‹ ŒuvresChapitre 180 sur 264 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La religion est la fin de tous les desseins de Dieu sur la terre : tout ce qu'il a fait ici-bas, il ne l'a fait que pour elle; tout doit servir à l'agrandissement de ce royaume de Jésus-Christ. Les vertus et les vices , les grands et le peuple, les bons et les mauvais succès , l'abondance ou les calamités publiques, l'élévation ou la décadence des empires, tout enfin dans l'ordre des conseils éternels doit coopérer à la formation et à l'accroissement de cette sainte Jérusalem. Lestyrans l'ont purifiée par les persécutions; les fidèles la perpétuent par la charité; les incrédules et les libertins l'éprouvent et l'affermissent par les scandales : les justes sont les témoins de sa foi ; les pasteurs, les dépositaires de sa doctrine; les princes et les puissants, les protecteurs de sa vérité.

Ce n'est pas assez pour eux d'obéir à ses lois , c'est le devoir de tout fidèle : la majestéde son culte, la sainteté de ses maximes , le dépôt de sa vérité , doivent trouver une sûre protection dans leur autorité et dans leur zèle.

Je dis la majesté de son culte. Rien , Sire, n'honore plus la religion, que de voir les grands et les princes confondus au pied des autels avec le reste des fidèles , dans les devoirs communs et extérieurs de la foi : c'est à eux à opposer leurs hommages publics et respectueux dans le temple saint aux irrévérences et aux profanations publiques , et à venir montrer à la multitude combien il est indécent à des sujets de paraître sans pudeur et sans contrainte au pied du sanctuaire devant lequel les princes et les rois eux-mêmes s'anéantissent : ils doivent cet exemple aux peuples , et ce respect à la majesté du culte saint. Hélas ! ils regardent comme une bienséance de leur rang d'autoriser par leur présence les plaisirs publics, et ils croiraient souvent se dégrader en paraissant à la tête des cantiques de joie et des solennités saintes de la religion ! Ils se font un intérêt d'État de donner du crédit par leur exemple aux amusements du théâtre et aux vains spectacles du siècle : l'Église est-elle donc moins intéressée, que leurs exemples en donnent aux spectacles sacrés et religieux de la foi ?

Les plaisirs publics n'ont pas besoin de protection : hélas ! la corruption des hommes leur répond assez de la perpétuité de leur crédit et de leur duréje; et s'ils sont nécessaires aux États, l'autorité n'a que faire de s'en mêler : de tous les besoins publics, c'est celui qui court moins de risque.

Mais les devoirs de la religion , qui ne trouvent rien pour eux dans nos cœurs , il faut que de grands exemples les soutiennent : le culte achève de s'avilir, dès que les princes et les grands le négligent. Dieu ne paraît plus si grand, si j'ose parler ainsi, dès qu'on necomptequele peuple parmi ses adorateurs : sa parole n'est plus écoutée , ou perd tous les jours son autorité, dès qu'elle n'est plus destinée qu'à être le pain des pauvres et des petits. Les devoirs publics de la piété sont abandonnés ; tout tombe et languit, si la religion du prince et des grands ne le soutient et ne le ranime. C'est ici où l'intérêt du culte se trouve mêlé avec celui de l'État ; où il importe au souverain de maintenir, et les dehors augustes de la religion, et l'unité de sa doctrine , qui soutiennent eux-mêmes le trône , et d'accoutumer ses sujets à rendre à Dieu età l'Église le respect et la soumission qui leur sont dus , de peur qu'ils ne les lui refusent ensuite à lui-même. Les troubles de l'Église ne sont jamais loin de ceux de l'État; on ne respecte

DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÉMK

guère le joug des puissances , quand on est parvenu à secouer le joug de la foi ; et l'hérésie a beau se laver de cet opprobre; elle a partout allumé le feu de la sédition; elle est née dans la révolte : en ébranlant les fondements de la foi, elle a ébranlé les trônes et les empires ; et partout , en formant des sectateurs , elle a formé des rebelles : elle a beau dire que les persécutions des princes lui mirent en main les armes d'une juste défense, l'Église n'opposa jamais aux persécutions que la patience et la fermeté ; sa foi fut le seul glaive avec lequel elle vainquit les tyrans. Ce ne fut pas en répandant le sang de ses ennemis qu'elle multiplia ses disciples , le sang de ses martyrs tout seul fut la semence de ses fidèles. Ses premiers docteurs ne furent pas envoyés dans l'univers comme des lions pour porter partout le meurtre et le carnage , mais comme des agneaux pour être eux-mêmes égorgés : ils prouvèrent, non en combattant , mais en mourant pour la foi , la vérité de leur mission : on devait les traîner devant les rois pour y être jugés comme des criminels , et non pour y paraître les armes à la main , et les forcer de leur être favorables : ils respectaientle sceptre dans des mains même profanes et idolâtres ; et ils auraient cru déshonorer et détruire l'œuvre de Dieu, en recourant , pour l'établir, à des ressources hum.aines.

Les princes affennissent donc leur autorité en affermissant l'autorité de la religion : aussi c'est à eux que le culte doit sa première magnificence. Ce fut sous les plus grands rois de la race de David que le temple du Seigneur vit revivre sa gloire et sa majesté. Les césars, sous l'Évangile, tirèrent l'Église de l'obscurité ou les persécutions l'avaient laissée. Les Charlemagne , les saint Louis , relevèrent l'éclat de leur règne en relevant celui du culte; et les monuments publics de leur piété , que les temps n'ont pu détruire , et que nous respectons encore parmi nous, font plus d'honneur à leur mémoire que les statues et les inscriptions qui, en immortalisant les victoires et les conquêtes, n'immortalisent d'ordinaire que la vanité des princes et le malheur des sujets.

Mais les mêmes motifs qui obligent les grands à soutenir la majesté et la décence extérieure du culte, les rendent en même temps protecteurs de la sainteté de ses maximes : il faut qu'ils apprennent au peuple à respecter la piété , en respectant eux-mêmes ceux qui la pratiquent; c'est une protection publique qu'ils doivent à la vertu.

Oui , Sire , les gens de bien sont la seule source du bonheur et de la prospérité des empires : c'est pour eux seuls que Dieuaccorde aux peuples l'abon-

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