‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 55 sur 80 · AU DOCTEUR ARBUTHNOT · texte numérisé non relu

AU DOCTEUR ARBUTHNOT

Jean, qu'on ferme la porte, et qu on la barricade ; Qu'on mette les verrous ; dis que je suis malade , Dis que je suis mourant, que je suis mort !... 6 cieux ! Quels torrents de rimeurs répandus en ces lieux ! Mon œil épouvanté croit voir sur cette place Tout l'hôpital des fous, ou bien tout le Parnasse. Les vois-tu, récitant, courant en furieux.

Un papier dans les mains, et le feu dans les yeux? Contre ce vil essaim qui fourmille sans cesse. Quel rempart assez sûr, quelle ombre assez épaisse ? D m'attaque par terre, il m'assiège par eau.

Se glisse dans ma grotte, investit mon berceau. Inonde mes bosquets, borde mon avenue, Me poursuit dans l'église, et m'atteint dans la rue ; Ou, pressé par la faim, pour mieux m'assassiner. M'aborde... justement à l'heure du dîner.

Est-il un vil rimeur, dont la verve grossière Exhale en plats écrits les vapeurs de la bière ;

A clerk, foredoom'd his father s soûl to cross, Who pens a stanza when he should engross?

Is there, who, lock'd from ink and paper, scrawls With desperate charcoal round his darken d walls ? Ail fly to Twit nam, and in humble strain Apply to me, to keep them mad or vain.

Arthur, whose giddy son neglects the laws, Imputes to me and my damn d works the cause : Poor Cornus sees his frantic wife elope, And ourses wit, and poetry, and Pope.

Friend to my hfe ! (which did not you prolong, The world had wanted many an idle song.) What drop or nostrum can this plague remove?

Or which must end me, a fooFs wrath or love?

A dire dilemma ! either way I m sped.

If foes, they write : if friends, they read me dead. Seiz'd and ty'd down to judge, how wretched I ! Who can't be silent, and who will not He :

To laugh, were want of goodness and of grâce ; And to be grave, exceeds ail pow'r of face.

I sit with sad civiUty ; I read With honest anguish, and an aching head ;

Est-il un grand seigneur, auteur de petits vers,

Un poëte en jupon, qui rime de travers ;

Un clerc encor poudreux, qui, déserteur du code,

Sache, au lieu dun contrat, me griffonner une ode;

Un fou', qui, renfermé sans encre et sans papier,

Ait cbarbonné de vers les murs de son grenier?

Tous viennent m assaillir, dans leurs fureurs étranges,

Outrés de ma critique, ou fiers de mes louanges.

Arthur voit-il ses fils négliger le barreau ?

Ce sont mes maudits vers qui troublent leur cerveau.

Et le pauvre Cornus, trahi par ce qu'il aime,

S'en prend aux beaux esprits, à ma Muse, à moi-même !

Toi qui sauvas mes jours, toi sans qui Tunivers Et pour et contre moi n eût point vu tant de vers. Quel remède contre eux? Comment fiiir cette peste? Parle : lequel pour moi crois-tu le plus funeste, De la haine des sots ou de leur amitié?

D'un et d'autre côté , que mon soil fait pitié ! Amis, je crains leurs vers ; ennemis , leurs libelles ; D'une part, de l'ennui; de l'autre, des querelles. On frappe : c'est Codrus ! Je suis mort. Le bourreau. Pour me lire ses vers, me tient sous le couteau. Forcé de les juger, conçois-tu ma misère?

Moi, qui n'ose mentir, et qui ne puis me taire, Rire aux yeux de l'auteur seroit trop inhumain : Écouter de sang-froid, je l'essaierois en vain. Quel tourment ! Je m'assieds, composant mon visage, PoUment je m'ennuie; en silence j'enrage,

142 POÉSIES T.v

And drop at last, but in unwilling ears,

This saving counsel, a Keep your pièce nine yeais. »

— Nine years ! cries he, who high in Drory-lane, LuU'd by soft zéphyrs thro' the broken pane, Rhymes ère be wakes, andprints before term ends, Oblig'd by bunger and request of friends :

« The pièce, y ou think, is incorrect? why take ît, Fm ail submission ; \vhat you'd bave it, make it. »

Three things another s modest wisbes boond, My friendship, and a prologue, and ten pound.

Pitholeon sends to me : You know bis grâce :

I want a patron ; ask him for a place.

Pitholeon libelFd me — but hère s a letter Infomis you, sir, Was "wben he knew no better. Dare you refuse him? Curl invites to dine, Hell Write a Journal^ or he'll tum divine.

Bless me ! a packet. — 'Tis a stranger sues, A virgin tragcdy, an orphan Muse.

If I dislike it, furies, death, and ragel If I approve, « Commend it to the stage. »

There (thank my stars) my whole commission ends, The play rs and I are, luckily, no friends.

Fir d that the bouse reject him, — 'Sdeath ! 111 print ît, And shame the fools — your int Vest, sir, with Lintot. Lintot, dull rogue ! will think your price too much :

Et lâche enfin ces mots très peu satisfaisants :

K M'en croirea^-vous? Gardez votre pièce neuf ans. »

— u Neuf ans ! >» crie un auteur forcé de faire un livre, Et par besoin d'écrire, et par besoin de vivre, Qui, dès le point du jour, rime entre deux rideaux, Dont le tendre zéphyr caresse les lambeaux.

't Vous blâmez donc mes vers? Je vais vous les remettre : Ajoutez, retranchez ; vous m y verrez soumettre.

Deux grâces seulement, dit l'autre, et rien de plus : Votre amitié d'abord. — Et puis quoi ? — Cent écus.

Monsieur, lisez ces mots que Damon vous adresse : Vous connoissez le duc ; parlez à son altesse. — Mais ce Damon, monsieur, m'a cent fois outragé. — Ah ! par son repentir vous êtes bien vengé ; Ne le refusez pas : sa haine est redoutable.

Il écrit un journal ; Curl Q) l'invite à sa table. » Bon ! d'où vient ce paquet? J'ouvre, et je lis ces mots : « C'est un drame, monsieur, nouvellement éclos. L'auteur veut se cacher, attendant qu'il prospère ; A ce pauvre orphelin daignez servir de père ! » Si je dis qu'il est mal. Dieu sait quelles fureurs ! Si je dis qu'il est bien. — « Parlez-en aux acteurs. » Je respire à ces mots. Grâce à certaines rimes. Nos histrions et moi ne sommes pas intimes.

La pièce est refusée. Outré de désespoir :

« Morbleu ! dit-il, je veux l'imprimer dès ce soir,

(i) Libraire de Londres.

Not, sir, if you revise it, and retouch.

AU my demurs but double his attacks :

At last he whispers, « Do ; and we go snacks. »

Glad of a quarrel, straight I clap the door,

Sir, let me sec your works and you no more.

Tis sung, when Midas' ears began to spring, (Midas, a sacred person and a king.) His vcry minister, who spied them first, (Some say his queen,) was forced to speak, or burst. And is not mine, my friend, a sorer case, When ev'ry coxcomb perks them in my face?

A. Good friend, forbear ! you deal in dangerous things, Td nevcr name queens, ministers, or kings; Keep close to ears, and those let asses prick, Tis nothing —

P. Nothing? if they bite and kick?

Out with it, Dunciad ! let the secret pass, That secret to cach fool, that hc s an ass :

The truth once told (and wherefore should we lie?) The queen of Midas slept, and so may I.

You think this cruel ? take it for a rule.

No créature smarts so little as a fool.

Let peals of laughter, Godrus ! round thee break, Tliou unconcern'd canst hear the mighty crack :

Parlez-en à Lintot. — Lui ! ce fat de libraire,

En Fimprimant gratis, croira déjà trop faire.

« — Eh bien, retouchez-la. « Je suis bien importun ;

Mais, me dit-il tout bas, le gain sera commun. »

A ces mots, je le chasse ; et, lui rouvrant la porte :

« Vous et vos vers, monsieur, de grâce, que Ion sorte. »

Quand du plus opulent et du plus sot des rois L'oreille s alongea pour la première fois, Son ministre indiscret (d'autres disent sa femme), Plutôt que de se taire, eût cent fois rendu lame. Le secret fut trahi : le garderai-je mieux.

Moi, qui vois tant de sots en porter à mes yeux? « Modérez-vous ; souvent l'indiscrète parole A des échos tout prêts : le mot léger s'envole, Et les mots échappés ne reviennent jamais.

Laissons l'àne montrer ses oreilles en paix.

Quel mal peut-il vous faire, et quel si grand désordre... — Quel mal il peut me faire ! il peut ruer et mordre. Ces sots sont des méchants : pour trahir leurs secrets. Je n'irai point les dire aux roseaux indiscrets. Moi-même, à haute voix, j'en instruirai la terre: Un sot ne reste en paix que lorsqu'il craint la guerre. , Je vous parois cruel ; retenez bien ce mot : De tous les animaux le plus dur est un sot. »

Intrépide Codrus, les loges, le parterre.

Par d'affreux sifflements te déclarent la guerre ; Un rire inextin^ible , un rire universel, Éclate autour de toi , comme autrefois au ciel ,

T. I. PO^. FUO. lO

Pit, box, and galFi^y, in convulsions hurVd, Thou stand'st unshook amidst a bursting world. Who shamcs a scribbler ? Break one cobweb thro', He spins die slight, self-pleasing diread anew : Destroy bis iib or sophistry, in vain, Tbc crcatiire s at his dirty work again, Tbron'd in die centre of his diin designs, Proud of a vast extent of flimsy lines !

Wboni bave I burt? bas poet yet, or peer, Lost die arcb'd eyebrow, or Pamassian sneer?

And bas not CoUy still bis lord, and wbore?

Ilis butcbers Henley ? bis free-masons Moore? Does not one table Bavius still admit?

Still to one bisbop Pbilips seem a wit?

Still Sapplio...

A. Ilold ! for God s sake — youll offend, No names — be calm — learu prudence of a friend : I too could Write, and I am twice as tall ; But foes likc tbcse...

P. One flatt'rer s worse tbau ail.

Of ail mad créatures, if tbe learn'd arc rigbt, It is tbe slaver kills, and not tbe bite.

A fool (juitc angry is quitc innocent :

Alas ! ïis ten times worse wben tbey repeni,

One dedicatcs in bigb beroic prose.

And ridicules beyond a bundred foes :

One from ail Gnib-street will my fdtne défend, And more abusive, calls bimsclf my friend.

Quand Vulcain, tout froissé de sa chute funeste, Traînoit un pied boiteux devant la cour céleste : Ton drame aussi succombe, et ta pièce est à bas. Quel tumulte, grands dieux ! quel horrible fracas! Inutile tempête ! en vain l'orage gronde ; Codinis , sans s ébranler, verroit crouler le monde : Son cœur, depuis long-temps s'endurcit aux revers. C'est le sage qu'Horace a décrit dans ses vers. Vois filer dans un coin cet animal ioÊùne ; Que l'on brise sa toile, il renouera sa trame. Confondez les discoui's de ce vil rimailleur: Il revient à l'ouvrage , avide écrirâSlëar ; Et, fier d'un vain tissu, qui d'un souffle s'envole, L'insecte admire en paix son ouvrage frivole. Mais quels sont donc mes torts? Qu'ont perdu tous ces fous? Ce poëtc a-t-il moins son sourire jaloux?

Milord, ce fier sourcil où son orgueil éclate ? Cibber, sa courtisane et ce seigneur qu'il flatte ? Henley , de sa canaille est-il moins l'orateur? Moor, de ses francs-maçons le zélé sectateur? Bavius n'est-il plus admis à cette table ?

Ce prélat trouve-t-il Philis moins admirable? Sapho... — Bon Dieu, paix donc ! De pareils ennemis... r — Ah ! je crains plus encor de semblables amis. Alors qu'il vous outrage , un sot n'est pas à craindre ; C'est lors qu'il se repent, qu'on est le plus à plaindre. L un me dédie un tome, et son ton empesé, Plus que cent ennemis, ma ridiculisé ;

This prints my letters, that expects a bribe, And othcrs roar aloud, Subsciibe, subsciibe !

Thcrc are, who to my person pay their court : I cough like Horace^ and, tho' lean, am short, Ammon's {][rcat ton onc shoulder had too higb, Such Ovid s nose, and, Sir ! you bave an eye — . Go on, obliging créatures, make me see AU tbat disgraçed my betters, met in me.

Say for my ci(l|iai{prt, lang^sbing in bed, t< Just so immoital Maro beld bis bead :»

And wbeu I die, be sure you let me know Great IlomeriS^d tbree thousand years ago.

Wby did I Write? wbat sin to me unknowji Dipp'd me in ink, my parents', or my own?

As yet a cbild, nor yet a fool to famé, I lisp'd in numbers, for tbe numbers came.:

I left no calling for tbis idle trade, No duty brokc, no fatber disobey'd.

Tbe Muse but scrv'd to ease some friend, not wife ; To belp me thro' this long disease, my life; To second, Arhiithnot ! thy art and care, And teach, thc being you preserv'd, to bear*

But why then puhhsh? Granville the pohte.

And knowing Walsh, would tell me I could write ; Well-naturcd Garth inflam'd with carly praise, And Congreve lov'd, and Swift endur'd my lays ; The couitly Talbot, Somers, Sheffield read, Ev n mitrcd Rochester would nod the bead,

Walsh, ce fiu conuoisseur, le délicat Grandvillc, M ont dit : « Vous charmerez et la cour et la ville. » Garth , le généreux Garth , daignoit guider mes pas ; Congréve me louoit, Swift ne me blâmoit pas ; Sheffield, Talbot, Somers, consentoient à me lire ; Le grave Atterbury m accordoit un sourire ; Et Bolinbroke, ami de Dryden vieillissant, Embrassoit avec joie un poète naissant.

Heureux mes vers, de plaire à leur esprit sublime ! Mais plus heureux l'auteur, de gagner leur estime ! Par eux, on jugera mon cœur et mon esprit.

Eh ! que m'importe après, ce que Buruet écrit?

Rappelle-toi l'essor de ma Muse novice.

Elle n'osoit encor livrer la guerre au vice ; Elle peignoit des fleurs, des vergers, des ruisseaux. Qui pouvoit s'offenser de ces riants tableaux? Gildon pourtant, dès-lors, outragea ma personne. " Il veut dîner, me dis-jc, hélas! je lui pardonne. »

Qu'un censeur, moins fougueux, critique mes écrits : S'il dit vrai , j'en profite ; et s'il a tort, j'en ris. Mais je connois trop bien nos graves Aiistai'ques ; Stériles en génie, et féconds en rcmaïKjues; Le zélé, le travail, la mémoire, ils ont tout, Excepté du bon sens, de l'esprit et du goût.

Us savent à propos placer une virgule; Pas un accent n'échappe à leur docte scrupule ; Un mot, une syllabe épuise leurs efforts ; Ils jugent les vivants, ils commentent les morts;

152 POÉSIES y. .65.

Each word-catcher, that lives on syllables, E CD such small critics some regard may claim, Preserv'd in Milton s or in Shakespeare s name. Pretty ! in amber to observe the forms Of hairs, or straws, or dirt, or grubs, or worms ! The things, we know, are neither rich nor rare, But wondcr how the devil they got there.

Were others angry : I excused them too; Well might they rage, I gave them but their due. A man's true merit 'tis not hard to find ; But each man s secret standard in bis mind, That casting-weight pride adds to emptiness, This, who can gratify ? for who can guess?

The bard whom piifer d pastorals renown, Who turns a Persian taie for half a crown, Just writes to make his barrenness appear, And strains from hard-bound brains, eight Unes a-year ; He, who still wanting, tho' he lives on theft, Steals much, spends little, yet bas nothing left : And he, who now to sensé, now nonsense leaning, Means not, but blunders round about a meaning; And he, whosc fustian s so sublimely bad, It is not poetiy, but prose run mad :

Ail thèse, my niodest satire bad translate, And own'd that nine such poets niade a Tate.

How did they fume, and stamp, and roar, and chafe. And swcar, not Addison himself was safe !

Peace to ail such ! but were there one whose fires

Et, par Téclat d'autnii dissipant leurs ténèbres, Joignent leurs noms obscurs aux noms les plus célèbres. Tel Je chêne soutient larbuste dans les airs ; Tel l'ambre offre à nos yeux delà paille et des vers.

Mais que d'auteurs choqués! J'approuve leur murmure: Je les appréciai ; c'est sans doute une injure. Damon, que j'ai loué, n'est pas content de moi : Hélas ! c'est que Damon est trop content de soi. Pour louer un auteur, il nous faudroit connoître Non pas tout ce qu'il est, mais tout ce qu'il croit être ; Les beaux-esprits, ainsi que les vieilles beautés. Trouvent leurs portraits faux, s'ils ne sont pas flattés. L'un, en un faux sublime égare sa pensée.

Et nomme poésie une prose insensée ; L'autre, faux bel-esprit, tient mon esprit tendu, Veut être deviné, mais jamais entendu; L'autre des vers d'autrui s'est enrichi sans honte, Traduit, pour un écu, quelque inllpide conte; De son étroit cerveau tire vingt vers par an. N'écrit que pour prouver qu'il étoit sans talent; Revêt de cent tableaux une Muse postiche, Pille, dépense peu, mais n'en est pas plus riche. Cependant si ma Muse, à ces minces auteur.

Veut bien donner Je nom d'heureux compilateurs, QueJs cris !« Oui, disent-iJs, dans sa fureur extrême. Il lancera ses traits contre Addison lui-même. » Eh bien, qu'ils meurent donc dans leur obscurité. Mais, représentez-vous un écrivain vanté,

True genius kindles, and fair famé inspires ; Bless^d with each talent and each art to please, And born to write, converse, and live with ease : Should such a man, %|o fond to rule alone, Bear, like the Turk, no brother near the throne, View whim with scoi^ul, yet with jealous eyes. And hâte for arts that caus'd hiniself to rise : Damn with faint praise, assent with civil leer, And without sneering, teach the rest to sneer ; Willing to wound, and yet afraid to strike, Just hint a fault, and hesitate dislike ; Alike reserv'd to blâme, or to commend, A timorous foe^ and a suspicions friend ; Dreading e en fools, by flatterers besieg'd, And so obliging, that he ne er oblig'd ; Like Cato give bis Uttle senate laws.

And sit attentive to bis own applause ; Wbile wits and %mplars ev'ry sentence raisc, And wonder with a foolish face of praise — Who but must laugh, if such a man there bc?

Who would not weep, if Atticus were he !

What tho' my namc stood rubric on tlie walls. Or plaster d posts, with claps, in capitals?

Or smoking foith, a hundred hawkers load, On wings of winds came flving ail abroad?

Plein de grâce et d'esprit, sachant penser et vivre ; Charmant dans ses discours , subHme dans un livre ; Partisan du bon goût, amoureux de Thonneur, Fait pour un nom célèbre, et né pour le bonheur / Mais qui, comme ces rois que TOrient révère.

Pense ne bien régner qu en étranglant son frère ; Concurrent dédaigneux, et cependant jaloux.

Qui, devant tout aux arts, les persécute en vpus ; Blâmant d'un air poli, louant d un ton perfide ; Cherchant à vous blesser, m^ais d'une main timide ; Flatté par mjjtB sots, et redoutant leurs traits ; Tellement obligeant, qu'il n'oblige jamais; Dont la haine caresse, et le soitfi^ menace ; Bel-esprit à la cour, et ministre au Parnasse ; Faisant d'une critique une affaire d'état ; Ainsi que son héros ('), dans son petit sénat, Réglant le peuple auteur, tandis qu'en son extase. Tout le cercle ébahi se pâme à chaque phrase.... '^• Parle, qui ne riroit de ce portrait sans nom? Mais ^ui ne pleureroit, si c'étoit Addison !

Et qui n auroit pitié du cofïitraste bizarre D'une ame si commune et d'un talent si rare ?

Mes écrits, je l'avoue, affichés en cent lieux, Étalent sur nos murs leurs titres orgueilleux ; Et deux cents colporteurs, au lecteur qui s'empresse. Les vendent tout mouillés au sortir de la presse.

(*) Allusion k la tragédie de Caton (TUtique , d*Addison.

156 POÉSIES v.a.H..

I sought no homage from the race that write ; I kept, like Asian monarchs, from tbeir sight : Poems I heeded (now be-rhymed so long) No more than thou, great George ! a birthday song. I ne er with wits or witlings pass'd my days, To spread about the itch of verse and praise ; Nor likc a puppy, dagglcd thro' the town, To fetch and carry sing-song up and down ; Nor at rehearsals sweat, and mouth'd, and cry'd, With handkerchief and orange at my side; But sick of fops, and poetr\% and prate, To Bufo left the whole Castalian state.

Proud as ApoUo on his forked hill, Sat full-blown Bufo, puff d by ev ry quiU ; Fed with soft dedication ail day long, Horace and he went hand in hand in song.

His library (where busts of poets dead, And a true Pindar stood without a head) Receiv'd of wits an undistinguish'd race, Who first his judgment ask'd, and then a place: Mnch they extolFd his pictures, much his seat. And flatter'd ev'ry day, and somc days eat ; Till grown more frugal in his riper days, He paid some bard* widi poit, and some witli praise ; To some a diy rehearsal was assign'd, And others (barder still) he paid in kind.

Dryden alone (what wonder !) came not nigh ;

Mais, me voit-on, bouffi d une folle hauteur, Vouloir, en souverain, régir le peuple auteur? A ce peuple importun, encor plus que risible, Tel qu'un sultan altier, je me rends invisible. Après les vers nouveaux je ne vais point courir: Sans savoir s'ils sont nés, je les laisse mourir. Je ne vais point, trottant au travers de la viDe, Colporter des couplets, répandre un vaudeville, Remettre à l'imprimeur un écrit clandestin.

Des drames nouveau-nés décider le destin , Une orange à la main soulever le parterre. Dans l'ombre d'un café réformer l'Angleterre; Las de prose, de vers, des Muses, d'Apollon, J'abandonne à Bardus tout le sacré vallon.

Tel qu'Apollon assis sur la double colline.

L'épais Bardus s'étale avec sa lourde mine ; Trente rimeurs gagés le parfument d'encens ; • Mécène et lui déjà vont de pair dans leurs chants. Son cabinet, orné d'un Pindare sans téte^f S'ouvre indifféremment à tout mauvais poète.

Chaque auteur, de son goût vient recevoir la loi, Demande ses avis, et sur-tout un emploi ; Admire ses tableaux et sa magnificence ; Et, pour dîner un jour, pendant un mois l'encense. Mais, hélas! il commence à devenir frugal i Les uns , d'un froid éloge ont le maigre r^al ; D'autres ont pour leurs vers quelque froide louange ; D'autres, plus maltraités, ont les siens en échange.

Dryden alone escap'd this judging eye :

But still the great hâve kindaess in reserve, He help'd tq^ury v^rhom he help'd to starve.

May some choice patron bless each gray-goose quill !• May ev'ry Bavius hâve his Bufo still ! . .

So when a statesman wants a day s dèfçncey Or envy holds a whole week s war with sense^ Or simple pride for flatt'ry makes demands, May dunce by dunce be whistled off my hands ! Bless'd be the great ! for those they take away. And those th^y left me — for they left me Gay : Left me to see neglected genius bloom, Neglected die, and tell it on his tomb : Of ail thy blameless life the sole retum My verse, and Queensberry v^eeping o er thy um !

Oh let nae live my ovirn, and die so too l (To live and die is ail I bave to do :) Maintain a poet s dignity and ease, And see wfaat friends, and read vv^hat books I please : Above a patron, tho' I condescend Sometimes to call a minister my friend, I vv^as not bom for courts or great affairs : I pay my debts, believe, and say my prayers ; Can sleep w^ithout a poem^n my head, Nor know if Dennis be aUve or de^d.

Why am I ask'd what next shall see the light? Heavens ! vras I bom for nothing butt(^> write? Has life no joys for me? or (to be grave)

A ses yeux, que toujours le vrai talent frappa, Dryden , qui le croiroit ! Dryden seul échappa. Mais un grand, éclairé, tôt ou tard se détrompe : ■ Si Dryden meurt de faim, on lenterre avec pompe. Oh ! puissent désormais tous ces vils protecteurs Grossir leur triste cour de tous ces vils auteurs ! Que tout rimeur à gage ait une maison prête ! Que tout patron stupide ait un client plus bête ! Ainsi, tandis qu'un sot pour un fat rimera.

Tandis que la bassesse à l'orgueil se vendra , Tous ces fous, loin de moi, fuiront lun après lautre^i O grands! mon intérêt s accorde avec le vôtre ; Je hais la flatterie, et vous la bonne foi ; Cibber rampe chez vous, et Gay vécut chez moi. Ciel , fais-moi , comme Gïiy, vivre et mourir sans maiti*e ! Savoir vivre et mourir, c'est le seul art peut-être. Puisséje, indépendant de l'univers entier, Paroître noblement dans un noble métier.

Vivant pour mes amis, existant pour iKoi-méme, Lisant ce qui me plaît, et voyant ceux que j'aime; Du faquin qui protège implacable ennemi.

Mais aux grands quelquefois donnant le nom d'ami ! Non, je n'étois point né pour les grandes affaires : Je crains Dieu, ne dois rien, récite mes prières ; Je dors, grâces au ciel, sans rimer en rêvant ; Eh ! sai&-je si Dennis est ou mort ou vivant? « Qu allez-vous imprimer? » Vient-on souvent me dire? Ciel ! n'étoi&-je donc fait que pour toujours écrire !

Hâve I no friend to serve, no soûl to savc?

«I found him close with Swift. — Indeed? no doubt, Cries prating Balbus, something will corne out.» Tis ail in vain, deny it as I will.

uNo, such a genius never can lie still.n And then for mine obligingly mistakes The first lampoon sir Will or Bubo niakes.

Poor, guiltless I ! and can I choose but smile, When ev'ry coxcomb knows me by my style?

Curs'd be the verse, how well soe er it flow, That tends to make one worthy man my foe, Give virtue scandai, innocence a fear, Or from the soft-eyed virgin steal a tear !

But he who hurts a harmless neighbour s peace, Insults fall n worth, or beauty in distress, Who loves a lie, lame slander helps about, Who writes a libeJ, or who copies out; That fop, whose pride affects a patron s name, Yet absent, wounds an author s honest famé :

Who can your merit selfishiy approve.

And show the scnse of it without the love ; Who has the vanity to call you friend, Yet wants the honour, injur d, to défend ; Who tells whate er you think, whate er you say, And, if he lie not, must at least betray j Who to the Dean^ and silver bell can swear, And sees at Cannom what was never there ; Who reads, but with a lust to misapply.

Insensé ! n'ai-je donc rien de mieux à songer, Point d amis à servir, de pauvre à soulager?

« J ai trouvé Pope et Swift enfermés tête à tête, Dit l'indiscret Balbus ; quelque chose s'apprête. » r^ J'ai beau lui protester. « Eli ! non, je vous connois ;

u Votre verve, dit-il, ne s'épuise jamais. »

Et la première horreur qu'un méchant distribue, Ce connoisseur profond d'abord me l'attribue.

Hélas ! malheur au vers le plus harmonieux, Qui blesse l'innocent d'un trait calomnieux ; Dont la pudeur rougit, dont la vertu s'alarme ; Qui peut de deux beaux yeux arracher une lanne ! Me confonde le ciel, si l'on voit mes discours Des jours d'un honnête honmie empoisonner le cours ! Mais ce méchant, fléau des vertus les plus belles, Qui compose dans lombre, ou répand des libelles; Qui déchire avec art, mais avec cruauté.

Le talent malheureux, l'indigente beauté ; Ce grand qui, près des rois, adulateur servile. Sous un ruban d'azm^ me cache une ame vile ; Ce fat qui me protège avec un air si vain.

Qui, vantant mes écrits, négUge l'écrivain ; Qui , n osant me défendre alors que l'on me blesse, Me voit par vanité, me trahit par foiblesse ; Qui, s'il n'est pas méchant, est du moins indiscret ; Qui donne un ridicule, ou révèle un secret ; Qui, prêtant à mes vers des tournures malignes. Va dire aux grands : C'est vous que l'on peint dans ces lignes.

T. I. POÉS. FCG. . ^KI

Makes satire a lampoon, and fiction lie : • A lash like mine no honest man shall dread.

But ail such babbling blockheads in his stead.

Let Sporus tremble —

A. What? that thing of silk, àSporus, that mère white curd of ass s milk?

Satire of sensé, alas ! can Sporus feel, Who breaks a butterfly upon a wheel?

P. Yet let me flap this bug with gilded w^ings, This painted child of dirt, that stinks and stings; Whosc buzz the witty and the fair annoys, Yet wit ne er tastes, and beauty ne er enjoys : So well-bred spaniels civilly delight In mumbling of the game they dare not bite.

Eternal smiles his emptiness betray, As shallow streams run dimpling ail the way.

Whether in florid impotence he spèaks, And, as the promptcr breathes, the puppet squeaks ; Or at the car of Eve, familiar toad, Half frotli, half venom, spits himsclf abroad. In puns, or politics, or taies, or lies, Or spite, or smut, or rhymes, or blasphemies : His wit ail sec-saw, between that and this, Now high, now low, now master up, now miss, And he himself one vile antithesis.

Voilà ceux qu'à mes pieds je veux voir abattus : Je suis l'effroi du vice, et l'appui des vertus.

Que Sporus tremble ! — Qui? cette chétive espèce, Automate de soie, extrait de lait d^ànesse ; Chenille, que colore un brillant vermillon?

Quoi ! faut-il dans la mer noyer un papillon ? — Du moins, écrasez donc cet orgueilleux insecte, Ce ver aux ailes d or, qoiiite pique et m'infecte ; Qui, formé dans la fange, et fier de ses couleurs, De la société flétrit toutes les fleurs ; Parcourt, en bourdonnaiit, le Pinde et les ruelles. Mais sans goûter les arts, mais sans jouir des belles : Ainsi, dans le gibier, qu'il mordille en grondant, L'épagneul bien dressé n'ose imprimer la dent. Son sourire éternel annonce une ame aride :

D'un ruisseau peu profond ainsi l'onde se ride. Mannequin animé par le souffle d'autrui.

Il ne pense, il ne sent, ne juge point par lui ; Dans chaque pas qu'il fait, chaque mot qu'il profère, On reconnoit le fil et la main du compère.

Aux discours des savants mêle-t-il son caquet? Parmi l'or des moissons on croit voir un bluet. Voyez de mille excès ce bizarre assemblage :

Sérieusement fou, ridiculement sage, Par des moyens obscurs courant après leclat, Qui put n'être qu'un sot, et voulut être un fat ; Courtisan pédantesque, et pédant petit-maitre, ., Dégradant ce qu'il est par tout ce qu'il veut être ;

164 POÉSIES v.3j6.

Amphibious thing ! tbat, acting either part,

The trifling head, or the conrupted heart;

Fop at the toilet, flatterer at the board,

Now trips a lady, and now stnits a lôrd.

Eve s tempter thus the rabbins hâve expre^'d,

A cheiTib s face, a reptile ail the rest ;

Beauty that shocks you, parts that none will trust,

Wit that can creep, and'^^Snde that licks the dust.

Not fortune s worshipper, nor fashion s fool, Not lucre s madman, nor ambition s tool, Not proud, nor servile ; be one poet s praise, That, if hc pleased, he pleased by manly ways; That flattery, e eu to kinjjs, he held a siiame, And thought a lie in verse or prose the same , That not in fancy s maze he wander'd long, But stoop'd to truth, and ihoralized his song ; That not for famé, but virtue s better end, Ile stood the fmious foe, the timid friend,

De la société brillant caméléon , Socrate le matin , le soir Anacréon ; A force d'aprément parvenant à déplaire, Ayant toujours un rôle, et pas un caractère.

Sa gravité déplaît, sa légèreté pèse, Lui-même est une plate et risible antithèse ; Une espèce amphibie, équivoque animal.

Avantageux et bas, doucereux et brutal; Tour-à-tour grand seigneur ou petite-maîtresse , Mignard conmie une fille, ou fier comme une altesse ; Frivole pir l'esprit, infâme par le cœur ; Fat auprès dune femme, auprès des rois, flatteur. Belle Eve, ainsi Ion peint ton séducteur funeste, Ange par la figure, et serpent pai* le reste : C'est un être choquant, même par sa beauté ; Affable par orgueil, rampant par vanité.

Libre d ambition, insensible aux richesses.

Courageux sans hauteur, complaisant sans bassesses, Voilà le vrai poète: il plaît, mais noblement ; De l'orgueil d'un ministre il n'est pas l'instrument. Flatter, même les rois, à ses yeux est coupable ; De mentir, même en vers, sa bouche est incapable. Chez lui la poésie est plus que de vains sons ; La sublime morale ennoblit ses chansons; Il fait briller le vrai dans la fiction même : Ce n'est point un vain nom , c'est la vertu qu'il aime.

The damning critic, half-approving Avit, The coxcoi^ hit, or feariog to be hit; Lau{jh'd at the loss of friends he never had, The duU, the proud, the wicked, and the mad ; The distant threats of vengeance on his head, The blow unfelt, the tear he never shéd ; The taie revived, the lie so oft o erthrown, The imputed trash, and dulness not his own ; The morals blacken'd when the writings 'scape, The libeird person, and the pictured shape ; Abuse, on ail he loved, or loved him, spread, A friend in exile, or a father dead ; The whisper, that, to greatness still too neff , Perhaps yet vibrâtes on his sovereîgn s ear— Welcome for thee, fair virtue ! ail f he past : For thee, fair virtiie ! welcome e en the last !

A. But why insuit the poor, affront the great? P. A knave s a knave, to me, in every state ; Alike my scorn, if he succeed or fail, Sporus at court, or Japhet in a j ail ; A hireling scribbler, or a hireliug peer, Knight of the post corrupt, or of the sbire; If on a pillory, or near a throne^ He gain his prince s ear, or lose his own.

respecte les grands , et ne les flatte pas ; Il dompte ses rivaux , sans livrer de combats ; U voit avec mépris le louangeur stupide, L agresseur furieux, le défenseur timide, Le critique implacable et qui mord sans pitié. Le bel esprit jaloux, et qui loue à moitié.

Tant de coups sans effet, tant de traits sans blessure, Et la haine impuissante, et Tamitié peu sûre. Qu on réchauffe cent fois des contes pleins d ennui ; Que Ion charge son nom des sottises d autrui ; Qu'un méchant affamé défigure, pour vivre.

Ses traits dans une estampe, et ses mœurs dans un livre ; Qu on loutrage dans ceux qui lui sont les plas chers ; Qu on blâme sa morale, au défaut de ses vers ; Que l'on poursuive encor, par une lâche envie. Ses amis dans lexil, et son père sans vie; Qu enfin, jusqu'à son roi, les vils échos des cours Fassent de ces méchants retentir les discours : Adorable vertu, c'est à vous qu'il s'immole ! C'est pour vous qu'il souffrit, par vous il se console ! — Mais j'insulte le pauvre, et je brave les grands. — Oui, pour moi, l'honmie vil est vil dans tous les rangs ; Je le hais sous le froc, ainsi que sous la mitre ; Chevalier d'industrie, ou chevalier en titre y' Écrivain mercenaire, ou couitisan vénal; Assis sur la sellette, ou sur le tribunal ; Triomphant dans un char, ou rampant dans la boue; Admis auprès du trône , ou conduit à la roue.

Yet soft by nature, more a dupe than wit, Sappho eau tell you how this mao was bit :

This (Ireaded satirist Dennis will coofess Foe to bis pride, but friend to bis distress! So bumblc, be bas knock'd at Tibbald s door, Has dnmk witb Cibber, nay, bas rhymed for Moore. Full ton years slandrrVl, did be once reply?

Tbree tbousand suns wcnt down on Welsted s lie. To please bis mistress onc aspersed bis lifc ; He lasb'd bim not, but Ict ber be bis wife :

Let Budgel ebargc low Grub-street on bis quiU, And Write wbate er be pleased, except bis will ; Let tbc two Curls of to wn and court abuse His fatber, motber, body, soûl, and muse.

Yet wby ? tbat fatber beld it for a rule, It was a sin to call our neigbbour fool :

Tbat barmless motber tbougbt no wife a wbore : Hear tbis and spare bis family, James Moore ! Unspotted names, and mémorable long!

If tliere be force in virtue or in song.

Of gentic blood (part sbed in bonours cause, Wbile yet in Brilain bouour bad applause) Eacb parent sprung —

A. Wbat fortune, pray ? —

P.Tbeirown, And bettcr got iban Bestia s from tbe tbronc. Born to no pride, inberiting no strife, Nor niarrying discord in a noble wife,

Cependant cet auteur, si terrible et si craint, Sapho sait qu'il n est pas aussi noir qu on le peint. Dennis même avouera, s'il veut être sincère.

Qu'en méprisant écs vers, il aida sa misère.

On l'accusa d'oi^eil : il étoit si peu fier.

Qu'il visita Tibàlâ, et but avec Cibber.

Un prêtre, contre lui vomit un gros volume.

I/a-t-on vu, pour répondre, user en vain sa plume? Pour plaire à sa maîtresse, un fat l'ose outrager : Ah ! qu'elle soit sa femme, et c'est trop le venger! Que Pope soit l'objet d'une satire amère :

Mais pourquoi dénigrer et son père et sa mère? Sa mère a-t-ellc, hélas! médit de son prochain? Vit-on jamais son père outrager son voisin?

Lâches, écoutez-moi ; respectez sa famille.

Et ne ternissez plus l'éclat dont elle brille : Son nom sera sacré, tant que cet univers Chérira les vertus, et lira les beaux vers.

Ceux dont il tient le jour, et l'époux et la fenrnie, Étoient nobles de nom comme ils l'étoient par l'ame. Leurs aïeux, pour l'honneur, combattirent cent fois. Quand de l'honneur encor nous connoissions les lois. — Mais qu'étoient leur fortune et leurs biens? — Légitimes. Ils laissèrent Crassus s'engraisser par des crimes. Ce bon père, aujourd'hui l'objet de ses regrets, , Gentilhomme sans morgue, héritier sans procès, Citoyen sans cabale, époux sans jalousie, Traversa doucement l'espace de la vie.

^rf

170 POESIES v.:i94

Stranger to civil and religious rage,

The good mail walk'd innoxious through his âge :

No courts lie saw, no suits would eyer try,

Nor dared an oath, nor liazarded aile.

Unlearn'd, he knew no schoolmaiÂ'^ubde arL

No language but tlie language opoiè^lieart.

By natui*e honest, by expérience wi&e ; *.

Ilealthy by tempérance and by exercise ;

His life, though long, to sickness pass'd unknown,

Ilis death was instant, and without a groan.

O grant me thus to live, and tlius to die !

Who sprung from kings shall know less joy dian I.

O friend ! may each domestic Uiss be thine !

Be no unpleasing melancholy mine ; Me, let the tcnder office long engage, To rock tlie cradle of reposing âge, With Icnient aits extend a mother s breath, Make languor smile, and smooth tbe bed of death ; Explore the thought, cxplain the asking eye, And kcep awhile one parent from the sky !

On cares like thèse if length of days attend, May Ileaven, to bless those days, préserve my friend ! Préserve him social, cheerfui, and serene, And just as rich as wheii he served a queen !

A. Whethcr that blcssing be denied or given, Thus far was right ; the rcst bclongs to Ileaven.

fr

Jamais il ne panit au tribunal des lois,

Jamais d un faux serment n appuya de vains droits.

Il tfi^étoit pcfint enflé d une vaine science :

Le langage du cœur fut sa seule éloquence.

Éclairé par lusage , et poli par bonté ,

Sain par la vie active et la sobriété,

Ses vénérables jours furent longs, sans souffrance ;

Son paisible trépas fut court, sans violence.

Ciel ! accorde à son fils et sa vie et sa mort, ,

Et les enfants des rois vont envier mon sort!

Ami, jouis toujours de ta douce folie :

Pour moi, mon cœur se plaît dans sa mélancolie : Puissé-je encor long-temps, par de pieux seqpurs. Conserver une mère, et prolonger ses jours; Sur le bord du cercueil soutenir sa foiblesse ; Egayer ses langueurs, et bercer sa vieillesse ; Prévenir ses besoins, les lire dans sds yeux. Et retarder encor son départ pour les cieux(') !

(*) Cette traduction fut une des pièces lues à racadémie française par Tabbé Delîlle, le 17 avril 177B, en présence de Voltaire qui assistoit à cette séance : pendant la lecture, le vieux malade se rappeloit les vers de Pope, les coinparoit à ceux du traducteur, et dounoit souvent la préférence à ceux-ci.

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