‹ ŒuvresChapitre 150 sur 302 · ACTE V , SCENE I V. i · texte numérisé non relu

ACTE V , SCENE I V. i

Arnolphe , bas , a part.

Elle a de certains mots où mon dépit redouble.

( haut. ) Me rendra-t-il, coquine, avec tout son pouvoir, Les obligations que vous pouvez m'avoir ?

AGNÈS

Je ne vous en ai pas de si grandes qu'on pense.

ARNOLPHE

N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance ?

AGNÈS

Vous avez là-dedans bien opéré vraiment , Et m'avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte , et qu'enfin dans ma tête Je ne juge pas bien que je suis une bête ? Moi-même j'en ai lionte; et, dans l'âge où je suis, Je ne veux plus passer pour sotte , si je puis.

ARNOLPHE

Vous fuyez l'ignorance , et voulez , quoi qu'il coûte , Apprendre du blondin quelque chose ?

AGNÈS

Sans doute.

C'est de lui que je sais ce que je peux savoir ; Et beaucoup plus qu'à vous je pense lui devoir.

Arnolphe.

Je ne sais qui me tient qu'avec une gourmade Ma main de ce discours ne venge ia bravade. J'enrage quand je vois sa piquante froideur : Et quelques coups de poing satisferoient mon cœur.

AGNÈS

Ile'las ! vous le pouvez , si cela vous peut plaire.

arnolphe, a part.

Ce mot , et ce regard désarme ma colère ,

Et produit un retour de tendresse de cœur, Qui de son action efface la noirceur.

Chose étrange d'aimer , et que pour ces traîtresses Les hommes soient sujets à de telles foiblesses I Tout le monde connoît leur imperfection ; Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscrétion ; Leur esprit est méchant , et leur ame fragile ; Il n'est rien de plus foible et de plus imbécille, Rien de plus infidèle : et malgré tout cela , Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là.

( a Agnès. ) Hé bien ! faisons la paix. Va , petite traîtresse , Je te pardonne tout et te rends ma tendresse J Considère par-là l'amour que j'ai pour toi, Et, me voyant si bon, en revanche aime-moi.

A.GNÈS.

Du meilleur de mon cœur je voudrois vous complaire : Que me coûteroit-il , si je le pouvois faire ?

A RN OLP HE.

Mon pauvre petit cœur, tu le peux , si tu veux;

Écoute seulement ce soupir amoureux ,

Vois ce regard mourant, contemple ma personne,

Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne.

C'est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi,

Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi.

Ta forte passion est d'être brave et leste ,

Tu le seras toujours , va , je te le proteste ;

Sans cesse , nuit et jour , je te caresserai ,

Je te bouchonnerai , baiserai , mangerai ;

Tout comme tu voudras , tu pourras te conduire

Je ne m'explique point , et cela , c'est tout dire

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