‹ ŒuvresChapitre 37 sur 264 · TROISIÈME MOTIF · texte numérisé non relu

TROISIÈME MOTIF

Ce grand spectale pourrait-il vous devenir inutile ? Le prix de son sang qui a effacé les péchés du monde, et qui va coulerplus abondamment sur vous, pourrait-il vous laisser encore tout couvert de crimes et de souillures?

Car, mes frères, sa croix est le seul héritage qu'il ait laissé à son Église. 11 faut que nous participions à son calice, si nous voulons partager avec lui sa gloire et son immortalité. C'est là l'esprit de notre vocation , et le fondement de notre espérance. Hors de là nous ne sommes pas distingués de ces nations infidèles qui ne connaissent pas Jésus-Christ. Otez de sa morale les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, le renoncement à soi-même, le mépris du monde, la fuite des plaisirs, tout le reste peut nous être commun avec les philosophes qui débitaient une doctrine sage et éloignée des excès et des vices.

C'est donc la croix de Jésus-Christ qui fait proprement le grand caractère des chrétiens, et la seule voie de salut que Jésus-Christ est venu ouvrir à ses

disciples. Or, comment y participons-nous? Quavons-nous de commun avec Jésus-Christ crucifié i" Nos œuvres, nos démarches, nos délassements, nos peines, nos plaisirs, nos craintes, nos espérances sont-elles marquées du sceau de la croix? Où paraît ce signe de salut dans toute la suite de notre vie?

Je sais que le monde nous fournit des croix et des afflictions, que nos propres passions nous en ménagent, et que nous sommes ingénieux à nous en former à nous-mêmes. Mais ce sont là des croix de la cupidité. Ce sont les châtiments de nos passions , et non pas les remèdes de nos crimes. Ce sont les tristes suites du vice, et non pas les fruits pénibles de la vertu. Mais où est la croix de Jésus-Christ dans nos mœurs ? Que souffrons-nous pour lui plaire? Que prenons-nous sur nos passions, sur nos penchants, pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples? Où est cette croix que nous portons , et sans laquelle il faut renoncer à Jésus-Christ. Nous portons la croix de nos crijnes , la croix de nos passions , la croix de notre ambition , la croix de nos haines et de nos envies, c'est-à-dire la croix du monde et du démon. Hélas! celle de Jésus-Christ est moins amère et moins pesante, et nous la rejetons : colle de Jésus-Chris^ rend heureux ceux qui la portent, et nous la craignons : celle de Jésus-Christ adoucit même les croix du monde, et nous les lui préférons : celle de Jésus-Christ est le prix de l'éternité, et nous la méprisons.

Quelle folie, mes frères! Nous ne pouvons éviter les croix ici-bas; faisons du moins qu'elles nous soient utiles. Il faut toujours que nous souffrions de nos passions; souffrons du moins en les réprimant, afin que nos violences nous soient comptées. Il faut que nous trouvions des amertumes dans la vie ; mettons-les donc à profit , et faisons-en des amertumes de pénitence, afin que nous ne perdions pas tout. Il faut qu'il en coûte pour servir le monde , comme pour servir Jésus-Christ; souffrons pour Dieu ce que nous souffrons pour le monde : nos peines seront les mêmes , et les récompenses bien différentes.

Mais que dis-je, mes frères, que nos peines seront les mêmes ! Le Seigneur adoucit le joug qu'on porte pour lui, et le joug du monde est un joug de fer, qui meurtrit et qui accable. Les violences de la croix sont mêlées de mille consolations , et celles de la cupidité ne sont payées que par des peines nouvelles. Les sacrifices de la grâce calment le cœur, et ceux des passions le déchirent. Les saintes agitations de la pénitence laissent l'âme dans la joie et dans la paix, et les agitations du crime la troublent et la dévorent. Les épines de la vertu por-

MOTIFS DE C0.><VERS10?(

tent avecelles leur douceur et leur remède, et celles du vice laissent l'aiguillon dans la conscience , et le ver dévorant qui ne meurt plus. En un mot, les rigueurs de l'Évangile font des heureux , et les dégoûts du monde n'ont fait jusqu'ici que des misérables.

Les grâces qui vont couler de la croix de Jésus- Christ vous offrent donc, mon cher auditeur, une ressource que vos crimes ne trouveront peut-être 1 as dans un autre temps. Les prières même de l'Église , plus longues et plus touchantes , rendent , durant cette sainte carrière , le ciel plus propice aux ^)écheurs.

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