‹ ŒuvresChapitre 171 sur 264 · LA PURIFICATION DE LA VIEKGE · texte numérisé non relu

LA PURIFICATION DE LA VIEKGE

tatioii toujours sûre, l'intérêt et l'envie de leur plaire leur donneraient autant d'imitateurs de leurs actions, que leur autorité forme de prétendants à leurs grâces.

Le jeune roi Roboam oublie les conseils d'un père le plus sage des rois; une jeunesse inconsidérée est bientôt appelée aux premières places , et partage ses faveurs en imitant ses désordres.

Les grands veulent être applaudis; et comme l'imitation est de tous les applaudissements le plus flatteur et le moins équivoque , on est sûr de leur plaire dès qu'on s'étudie à leur ressembler : ils sont ravis de trouver dans leurs imitateurs l'apologie de leurs vices , et ils cherchent avec complaisance dans tout ce qui les environne de quoi se rassurer contre eux-mêmes.

Ainsi l'ambition, dont les voies sont toujours longues et pénibles, est charmée de se frayer un chemin plus court et plus agréable : le plaisir, d'ordinaire irréconciliable avec la fortune , en devient l'artisan et le ministre : les passions , déjà si favorisées par nos penchants , trouvent encore dans l'espoir de la récompense un nouvel attrait qui les anime ; tous les motifs se réunissent contre la vertu ; et s'il est si malaise de se défendre du vice qui plaît, qu'il est difficile de ne pas s'y livrer lorsque de plus il nous honore !

Tel est , Sire, le malheur des grands que des passions injustes entraînent. Leur exemple corrompt tous ceux que leur autorité leur soumet : ils répandent leurs moeurs en distribuant leurs grâces; tout ce qui dépend d'eux veut vivre comme eux. Sire , n'estimez dans les hommes que l'amour du devoir, et vos bienfaits ne tomberont que sur le mérite : condamnez dans les autres ce que vous ne sauriez vous justifier à vous-même. Les imitateurs des passions des grands insultent à leurs vices en les imitant. Quel malheur, quand le souverain, peu content de se livrer au désordre , semble le consacrer par les grâces dont il l'honore dans ceux qui en sont ou les imitateurs ou les honteux ministres! Quel opprobre pour un empire ! quelle indécence pour la majestédr gouvernement! quel découragement pour une nation , et pour les sujets habiles et vertueux à qui le vice enlève les grâces destinées à leurs talents et à leurs services! quel décri et quel avilissement pour le prince dans l'opinion des cours étrangères ! et de là quel déluge de maux dans le peuple : les placés occupées par des hommes corrompus; les passions, toujours punies par le mépris, devenues la voie des honneurs et de la gloire; l'autorité , établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois , méritée par les excès qui les violent ;

les mœurs corrompues dans leur source ; les astres qui devaient marquer nos routes , changés en des feux errants qui nous égarent ; les bienséances même publiques, dont le vice est toujours jaloux, renvoyées comine des usages surannés à l'antique gravité de nos pères; le désordre débarrassé de la gêne même des ménagements ; la modération dans le vice devenue presque aussi ridicule que la vertu!

Mais , Sire , si la justice et la piété dans les grands prennent la place des passions et de la licence , quelle source de bénédictions pour les peuples! C'est la vertu qui distribue les grâces , c'est elle qui les reçoit : les honneurs vont chercher l'homme sage qui les mérite et qui les fuit, et fuient l'homme veim à l'iniquité qui court après; les fonctions publiques ne sont confiées qu'à ceux qui se dévouent au bien public; le crédit et l'intrigue ne mènent à rien ; le mérite et les services n'ont besoin que d'euxmêmes; le goût même du souverain ne décide pas de ses largesses ; rien ne lui paraît digne de récompense dans ses sujets que les talents utiles à la patrie ; les faveurs annoncent toujours le mérite , ou le suivent de près ; il n'y a de mécontents dans l'État que les hommes oiseux et inutiles; la paresse et la médiocrité murmurent toutes seules contre la sagesse et l'équité des choix; les talents se développent par les récompenses qui les attendent ; chacun cherche à se rendre utile au public, et toute l'habileté de l'ambition se réduit à se rendre digne des places auxquelles on aspire. En un mot, les peuples sont soulagés, les faibles soutenus, les vicieux laissés dans la boue, les justes honorés , Dieu béni dans les grands qui tiennent ici-bas sa place : et si l'envie de leur plaire peut former des hypocrites , outre que le masque tombe tôt ou tard , et que l'hypocrisie se trahit toujours par quelque endroit elle-même; c'est du moins un hommage que le vice rend à la vertu, en s'honorant même de ses apparences.

Voilà du côté des peuples les suites que la vanité et l'envie de plaire attachent toujours aux exemples des grands : de leur côté , c'est l'étendue et la perpétuité qui en font comme le signal ou du désordre ou de la vertu parmi les hommes.

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