‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 2 sur 108 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les priviléges de l’historien et ceux du romancier sont bien différents. Aussi convient-il à chacun de respecter les droits de l’autre. Que celui-ci invente à plaisir, pourvu qu’il reste dans les bornes du vraisemblable, c’est bien; mais il doit se garder de mettre en avant des choses vraies, auxquelles la probabilité manquerait. Quant à l'historien, au contraire, son devoir est de rapporter les événements tels qu’ils se sont passés, sans aucun souci des conséquences qu'on pourra tirer de son récit. Il n’y a de réputation solide pour lui que sur la base des réalités, et les faits sont toujours là pour garantir sa parole. Jusqu’à quel point l’auteur est-il resté fidèle à cette règle qui définit les priviléges réciproques de la fiction et de la vérité?

c'est aux lecteurs à le décider. Mais il n’en invite pas moirs les amateurs de recherches historiques à se mettre au travail jusqu’à ce qu’ils aient trouvé, dans les annales des États-Unis, une masse suffisante d’autorités poétiques pour justifier les moindres incidents de la légende qui va suivre.

Quant aux critiques , l’auteur peut se prévaloir ici d’un avantage propre à son sujet : tous, ils sont compris dans cette classe nombreuse connue sous la dénomination caractéristique de marins d’eau douce, et la discrétion du bon sens leur conseillera sans doute de ne pas exposer au grand jour leur ignorance.

Si toutefois quelque vétéran des mers venait à découvrir çà et là d’insignifiants anachronismes , soit en ce qui concerne les usages de la marine, soit en ce qui regarde ses progrès mratériels , l’auteur prend la liberté de lui dire, sans déro-

ger aux égards mérités par l'expérience,

qu’il s’est proposé, non pas tant de peindre les coutuines d’un temps particulier, que de décrire les scènes dont

TIL. 33° Zvraison.

l'Océan est le théâtre exclusif. Son projet est d’esquisser à sa manière, tout imparfaite qu’elle soit, quelques traits où vienne se reproduire la physionomie d’une population que la nature même des choses nous empéchera toujours de connaître parfaitement.

Sans doute on lui dira que Smollett a fait tout cela avant lui, même qu'il l’a fait beaucoup mieux. Qu’est-ce que cela prouve? L'auteur du Pilote, on le verra, quoiqu'il ait navigué dans les mêmes eaux que son devancier, a suivi prudemment une direction différente. En d'autres termes , il a pensé que les tableaux du maître étaient d’une nature trop achevée pour qu’il pât être permis au premier barbouilleur, dont le pinceau s’essaie à peindre des marines, d'y jeter à son gré de nouvelles couleurs.

L'auteur désire encore exprimer ses regrets de ce qu'on a jusqu'ici laissé dans l’oubli les services rendus pendant l’ancienne guerre par. l’entreprenante et brave marine américaine. Chacun a entendu parler du Bonhomme Richard, et de la victoire qu’il a remportée ; mais combien peu l’on songe au reste de la vie, aux autres exploits de l’homme remarquable qui présidait à ce mémorable combat. Connaït-on ses engagements avec le Milford et le Solebay, ses prises du Drake et du Triomphe, les-projets opiniâtres et désespérés qu’il forma pour porter la guerre au sein même de cette île puissante d’où partaient les coups des ennemis de l’ Amérique ?

Un grand nombre des officiers qui servirent à cette époque se trouvèrent ensuite dans la marine de la confédération, et il est assez juste de présumer qu’elle doit en grande partie sa réputation actuelle à l'esprit que lui inspirèrent dès lors les héros de la révolution.

Un des derniers officiers formés à

Le

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