‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 92 sur 108 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Une verdure printannière n’orne pas ces tris-.

tes rochers; un hiver prolongé glace le cœur de mai; aucun zéphyr ne souffle sur la pente du coteau ; des metéores y brillent et de noirs orages l’enveloppent. GozpsuiTa.

CE ne fut que lorsqu'ils eurent bien établi leur indépendance, que les Américains commencèrent à se considérer autrement que des étrangers dans leur pays natal. Jusque-là leurs inventions, leurs richesses et leur gloire se reportaient vers l'Angleterre aussi invariablement que l'aiguille aimantée se di-

rige vers le nord. Quarante ans d’in-

dépendance ont fait ce qu’un siècle et demi d’esclavage n'avait pu accomplir.

A lépoque dont nous parlons, la surface du West-Chester était coupée de routes en tous sens ; mais elles ressemblaient au peuple et au temps; on ne trouvait dans l'ancien régime aucun de ces chemins droits, uniformes, qui offrent toute la commodité possible, en traversant directement d’un point du pays à l’autre , tels qu’ils existent dans notre nouveau territoire; il fallait pour cela des cas extraordinaires , par exemple, une rivière d’un côté, et une montagne de l’autre, qui les empéchaient

de décrire une courbe gracieuse. Au

lieu de ces voies directes et abrégées, toutes les routes, sauf les exceptions que nous venons de citer, offraieut uniformément un goût classique et recherché des inspirations poétiques. Ces-deux systèmes de chemins prouvent assez l’'analogie des différentes institutions dont nous avons parlé. L'un est le -résultat du ha-ard et des circonstances, orné des grâces de l’art, de manière à rendre agréable ce qui n’est pas toujours commode; et dans l’autre nous reconnaissons une droite raison qui va directement au but, laissant à l'utilité le soin de faire excuser ce qui peut lui manquer en beauté et en intérêt.

Quelque ressemblance que notre imagination puisse trouver entre les routes et la forme de gouvernement, César Thompson ne trouva dans les premières

Ld

que des plaisirs médiocres pt des dangers incessants. Tant qu’il n’eut devant lui que ces vallées charmantes qui constituent presque presque tout l’intérieur du pays, le chemin était sûr et facile; suivant les détours d’un ruisseau qui serpentait dans le fond , le sentier traversait de riches prairies et de beaux pâturages ; puis en coupant tout à coup à angles droits, arrivait par une pente douce au pied de la colline qui bornait le vallon; il passait alors devant la porte de quelque demeure isolée, et venait rejoindre le ruisseau et la prairie jusqu’à ce qu’il en eût épuisé toutes les beautés. Aucun lieu, quelque solitaire qu’il fût, ne pouvait avoir échappé aux sinuosités de la route. Elle semblait vouloir faire connaître tous les genres de beauté romantique. Elle arrivait au pied d’un rocher qui aurait effrayé un esprit peu hardi ; et bravant les dangers et les difficultés, la même route se dirigeait vers le sommet du roc, et de là, se précipitant avec rapidité sur la côte opposée, elle descendait dans un autre vallon, où elle reprenait ses sinuosités et sa lenteur.

En suivant un chemin aussi varié, il est facile de concevoir que César éprouva des émotions tout aussi diverses. Le lourd charriot qu’il conduisait avançait d’un pas égal sur le terrain uni, et le nègre , perché sur un siége très-élevé, prenait un air de dignité; mais quand il fallait gravir, son anxiété était extrême, et le moment de la descente était pour lui un moment de terreur. Aussi, dès qu’on apercevait le pied d’une colline, César suivait le précepte des colons hollandais ; il faisait claquer son fouet sur les côtes de ses vénérables coursiers, tout en accompagnant les coups d’un certain cri destiné à leur inspirer une résolution proportionnée au péril; ils franchissaieat l’espace qui les séparait de la difficulté avec une vitesse qui faisait trembler le char caduque, et cahotait cruellement les voyageurs. Mais cette manœuvre suffisait pour déterminer un £hoc qui emportait la voiture jusqu'au

FENIMORE COOPER

tiers de la montée; c'etait à co moment qu’il était difficile de décider qui l’emporterait de la voiture ou des chevaux; ces derniers étaient essoufilés ; la force leur manquait, et l’on n’avait pas encore surmonté les plus grands obstacles; mais le fouet et les cris du nègre leur faisaient faire des efforts inouis, et ils se tirèrent heureusement de tous ces passages périlleux. En gagnant la plateforme, on arrétait un instant pour laisser respirer les chevaux ; puis, il s’agissait d’effectuer une descente encore plus dangereuse. César commençait par passer les rênes autour de son corps avec beaucoup d'adresse : il les ramenait pardessus sa tête, de sorte que c'était elle seule qui servait à guider les chevaux:

il se cramponait avec ses deux mains sur son siége, et tandis qu’il laissait voir une double rangée de dents bien blonches, et que ses yeux brillaient comme des diamants enchâssés dans de l'ébène, il s’abandonnaïit à la Providence, en disant avec le proverbe : « Que le diable se charge du reste. » La voiture lançait les chevaux en avant avec une rapidité qui déroutait la philosophie de l’Africain ; mais la pratique instruit , et quand le soir vint avertir les voyageurs qu’il était temps de faire une halte, César s'était si bien habitué à ces descentes périlleuses, qu'il s’y aventurait avec un courage incroyable. Nous ne nous serions pas arrêtés à décrire les exploits des coursiers de M. Wharton, si l'on ne rencontrait encore des exemples sans nombre de ces routes dangereuses. Nous ne craignnns pas d’être contredit dans cette assertion, et cependant il existe des passages qui auraient dû étre améliorés depuis longtemps, quoique nous eussions par là perdu le moyen de prouver ce que nous avançons ici.

Taridis que César et ses chevaux luttaient ainsi contre les obstacles de la route, les voyageurs étaient trop occupés de leurs chagrins pour faire attention à ceux de leur guide. Sara n'avait plus l’esprit aussi égaré ; chaque

L'ESPION

pas qu’elle faisait vers la raison semblait la jeter dans un état d’apathie; de vive et légère qu’elle était , elle devenait graduellement sombre et mélancolique; parfois ses compagnons éprouvaient un mouvement de joie, en croyant distinguer en elle des signes de retour à la mémoire ; mais l'expression cruelle de douleur qui accompagnait cette lueur passagère de raison, les réduisait presque à l’affreuse alternative de souhaiter qu'elle perdtt à jamais Id faculté de penser. Cette journée se passa dans un silence présque absolu , et la nuit étant arrivée , les voyageurs se retirérent dans des fermes qu’ifs reneontrèrent pour s’y loger chacun comme il put.

Le lendemain matin la cavalcade se dispersa. Les blessés se dirigèrent sur Peekskül, où ils devaient s’embarquer pour se rendre aux hôpitaux de l’armée américaine. On transporta Singleton ans une litière vers la partie des ighlands où son père avait établi ses quartiers ; le jeune homme devant y rester pour achever sa guérison. La voiture de mistriss Wharton, suivie d’un fourgon qui contenait la femme de charge et ce qu’on avait pu transporter du bagage, continua sa route vers l’endroit où Henri Wharton étäit détenu , et n’attendait que leur arrivée pour étre mis en jugement.

La contrée qui s'étend entre la rivière d'Hudson et le détroit de Long- . Land n'offre pesdant les quinze premières lieues qu’une longue suite de collines et de vallons. Le terrain qui borde les vallons commence alors à devenir plus uni, et finit par se confondre ave les belles plaines et les prairies du Connecticut; mais quand on approche de l'Hudson, il reprend son aspect montagneux, et s’unit enfin aux barrières formidables des Highlands. C'était à que se terminait le territoire neutre, L'armée royale occupait les deux points qui commandaient l’entrée de la rivière dans les montagnes du sud; mais tous des autres passages étaient au pouvoir des Américains, |

Nous avons déjà dit que les piquets de l’armée du continent avancçaient quelquefois dans le pays, et que le hameau.

des Plaines blanches était de temps à autre occupé par des troupes ; d’autres fois , les postes avancés 6e retiraient à l'extrémité de la contrée vers le nord, et le pays intermédiaire était livré aux ravages des brigands qui pillaient entre les deux armées sans en servir aucune.

Nos voyageurs ne prirent pas la route qui communique entre les deux villes prineipales ; mais ils suivirent un passage désert, peu connu, même à présents.

il traverse les montagnes près des limites orientales du comté, et déboucbe dans la plaine au-dessus, à plusieurs lieues de l’Hudson.

Il aurait été impossible que les che- Yaux fatigués de mistriss Wharton traipassent leur lourd charriot dans les sentiers escarpés qui s'offraient devant eux. Les deux dragons qui les accompagnaient se procurèrent deux chevaux de ferme, sans s'inquiéter beaucoup si c'était la volonté de leur propriétaire.

Grâces à ce secours, César se vit à même d’ayancer , quoique lentement et avec peine , jusque dans les montagnes.

Frances , désirant soulager un peu sa mélancolie en respirant un air pur, et en même temps alléger le poids de la voiture, descendit au moment où on arrivait au pied d’une montagne, et trouva Katy, qui venait d'en faire autant. dans l'intention d’aller à pied jusqu’au sommet. Le soleil était près da son coucher, et le guide avait assuré que du haut de la montagne on distinguerait le but tant désiré de leur voyage.

La jeune fille s’avança du pas léger de son âge. La femme de charge la suivait à peu de distance. Elles perdirent bientôt de vue la lourde voiture qui montait lentement le long de la côte, s’arrétant de temps à autre, pour que les animaux pussent reprendre haleine.

« Oh ! miss Fanny, quels temps terribles que ceux-ci, » dit Katy, dans un moment où elles s’arrétèrent pour se reposer aussi. « Mais je savais qu’il are

riverait quelque calamité depuis le jour où j'ai vu des traces de sang dans les nuages.

— Il y a eu du sang répandu sur la

terre, Katy, « répondit Frances, en

frémissant , “« mais je ne crois pas qu’il

y en ait eu dans les nuages.

— Pas de sang dans les nuages! répéta la ménagère; si vraiment il yen a eu souvent. et des comèêtes à queues flamboyantes. Et n’y a-t-il pas des gens qui ont vu au ciel des hommes armés l'année où la guerre a commencé? Et la

nuit avant la bataille des Plaines , n’a-

t-on pas entendu le tonnerre, dont le bruit ressemblait au bruit du canon?

Ah! miss Fanny, j'ai bien peur que malheur n’arrive à ceux qui se révoltent contre l’oint du Seigneur.

— Ces événements sont terribles , il est vrai, et bien faits pour amollir le cœur le plus dur, reprit la jeune fille ; mais que voudriez-vous qu’on fit, Katy?

des hommes braves et indépendants ne veulent pas se soumettre à l'oppression, et je crains bien que de telles scènes ne soient que trop ordinaires à la guerre.

— Si je voyais seulement quelque raison pour se battre , » dit Katy , en se remettant en marche, ainsi que sa jeune maîtresse, « je n’en serais pas si inquiète. Les uns disent que le roi veut s'emparer de tout le thé pour sa famille, et d’autres prétendent qu’il veut que chacun lui donne tout son gain. Quant à cela , il y aurait bien de quoi se battre ; car il est sûr que personne, lord ou monarque, n’a droit au produit des sueurs d’un autre. Ensuite, on a contredit tout cela, et l’on à soutenu que Washiñgton voulait se faire roi luimême, de sorte qu'après tout on ne sait lequel croire.

—- Ne croyez pas cela, car rien de tout cela n’est vrai; je ne prétends pas décider de la justice de la guerre, » dit Frances, en s’arrétant et en rougissant au souvenir de celui qui lui avait inculqué ses opinions ; « mais il me semble qu’il n’est pas naturel qu’un pays comme

celui-ci soit retenu sous Ja domination

FENIMORE COOPER

d’un autre pays aussi éloigné que l’est l'Angleterre.

— C'est ce que j'ai entendu dire à Harvey et à son père, qui est maintenant dans la tombe, » dit Katy, s’approchant

plus près de la jeune demoiselle, et

baissant la voix. « Je les ai éroutés plus d'une fois, quand ils se parlaient, et que tous les voisins reposaient ; et alors, miss Fanny , j'ai entendu des conversations dont vous ne vous faites pas d’idée.

Eh! bien, à dire vrai, Harvey était un être bien mystérieux , et il ressemble au vent dont nous parle le livre saint ; personne ne sait d’où il vient , ni où il va. »

Frances jeta les yeux sur sa compagne avec un intérêt qui lui était nouveau, et comme si elle eût désiré en savoir davantage, elle ajouta :

« Il court de singuliers bruits sur Harvey; je regretterais qu’ils fussent fondés.

— Ce sont des calomnies, » s’écria Katy avec véhémence; « Harvey n’a rien à déméler avec Belzébut, pas plus que vous ni moi; je suis sûre que si Harvey s'était vendu au diable il aurait soin de se faire mieux payer , quoique, à la vérité, il ait toujours été prodigue et sans souci.

— Non, non,» reprit Frances en souriant , « mes soupçons ne sont pas si injurieux ; mais ne s’est-il pas vendu a un prince de la terre, bon, bienveillant, je le crois ; mais trop attaché aux intérêts de son pays, pour mettre beaucoup de justice dans ses actes à l'égard de celui-ci!

. — À Sa Majesté, reprit Katy; mais, miss Fanny, votre frère, qui est en prison , sert aussi le roi George.

: — C'est vrai, répondit Frances, mais il le sert ouvertement et en brave.

— On le dit espion, et pourquoi l’un vaudrait-il mieux que l’autre ?

. — C'est faux,» s’écria Frances, les yeux étincelants , et le feu de la rougeur montant jusque sur son beau front ; « jamais mon frère ne s’avilirait à un acte de fourberie, et jamais il ne se rendrait coupable. pour l’appät de l'or et de l'avancement.

L'ESPION

— Mon Dieu ! » dit Katy, un peu effrayée du ton que prenait sa maîtresse, « toute peine mérite salaire. Harvey ne s'inquiète guère de toucher son dù , et je suis sûre que si l’on recherchait la vérité, le roi George se trouverait son débiteur.

— Alors vous convenez qu’il a des rapports avec l’armée anglaise , dit Frances ; j'avoue que parfois | j'ai pensé différemment.

— Mon Dieu! miss Fanny , Harvey est un homme sur lequel on-ne peut faire que des suppositions ; quoique j’aie demeuré dans sa maison pendant bien des années, je n’ai jamais pu deviner s’il appartenait au ciel ou à la terre.

Lorsque Burgoyne fut pris, il vint à la maison , et il y eut bien du mouvement et des signes d'intelligence entre lui et son vieux père ; mais il me fut jmpossible de distinguer si c’était de joie ou de chagrin. Ensuite, l’autre jour, quand le grand général anglais... Mon Dieu!

jai eu tant de tracas que j'ai oublié son nom. |

— André, » dit Frances avec un accent de tristesse.

« Oui, André. Quand on le pendit dans le Tappaan , le vieux Birch faillit perdre la tête ; il ne dormit ni nuit ni jour, jusqu’à ce qu’Harvey fût de retour ; d’ailleurs tout son argent était en guinées; mais les écorcheurs lui ont tout pris; et maintenant c'est presque un mendiant , ou, ce qui revient au même, sa pauvreté le rend méprisable. »

Frances ne répondit rien, mais continua à gravir la montagne. Elle était absorbée dans ses réflexions. Le nom d'André lui avait rappelé la triste situation de son frère. L’espérance est un sentiment. qui nous porte à la joie, et quoiqu’elle ne reconnaisse souvent qu’une seule cause, il est rare qu’elle n’influe pas sur toutes les émotions du cœur. Les derniers aveux d’Isabelle ‘avaient fait sur lesprit de Frances une impression qui agissait sur tout son être. Elle espérait avec confiance que Sara recouvrerait la raison , et même,

en ce moment, quand elle songeait à la situation de Henri, elle éprouvait un secret pressentiment qu'il serait acquitté ; elle se livrait à cette pensée avec toute l’ardeur bouillante de la jeunesse ; or, elle aurait peut-être été fort embarrassée de rendre compte des motifs qui la lui suggéraient.

Elles venaient d’atteindre le but de leur course pénible , et Frances s’assit sur un rocher pour se reposer, et admirer la scène qui l'entourait; à ses pieds s’étendait une vallée profonde, mais où la culture avait fait peu de progrès, et qu'obscurcissaient les nuages de novembre. En face du lieu où elle était assise s’élevait une autre colline située à peu de distance; ses flancs escarpés n’offraient que des rocs informes, sur lesquels croissaient des chënes dont la petite stature annonçait la stérilité du terrain.

Si l'on veut connaître les Highlands dans tout leur éclat, il faut les parcourir aussitôt après la chute des feuilles.

C’est alors que le tableau se déroule dans sa plus grande étendue ; car la vue n’est interceptée ni par le mince feuillage que l'été fournit aux arbres, ni par les neiges de l’hiver , et l'on découvre les objets les plus petits. Il règne une solitude morne, et l'œil ne s’arrête pas, comme en mars, sur une végétation nouvelle, qui doit bientôt intercepter la perspective, sans la rendre plus agréable.

L'air était froid ; le ciel était couvert, et l’on apercevait à l’horizon de légers nuages, qui semblaient vouloir se disperser, mais qui, se renouvelant sans cesse, trompaient la jeune fille dans son espoir de voir se montrer un rayon du soleil couchant. Tout à coup un reflet de lumière tomba sur la base de la montagne, où ses regards étaient attachés, et, s’élevant graduellement, il

“vint éclairer le sommet , et y forma un

moment comme une couronne de gloire au-dessus des arbres sombres qui crois-

‘saient près de là. La lueur était si vive

qu’on distinguait clairement ce qui était imperceptible un instant auparavant.

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Frances se sentit saisie de respect, en *e voyant initiée dans ce qu’elle regardait commé les secrets de cette solitude; élle y fixait ses regards avec attention, quand elle crut remarquer, parmi les arbres épars et les pointes de rochers, quelque chose qui ressemblait à une cabane; elle était basse, et la couleur de ses matériaux était si

‘ sornbre, que, sans son toit et le reflet

d’une fenêtre , elle aurait échappé à son attention. ‘

Elle n’était pas encore revenue de la Surprise que lui causait cette découverte dans un tel lieu, qu’elle aperçut un autre objet qui accrut son étonnement. Elle crut voir une figure humaine, mais d’une difformité extraordinaire; cet être était assis sur la pointe d’une roche , un peu au-dessus de la cabane; notre héroïne devina facilement qu’il re« gardait la voiture qui s’avançait lentement sur la montagne au-dessous d'elle.

La distance était trop considérable pour pouvoir distinguer les objets avec précision.

Après avoir fixé dans un étonnement muet, Frances venait de conclure que cet être était idéal, et que ce qu’elle voyait faisait partie du rocher, quand objet qu’elle avait aperçu changea promptement de place , et se glissa dans la cabane, faisant ainsi cesser tous ses

doutes. Soit que ce fût le résultat de la conversation qu’elle avait eue avec Katy, soit qu’elle eût réellement discerné quelque ressemblance, il parut à Frances que ce qu’elle venait de découvrir était Harvey Birch avec sa balle. Elle regardait encore cette demeure mystérieuse quand le rayon de lumière disparut ; le son d’un cor fit retentir les échos des forêts et des vallons. Frances , alarmée, se leva promptement; elle entendit les ‘pas des chevaux, et, au même instant, ‘une troupe de cavaliers , portant l’uni- ‘forme bien connu des Virginiens , parut “au détour d’un rocher peu éloigné d'elle, et se rangea près du lieu où elle était :

le cor sonna un air martial, et, avant ‘que Ja jeune fille tremblante eût eu le

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temps de recueillir ses pensées,. Dunwoodie s'élança au galop en avant de ses dragons, et, descendant de cheval, il se trouva bientôt auprès de sa maftresse.

Son air annonçait l'empressement, mais avait quelque chose de contraint. En peu de mots il expliqua à Frances que le capitaine Lawton étant absent, il avait reçu l’ordre de commander les dragons du capitaine qui devaient assister au jugement de Henri, le lendemain ; qu'il avait éprouvé tant d'inquiétude pour la sûreté des voyageurs dans ces passages difficiles, qu’il s’était décidé à venir au devant d’eux. Frances lui expliqua en rougissant, et d’une voix tremblante, pourquoi elle se trouvait en avant; elle ajouta que son père allait arriver. L’embarras du inajor s’était involontairement communiqué à Frances, et la voiture arriva fort à propos; Dunwoodie lui tendit la main pour y monter; il adressa quelques mots de consolation à M. Wharton et à miss Peyton, puis remonta à cheval, et l’on se dirigea vers Fishkill, dont au premier détour du rocher les plaines se montrèrent tout à coup devant eux, comme par enchantement.

Au bout d’une demi-heure, ils arrivèrent à la ferme où Dunwoodie avait fait tout préparer pour leur réception, et où le capitaine Wharton les attendait aveé impatience.

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