‹ ŒuvresChapitre 152 sur 264 · SUR LA PASSION · texte numérisé non relu

SUR LA PASSION

Cotisummatum est.

Tout est accompli.

Telles sont les dernières paroles avec lesquelles le Sauveur expirant sur la croix, consomme aujourd'hui son sacrifice : tels les derniers soupirs que les saintes femmes et le disciple bien-aimé recueillent de sa bouche mourante : telles les dernières instructions qu'iisreçoiventde leur bonmaître. C'est ainsi qu'il quitte la terre , et qu'il laisse ses chers disciples également consternés , et de la douleur de Sa perte , et du mystère profond de cette dernière parole : Tout est accompli : ConsuMm.atwnest.

En effet , que peuvent-ils entendre par là et à

LA PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR. sis

combien de tristes pensées leur esprit timide et abattu ne s'abandonne-t-il pas dans ce terrible moment ! Peut-être le soleil qui s'éclipse ; la terre qui s'ébranle et se couvre de deuil ; les sépulcres qui s'ouvrent ; les morts qui ressuscitent ; toute la nature qui semble se bouleverser et se confondre, leur persuade que Jésus-Christ vient de leur annoncer que tout va finir avec lui , que le monde ne saurait survivre à la mort de son auteur; que l'attentat commis contre sa personne ne doit être expié que dans la ruine entière de l'univers; et tout ce qu'ils lui avaient ouï dire , durant sa vie mortelle, sur iaproximitédecedernier jour, ne contribue pas peu à les confirmer dans cette effrayante pensée ; ils croient peut-être que tout va finir : Consummatum est.

Pour nous, mes frères, nous savons que, lorsque la dernière consommation arrivera, ah! le Fils de l'Homme ne paraîtra pas humilié et chargé d'opprobres sur une croix tel que nous le voyons aujourd'hui ; mais assis sur une nuée de gloire , environné de ses anges, et précédé de puissance , de terreur et de majesté. Appliquons-nous donc à développer la sainte obscurité de cette dernière parole ; elle renferme de grandes instructions et toute la doctrine de la croix.

En premier lieu, le Seigneur avait souvent déclaré dans ses prophètes que les sacrifices des boucs et des taureaux ne lui plaisaient pas; il rejetait l'imperfection de ces hosties; et il ne les eût même jamais souffertes , s'il n'eut découvert en elles les traits éloignés et figuratifs de l'immolation de son Fils : c'étaient des préludes grossiers qui suspendaient sa justice, mais qui ne pouvaient la satisfaire : la mort de Jésus-Christ accomplit donc tout ce que ces anciens sacrifices avaient de défectueux; et la justice de son Père n'a plus rien à exiger de l'homme : première consommation.

En second lieu, les sujets du père de famille ne s'en étaient pris jusqu'ici qu'à ses serviteurs : Jérusalem n'avait fait mourir que les proplvètes qui lui avaient été envoyés ; et la mesure de ses crimes n'était pas encore comblée : il fallait donc que le sang du Fils , et de l'héritier lui-même , fût répandu, et que l'iniquité de ce peuple ingrat fût ainsi consommée : seconde consommation.

Enfin les justes de l'ancien temps , qui avaient auparavant rendu gloire à Dieu en mourant pour la vérité, n'avaient offert qu'une vie triste et malheureuse, exposée aux tentations des sens et de la chair, et un corps soumis à la malédiction de la mort : mais Jésus-Christ renonce à la plus heureuse de toutes les vies , et qu'aucun péché ne pouvait jamais souil-

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VENDREDI SAINT

1er; il offre une âme que personne n'eût pu lui ravir, s'il n'eût pas voulu lui-même la livrer ; et en goûtant volontairement la mort, dont il était exempt par la condition de sa nature; il donne à son Père la plus grande marque d'amour qu'aucun juste lui eût encore donnée : troisième consommation.

C'est-à-dire que la mort du Sauveur renferme trois consommations qui vont nous expliquer tout le mystère de ce grand sacrifice , dont l'Église renouvelle en ce jour le spectacle et honore le souvenir : une consommation de justice du côté de son Père; une consommation de malice de la part des hommes; uneconsommation d'amour du côtéde Jésus-Christ. Ces trois vérités partageront tout ce discours, et l'histoire des ignominies de l'Homme-Dieu : nous y trouverons des instructions solides , et des vérités que le monde ne connaît pas, parce que le monde ne connaît pas Jésus-Christ; et nous verrons que la croix est la condamnation du pécheur, et la condamnation de son ingratitude.

Vous êtes pourtant , croix adorable , le seul asile qui nous reste : vous portez aujourd'hui notre espérance, notre salut, nos remèdes, notre loi , notre Évangile; tout est attaché à votre bois sacré : vous nous gardez le gage divin de notre paix et de notre réconciliation avec Dieu : vous êtes aujourd'hui surtout un trône de miséricorde, dont nous pouvons approcher avec confiance. C'est donc à vos pieds que nous nous jetons avec toute l'Église : O cTuxl ave! etc.

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