pille ! — Et les chiens de courir en japant. — La cavalerie fait volte-face.

Il y avait là de grands arbres, les chevaux grimpent dessus avec leurs cavaliers. Ils filent de branche en branche , montant toujours. — Tapage simpitemel , les chats miaulant, les diablotins criant , les chiens hurlant. — Vous n'avez jamais vu pareille balade , ni si belle volée d'étoumeaux.

En guerre faut de la bravoure et de la ruse aussi.

LA BELLS nSTOfiœ DU DIABLE LABOUREUR. 48^

Nous chargeon» à l'kistant snr toute la ligne. Pendâitt 5 sures on se bat au sabre et à la lance , vraiment à fer noulu. — Le champ de bataille nous reste.

Les cuirassiers-cuisiniers percUrent six généraux; savoir; roquelardon , Rincepot , Galimafré , Cochonet , Harensor ;> Gribouillis.

Rococo rassemble son armée , forme un bataillon carré , ne colonne infernale , qui avait tout Tair d'un énorme coin irec lequel on fend le bois.

Moi , je dresse aussitôt la mienne en ciseau , pour rén* >urer.

La colonne infernale avance lentement au milieu de nos uigs. Nous étions à 16 pas d'elle , immobiles , la regarant fièrement. On aurait entendu voler ime mouche. — Tétait terrible et c'était beau.

Au signal donné , infanterie et cavalerie , tout se précipite aria colonne infernale. C'était de part et d'autre un cornât d'enragés et de désespérés. — ^La colonne s'arrêtait, pui^ Ue s'avançait. — Elle arrive enfin au camp des laboureurs. — Boooco crie victoire ! Et tous les diables répètent : vie* oire ! victoire ! Le camp est pris.

C'était te moment ou jamais. — Je lance sur tous les Mnats , les 4 mille charriots de bataille.

Us entrent au grand galop dans la colonne infernale , nkwant , taillant , déclarant , coupant , tuant tout ce qu'ils "eneontrent. f)

(<) Ces charriots avaient 46 pieds de longueur ; ils étaient garnis de >lanches de chaque côté , et contenaient chacun 30 soldats armés dé ongues lances.

Le long de chaque brancard du charriot, il y avait 6 faulx (ou dails) Hen attachés avec des écrous. — Il y avait aussi de petites faulx aux [anies des roues.

Chaque cbarriot attelé de deux bonnes mules , auxquelles on avait bandé les yeux , et qu'un homme , assis dans le cbarriot, fouettait et piquait. — Sans cette inveatioa la guerre durerait peut-être encore.

Au même moment nous chargeons en braves.

Ne parlons pas de carnage , des blessés , des mourans et des morts. — L'enfer est vaincu , il est vaincu par les enfans et les bons laboureurs. — Victoire à la jeunesse I "Notoire aux laboureurs !

Rococo , couvert de blessures , capitule enfin. — Voici le traité :

Les diables partiront sur-le-champ , et reviendront qoand tout le monde sera content. — Fretillon pourra venir , chaque année , dans le mois de juillet , vérifier le grand contentement.

On a de suite défoncé le puits du bossu de Villeneuve , et les diables ont tous passé par là. — Nous avons après refoncé le puits , il tient Teau comme devant.

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