‹ ŒuvresChapitre 54 sur 264 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dieu est esprit et vérité; et c'est en esprit et en vérité qu'il veut principalement qu'on l'honore. Cette disposition d'anéantissement profond, que nous lui devons dans nos temples , ne consiste donc pas seulement dans la posture extérieure de nos corps; elle renferme encore , comme celle des bienheureux dans le ciel, un esprit d'adoration, de louange, de prière, d'action de grâces : Benedictio, et cUiritas, et yratiarum actio. ( Àpoc. vu , 12 ) ,

et c'est là cet esprit de religion et d'anéantissement que Dieu demande de nous dans le temple saint , semblable à celui des bienheureux dans le temple céleste : Et ceciderunt m conspectu throni in fades suas. (Ibid. )

Je dis un esprit d'adoration; car comme c'est ici où Dieu manifeste ses merveilles et sa grandeur suprême, et où il descend du ciel pour recevoir nos hommages , le premier sentiment qui doit se former en nous, lorsque nous entrons dans ce lieu saint, est un sentiment de terreur, de silence et de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la Mie de la majesté du Très-Haut, et de notre propre bassesse; n'être occupés que du Dieu qui se montre à nous ; sentir tout le poids de sa gloire et de sa présence; recueillir toute notre attention, toutes nos pensées , tous nos désirs , toute notre âme pour en faire hommage , et la mettre tout entière aux pieds du Dieu que nous adorons ; oublier toutes les grandeurs de la terre; ne voir plus que lui , n être occupés que de lui, ne reconnaître plus rien de grand quelui; et parnotre profond anéantissement, avouer, comm^ les bienheureux dans le ciel, que lui seul est puissant, seul immortel , seul grand, seul digne de tout notre amour et de nos hommages.

Mais, hélas! mes frères, où sont dans nos temples ces âmes respectueuses, qui, saisies d'une sainte terreur à la vue de ces lieux sacrés, sentent tout le poids de la majesté du Dieu qui les habite, et ne trouvent point d'autre situation, pour soutenir l'éclat de sa présence, que l'immobilité d'un corps anéanti, et la profonde religion d'une âme qui adore.' Où sont ceux que la grandeur de Dieu toute seule occupe , et qui perdent ici de vue toutes celles de la terre? Disons-le hardiment devant un roi dont le profond respect au pied des autels honore la religion : on vient dans ce temple saint, non pas honorer le Dieu qui l'habite, mais s'honorer souvent soimême d'un vain extérieur de piété , et le faire servir à des vues et à des intérêts que la piété sincère condamne : on vient fléchir le genou , comme Naaman le fléchissait devant l'autel profane, pour s'attirer les regards et suivre l'exemple du prince qui adore : on vient y chercher un autre Dieu que celui qui paraît sur nos autels ; y faire sa cour à un autre maître qu'au IMaître suprême ; y chercher d'autres grâces que les grâces du ciel; et s'y attirer les regards d'un autre rémunérateur que du Rémunérateur immortel. Au milieu même d'une foule d'adorateurs, il est dans son temple un Dieu inconnu, comme il était autrefois au milieu d'Athènes la païenne. Tous les regards sont ici pour le prince , qui n'en a luimême que pour Dieu : tous les voeux s'adressent à

RESPECT DANS LES TEMPLES

lui ; et son profond anéantissement au pied des autels, loin de nous apprendre à respecter ici le Seigneur devant lequel un grand roi lui-même , qui porte, pour ainsi dire, l'univers, courbe sa tête, et oublie toute sa grandeur, nous apprend seulement à nous servir de sa religion , et des faveurs dont il honore la vertu , pour en emprunter les apparences, et nous élever par là à de nouveaux degrés de grandeur sur la terre. 0 mon Dieu! n'est-ce pas là ce que vous annonciez à vos disciples, que viendraient des temps où la foi serait éteinte, où la piété deviendrait un trafic honteux, et où les hommes vivants sans Dieu sur la terre, ne vous connaîtraient plus que pour vous faire servir à leurs cupidités injustes?

Cette disposition d'anéantissement renferme encore un esprit de prière : car plus nous sommes frappés ici de la grandeur et de la puissance du Dieu que nous adorons, plus nos besoins inflnis nous avertissent de recourir à lui , de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède. Aussi le temple est la maison de prière où chacun doit venir exposer au Seigneur ses plus secrètes misères ; où on l'apaise sur les calamités publiques par des vœux communs; où les ministres assemblés lèvent les mains pour les péchés du peuple; et où les yeux du Seigneur sont toujours ouverts à nos besoins , et ses oreilles attentives à nos cris.

Ce n'est pas qu'on ne puisse le prier en tout lieu, comme dit l'Apôtre ; mais le temple est l'endroit où il se rend le plus propice , et où il nous a promis d'être toujours présent, pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages. Oui, mes frères, c'est ici où nous devons venir gémir avec l'Église sur les scandales qui l'affligent, sur les divisions qui la déchirent, sur les périls qui l'environnent, sur l'endurcissement des pécheurs, sur le refroidissement de la charité parmi les fidèles : nous y venons solliciter avec elle les miséricordes du Seigneur sur son peuple , sa protection sur cette monarchie où le titre auguste de la foi honore ses souverains, et sur le prince qui en est et le protecteur et le modèle ; lui demander la cessation des guerres et des fléaux publics, l'extinction des schismes etdes erreurs, la connaissance et l'amour de la justice et de la vérité, pour les pécheurs, la persévérance, pour les justes. Vous devez donc y venir avec un esprit attentif et recueilli; un cœur préparé, et qui n'offre rien aux yeux de Dieu, qui puisse éloigner les grâces que l'Église sollicite pour vous ; et y paraître avec un extérieur de suppliant , et dont le seul spectacle prie et adore.

Cependant, mes frères, tandis que les ministres

autour de l'autel lèvent ici les mains pour vous ; qu'ils demandent la prospérité de vos maisons , l'abondance de vos campagnes , le succès de nos armes , la conservation de vos proches et de vos enfants , qui s'exposent pour le salut de l'État, la fin des guerres, des dissensions , et de tous les malheurs qui nous affligent ; qu'ils demandent les remèdes de vos chutes, et les secours de votre faiblesse; tandis qu'ils parlent au Dieu saint en votre faveur, vous ne daignez pas même accompagner leurs prières de votre attention et de votre respect. Vous déshonorez la sainte gravité des gémissements de l'Église par un esprit de dissipation , et par des indécences qui conviendraient à peine à ces lieux criminels où vous entendez des chants profanes; et toute la différence que vous y faites, c'est qu'une harmonie lascive vous applique et vous touche, et qu'ici vous souffrez impatiemment la sainte harmonie des cantiques divins; et qu'il faut pour vous y rendre attentifs , employer les mêmes agréments, et souvent les mêmes bouches , qui corrompent tous les jours les cœurs sur des théâtres impurs et lascifs.

Aussi, mes frères, au lieu que les prières publiques devraient arrêter le bras du Seigneur, depuis longtemps levé sur nos têtes ; au lieu que les supplications demandées par le prince, et ordonnées par les pasteurs , et qui retentissent de toutes parts dans nos temples, devraient, comme autrefois, suspendre les fléaux du ciel , nous ramener des jours sereins et tranquilles , réconcilier les peuples et les rois , et faire descendre la paix du ciel sur la terre : hélas! les jours mauvais durent encore; les temps de trouble, de deuil et de désolation ne finissent pas ; la guerre et la fureur semblent avoir établi pour toujours leur demeure parmi les hommes; l'épouse désolée redemande son époux; le père affligé attend en vain son enfant; le frère est séparé de son frère; nos succès mêmes répandent le deuil parmi nous ; et nous sommes obligés de pleurer nos propres victoires. D'où vient cela, mes frères.' ah! c'est que les prières de l'Église, les seules sources des grâces que Dieu répand sur les royaumes et sur les empires , ne sont plus écoutées; et que vous forcez le Seigneur d'en détourner ses oreilles et ses yeux , par les irrévérences dont vous les accompagnez, et qui les rendent inutiles à la terre.

Mais non-seulement, mes frères, vous devez paraître ici comme des suppliants et dans un esprit de prière, puisque c'est ici où le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces ; comme c'est encore ici où tout vous renouvelle le souvenir de celles que vous avez reçues, vous devez encore y porter un esprit de reconnaissance et d'action de grâces, puisque de

MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

quelque côté que vous jetiez les yeux, tout vous y rappelle le souvenir des bienfaits de Dieu, et le spectacle de ses miséricordes éternelles sur votre âme.

Et premièrement, c'est ici où , dans le sacrement qui nous régénère, vous êtes devenus fidèles : c'est ici oii la bonté de Dieu, en vous associant par le baptême à l'espérance de Jésus-Christ, vous a discernés de tant de barbares qui ne le connaissent pas; de tant d'hérétiques , qui le connaissant, ne le glorifient pas comme il faut : c'est ici où vous avez engagé votre foi au Seigneur ; on y conserve encore sous l'autel vos promesses écrites. Ici, mon cher auditeur, est le livre de l'alliance que vous avez contractée avec le Dieu de vos pères : vous ne devez donc plus y paraître, que pour ratifier les engagements de votre baptême , et pour remercier le Seigneur du bienfait inestimable qui vous a associé à son peuple, et honoré du nom de chrétien : vous devez conserver une tendresse et un respect d'enfant pour le sein heureux où vous êtes né en Jésus-Christ; et la gloire de cette maison doit être la vôtre.

Que faites -vous donc, lorsqu'au lieu de porter au pied des autels vos actions de grâces à la vue d'un bienfait si signalé, vous venez les déshonorer par vos irrévérences? Vous êtes un enfant dénaturé, qui profanez le lieu de votre naissance selon la foi ; un chrétien perfide , qui venez rétracter vos promesses devant les autels mêmes qui en furent témoins; qui venez rompre le traité sur le lieu sacré où il fut conclu, vous effacer du livre de vie où votre nom était écrit avec ceux des fidèles , abjurer la religion de Jésus-Christ sur ces fonts mêmes où vous l'aviez reçue, étaler les pompes du siècle au pied de l'autel où vous y aviez solennellement renoncé , et faire profession de mondanité, où vous l'aviez faite de christianisme.

Ce n'est pas tout. C'est dans ce lieu saint , en second lieu, où sont élevés de toutes parts des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, où vous avez mis si souvent le dépôt honteux de tant d'infidélités dont vous avez souillé la grâce de votre baptême , et baissé humblement la tête sous la main sacrée qui vous ajustifié par la vertu du saint ministère. C'est ici où Jésus-Christ vous a dit mille fois par la bouche de ses ministres : Mon fils, vos péchés vous sont remis; allez, et ne péchez plus désormais de peur qu'il ne vous arrive pis. C'est ici où fondant en larmes, vous lui avez dit si souvent : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant vous. Or, mes frères , là même où vous avez trouvé tant de fois la grâce du pardon , non-seulement vous oubliez le bienfait, mais vous venez y recommencer de nouvelles offenses : là même où vous avez détesté

tant de regards funestes à votre innocence, vous venez les renouveler : là même enfin , où vous avez paru tant de fois pénitent, vous paraissez encore mondain et profane! Ah! loin d'y venir relire sur ces tribunaux sacrés les désordres de votre vie, loin d'y venir renouveler à leur aspect ces promesses de pénitence, ces sentiments de componction, ces mouvements de honte et de confusion dont ils ont été si ■souvent dépositaires; vous y venez la tête levée, les yeux errants çà et là, pleins peut-être de crime et d'adultère, comme parle un apôtre, renouveler en leur présence les mêmes infidélités que vos larmes y avaient expiées , et les rendre spectateurs publics des mêmes prévarications, dont ils avaient été les confidents secrets et les heureux remèdes!

Que dirai-je , encore , mes frères ? Le temple est , en troisième lieu, la maison de la doctrine et de la vérité ; et c'est ici où , par la bouche des pasteurs , l'Église vous annonce les maximes du salut, et les mystères du royaume des cieux cachés à tant de nations infidèles : nouveau motif de reconnaissance pour vous. Mais, hélas! c'est plutôt un nouveau sujet de conda.îination : et ici même , où du haut de ces chaires chrétiennes nous vous disons tous les jours, de la part de Jésus-Christ, que les impurs ne posséderont pas le royaume de Dieu, vous y venez former desdésirsprofanes ; ici même où l'on vous avertit que vous rendrez compte d'une parole oiseuse, vous vous en permettez de criminelles; ici enfin, où nous vous annonçons que malheur à celui qui scandalise , vous y devenez vous-mêmes une pierre d'achoppement et de scandale. Aussi , mes frères , pourquoi croyezvous que la parole de l'Évangile, que nous prêchons aux princes et aux grands de la terre, ne soit plus qu'un airain sonnant, et que notre ministère soit presque devenu inutile? Il se peut faire que nos faiblesses secrètes mettent obstacle au fruit et au progrès de l'Évangile, et que Dieu ne bénisse pas un ministère, dont les ministres ne sont pas agréables à ses yeux ; mais outre cette raison humiliante pour nous , et que nous ne pouvons pourtant ni vous dissimuler, ni nous dissimuler à nous-mêmes ; c'est sans doute la profanation des temples, et la manière indécente et peu respectueuse , dont vous vous y assemblez pour nous écouter, qui achève d'ôter sa force et sa vertu à la parole dont nous sommes les ministres. Le Seigneur éloigné de ce lieu saint par vos profanations n'y donne plus raccroisseraent à nos travaux, et n'y répand plus lesgrâces qui seules font fructifier sa doctrine et sa parole : il ne regarde plus ces assemblées , autrefois saintes , que comme une assemblée de mondains, de voluptueux, d'ambitieux, de profanateurs. Et comment voulez-vous qu'il n'eu

RESPECT DANS LES TEMPLES

détourne pas ses regards , et que la parole de son Évangile y fructifie? Réconciliez premièrement avec lui par vos hommages , par votre recueillement et votre piété, ces maisons de vérité et de doctrine : alors il suppléera même à nos défauts ; il ouvrira vos cœurs à nos instructions, et sa parole ne retournera pas à lui vide.

Et certes , mes frères , que servent les dédicaces des temples, et les prières si solennelles que l'Église emploie pour les consacrer, si vous les profanez tous les jours en y assistant, et si vous effacez de ces murs ces caractères de sainteté et de grâce que les bénédictions du pontife y avaient laissés , et qui attiraient sur les assistants les regards propices du Dieu qu'on y invoque ?

Mais enfin, un dernier motif qui rend encore vos irrévérences plus criminelles et plus honteuses à la religion, c'est dans le temple, où vous venez offrir, en un sens avec le prêtre , le sacrifice redoutable , renouveler l'oblation de la croix, et présenter à Dieu le sang de son fils comme le prix de vos péchés. Or, mes frères, pendant que des mystères si augustes se célèbrent; durant ces moments redoutables où le ciel s'ouvre sur nos autels ; dans un temps où se traite l'affaire de votre salut entre Jésus-Christ et son Père ; pendant que le sang de l'Agneau coule sur l'autel pour vous laver de vos souillures ;[que les anges du ciel tremblent et adorent; que la gravité des ministres, la majesté des cérémonies, la piété même des vrais fidèles, que tout inspire la terreur, la reconnaissance et le respect, à peine fléchissez-vous le genou; à peine regardez- vous l'autel saint, où des mystères si heureux pour vous se consomment : vous n'êtes même dans le temple qu'avec contrainte ; vous mesurez la durée et la longueur du sacrifice salutaire; vous comptez les moments d'un temps si précieux à la terre, et si plein de merveilles et de grâces pour les hommes. Vous qui êtes si embarrassé de votre temps , qui le perdez en une inutilité continuelle , et qui ne savez presque quel usage en faire , vous vous plaignez de la sainte gravité du ministre, et de la circonspection avec laquelle il traite les choses saintes? Eh! vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect et de précaution : et vous voudriez qu'un prêtre revêtu de toute sa dignité, qu'un prêtre représentant Jésus-Christ, et faisant son office de médiateur et de pontife auprès de son Père , traitât les mystères saints avec précipitation , et déshonorât la présence du Dieu qu'il sert et qu'il immole, par une célérité scandaleuse? Dans quel temps, ô mon Dieu! sommes-nous venus! et fallait-il s'attendre que vos bienfaits les plus pr^ieux,

les plus signalés , deviendraient à charge aux chrétiens de nos siècles!

Hélas! les premiers fidèles, qui aux différentes heures de la journée, s'assemblaient dans le temple saint sous les yeux du pasteur, pour y célébrer les louanges du Seigneur dans des hymnes et des cantiques, et qui ne sortaient presque pas de ces demeures sacrées , ne s'en éloignaient qu'à regret pour vaquer aux affaires du siècle et aux devoirs de leur état. Qu'il était beau, mes frères, de voir dans ce temps heureux l'assemblée sainte des fidèles dans la maison de prière , chacun à la place qui convenait à son état; d'un côté, les solitaires, les saints confesseurs, les simples fidèles; de l'autre, les vierges, les veuves , les femmes engagées sous le joug du mariage; tous attentifs aux mystères saints, tous voyant couler avec des larmes de joie et de religion, sur l'autel, le sang de l'Agneau encore fumant, pour ainsi dire , et depuis peu crucifié à leurs yeux ; priant pour les princes , pour les césars , pour leurs persécuteurs, pour leurs frères; s'entr'exhortant au martyre, goûtant la consolation des divines Écritures expliquées par leurs saints pasteurs , et retraçant dans l'Église de la terre, la joie, la paix, l'innocence, et le profond recueillement de l'Église du ciel! que les tentes de Jacob étaient alors belles et éclatantes , quoique l'Église fût encore dans l'oppression et dans l'obscurité; et que les ennemis de la foi , les prophètes mêmes des idoles , en voyant leur bel ordre, leur innocence et leur majesté, avaient de peine à leur refuser leur admiration et leurs hommages! Hélas! et aujourd'hui les moments rapides que vous consacrez ici à la religion , et qui devraient sanctifier le reste de vos jours, en deviennent souvent eux-mêmes les plus grands crimes.

^ Enfin, mes ftères, à toutes ces dispositions intérieures de prière, d'adoration, de reconnaissance, que la sainteté de nos temples exige de vous, il faut encore ajouter la modestie extérieure, et la décence des ornements et des parures; dernière disposition des bienheureux dans le temple céleste : Amicti stolis albls ( Apoc. yii, 9 ); mais je n'en dis qu'un mot.

Et en effet, faudrait-il même que nous fussions obligés de vous instruire là-dessus, femmes du monde! car c'est vous principalement que cet endroit de mon discours regarde. A quoi bon tout cet appareil , je ne dis pas seulement de faste et de vanité, mais d'immodestie et d'impudence, avec lequel vous venez paraître dans cette maison de larmes et de prières? Venez-vous y disputer à Jésus-Christ les regards et les hommages de ceux qui l'adorent?

MARDI DE LA PREMIERE SEMAINE

Venez-vous insulter aux mystères qui opèrent le salut des fidèles , en cherchant à corrompre leur cœur au pied même des autels où ces mystères s'offrent pour eux? Voulez-vous qu'il n'y ait pas un lieu sur la terre, le temple même, l'asile de la religion et de la piété, où l'innocence puisse être à couvert de vos nudités profanes et lascives? Le monde ne vous fournit-il pas assez de théâtres impurs, assez d'assemblées de plaisirs , où vous pouvez faire gloire d'être une pierre de scandale à vos frères ? Vos maisons mêmes ouvertes à la dissipation et à la joie, ne sufûsent-elles pas pour vous y montrer avec une Indécence qui n'aurait convenu autrefois qu'à des maisons de crime et de débauche; et qui fait que ne vous respectant pas vous-mêmes , on perd pour vous ce respect dont la politesse de la nation a toujours été si jalouse, parce que la pudeur seule est estimable? iVw»iç«irf(/omos non habctis adniandiicandum et bibenduml (i Cor. xi, 22), comme le reprochait autrefois saint Paul aux fldèles. Faut-il que le temple saint soit encore souillé par vos immodesties? Ah! quand vous paraissez dans les palais où le souverain se trouve, vous marquez par la dignité et par la décence d'un habillement grave et sérieux le respect que vous devez à la majesté de sa présence ; et devant le souverain du ciel et de la terre , vous venez paraître sans précaution , sans décence , sans pudeur; et vous portez sous ses yeux une effronterie qui blesse même des yeux sages et raisonnables! Vous venez troubler l'attention des fidèles qni avaient cru trouver ici un lieu de paix et de silence, et un asile contre tous les objets de la vanité, troubler même le profond recueillement et la sainte gravité des ministres appliqués autour de l'autel , etblesser par l'indécence de vos parures , la pureté de leurs regards attentifs aux choses saintes.

Aussi l'Apôtre voulait que les femmes chrétiennes fussent couvertes d'un voile dans le temple , à cause des anges, c'est-à-dire des prêtres qui y sont sans cesse présents devant Dieu , et dont l'innocence et la pureté doivent égaler celles des esprits célestes. Il est vrai que par là vous nous avertissez , ô mon Dieu! quelles doivent êtredans nos temples la sainte gravité et le recueillement inviolable de vos ministres; que c'est à nous à porter ici gravée sur notre front la sainte terreur des mystères que nous offrons , et le sentiment vif et intime de votre présence; que c'est à nous à inspirer ici le respect au peuple qui nous environne, par le seul spectacle de notre modestie : que c'est à nous à ne pas paraître autour de l'autel, occupés au saint ministère, plus ennuyés souvent, plus inappliqués, plus précipités que la

multitude même qui y assiste ; et à ne pas autoriser leurs irrévérences par les nôtres. Car, ô mon Dieu! la désolation du lieu saint a commencé par le sanctuaire même ; Je respect des peuples ne s'y est affaibli , que parce que la sainte gravité du culte et la majesté des cérémonies ne l'a plus soutenu; et votre maison n'a commencé à devenir un lieu de dissipation et de scandale, que depuis que vos ministres eux-mêmes en ont fait une maison de trafic, d'ennui et d'avarice. Mais nos exemples, en autorisant vos profanations, ne les excusent pas, mes frères.

Et en effet , il semble que Dieu ne les a jamais laissées impunies. Les indécences honteuses des enfants d'Héli , qui avaient durant si longtemps profané sa maison , furent suivies des plus tristes calamités : l'Arche sainte devint la proie des Philistins; elle fut placée à côté de Dagon dans un temple infâme : la gloire d'Israël fut flétrie; le Seigneur se retira du milieu de son peuple ; la lampe de Juda s'éteignit; le pontife manqua, et Jacob se trouva tout à coup sans autel et sans sacrifice.

N'en cloutons pas , mes frères , que les malheurs du siècle passé, la fureur des hérésies, le renversement des autels, la démolition de tant de temples augustes , n'aient été les suites funestes des profanations et des irrévérences de nos pères. Il était juste que le Seigneur abandonnât des temples où il avait été si longtemps outragé. Craignons, mes frères, de préparer à nos neveux les mêmes calamités, en imitant les désordres de ceux qui nous ont précédés. Craignons que le Seigneur irrité n'abandonne enfin un jour ces temples que nous profanons, et qu'ils ne deviennent à leur tour la proie de l'erreur et l'asile de l'hérésie. Que sais-je même s'il ne commence pas déjà à nous préparer ces malheurs, en permettant que la pureté de la simplicité de la foi s'altère dans les esprits , en multipliant ces honmics sages à leurs propres yeux, et si communs en ce siècle, qui mesurent tout sur les lumières d'une faible raison , qui voudrait voir clair dans les secrets de Dieu, et qui loin de faire de la religion le sujet de leur culte et de leurs actions de grâces, en font le sujet de leurs doutes et de leurs censures? Vous êtes terrible dans vos jugements, ô mon Dieu! et quelquefois vos punitions sont d'autant plus rigoureuses , qu'elles ont été plus lentes et plus tardives.

Rappelons donc, mes frères, tous ces grands motifs de religion : portons dans ce lieu saint une piété tendre et attentive, un esprit de prière, de componction , de recueillement , d'action de grâces , d'adoration et de louanges ; ne sortons jamais de nos

SUR LA RECHUTE

temples sans en remporter quelque nouvelle grâce, puisque c'est ici le trône de miséricorde d'où elles se répandent sur les hommes : n'en sortez jamais sans un nouveau goût pour le ciel , sans de nouveaux désirs de Onir vos égarements, et de vous attacher uniquement à Dieu ; sans envier le bonheur de ceux qui le servent, qui peuvent l'adorer sans cesse au pied de l'autel , et que leur état et leurs fonctions consacrent particulièrement à ce saint ministère. Dites-lui , comme cette reine étrangère disait autrefois à Salomon : Bienheureux vos serviteurs, qui sont toujours présents devant vous, et qui n'ont point d'autre demeure que votre maison sainte, Beati servi tui qui stant coram te semperî (m Reg. X, 8.) Et si les devoirs de votre état ne vous permettent pas de venir ici adorer le Seigneur aux différentes heures de la journée, où ses ministres s'assemblent pour le louer; ah ! du moins tournez sans cesse vers le lieu saint, comme autrefois les Israélites , vos vœux et vos désirs. Que nos temples soient la plus douce consolation de vos peines, le seul asile de vos afflictions , la seule ressource de vos besoins , le délassement le plus sûr des gènes, des bienséances, et des assujettissements pénibles du monde : en un mot, trouvez-y les commencements de cette paix inaltérable , dont vous ne trouverez la plénitude et la consommation qu'avec les bienheureux dans le temple éternel de la céleste Jérusalem.

Ainsi soit-il.

AVIS

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