ACTE I, SCÈNE IL
Prenons déjà mon ton pour ronfler comme il faut , Lorsqu'un murmure affreux m'a fait lever la vue ; Et j'ai, d'un vieux buisson de la forêt touffue, Vu so rtir un sanglier d'une énorme grandeur Pour..,
EURïAlL
Qu'est-ce ?
Ce n'est rien. N'ayez point de frayeur: Mais laissez-moi passer entre vous deux , pour cause , Je serai mieux en main pour vous conter la chose. J'ai donc vu ce sanglier qui , par nos gens chassé, Avoit , d'un air affreux , tout son poil hérissé , Ses deux yeux flamboyants ne lançoient que menace » Et sa gueule faisoit une laide grimace , Qui , parmi de l'écume , à qui l'osoit presser Montroit de certains crocs... je vous laisse à penser. A ce terrible aspect, j'ai ramassé mes armes ; Mais le faux animal , sans en prendre d'alarmes , Est venu droit à moi qui ne lui disois mot.
ARBATE.
Ef lu l'as de pied ferme attendu ?
MO 11 on.
Quelque sot.,.
J/ai jeté tout par terre, et couru comme quatre.
ARBATE.
JFuir devant un sanglier , ayant de quoi l'abattre î Ce trait , Moron , n'est pas généreux.
MORON
J'y consens j Il n'est pas généreux , mais il est de bon sens»
ARBATE.
Mais par quelques exploits si l'on ne s'éternise...
moron.
Je suis votre valet. J'aime mieux que l'on dise, C'est ici qu'en fuyant sans se faire prier Moron sauva ses jours des fureurs d'un sanglier ; Que si l'on y disoit , Voila l'illustre place Où le brave Moron , d'une héroïque audace Affrontant d'un sanglier l'impétueux effort , Par un coup de ses dents vit terminer son sort.
EURïALE.
Fort bien:
moron.
Oui , j'aime mieux , n'en déplaise à la gloire , Vivre au monde deux jours que mille ans dans l'histoire
EURïALE.
En effet , ton trépas fûcheroit tes amis. Mais , si de ta frayeur ton esprit est remis, Puis-je te demander si du feu qui me brûle...?
MORON
Il ne faut pas , seigneur, que je vous dissimule j Je n'ai rien fait encore, et n'ai point rencontré De temps pour lui parler qui fût selon mon gré, L'office de bouffon a des prérogatives ; Mais souvent on rabat nos libres tentatives, Le discours de vos feux est un peu délicat , Et c'est chez la princesse une affaire d'état. Vous savez de quel titre elle se glorifie , Et qu'elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien , Et vous traite l'amour de déité de rien. Pour n'effaroucher point son humeur de tigresse,