‹ ŒuvresChapitre 228 sur 302 · THÉO CLE · texte numérisé non relu

THÉO CLE

Pour moi , je tiens , madame , à sensible bonheur

L'action où pour vous a volé tout mon cœur ,

Et ne puis consentir , malgré votre murmure ,

A quereller le sort d'une telle aventure.

D'un objet odieux je sais que tout déplaît;

Mais, dût votre courroux être plus grand qu'il n'est,

C'est extrême plaisir , quand l'amour est extrême ,

De pouvoir d'un péril affranchir ce qu'on aime.

Et pensez-vous, seigneur, puisqu'il me faut parler,

Qu'il eût eu , ce péril , de quoi tant m'ébranler ;

Que l'arc et que le dard , pour moi si pleins de charmes ,

Ne soient entre mes maiiih que d'inutiles armes ;

Et que je fasse enfin mes plus fréquents emplois

De parcourir nos monts , nos plaines et nos bois ,

Pour n'oser en chassant concevoir l'espérance

De suffire moi seule à ma propre défense ?

Certes, avec le temps, j'aurois bien profité

De ces soins assidus dont je fais vanité,

S'il falloit que mon bras , dans une telle quête ,

Ne pût pas triompher d'une chétive bête !

Du moins , si , pour prétendre à de sensibles coups,

Le commun de mon sexe est trop mal avec vous ,

D'un étage plus haut accordez-moi la gloire,

Et me faites tous deux cette grâce de croire ,

Seigneurs , que , quel que fût le sanglier d'aujourd'hui,

J'en ai mis bas , sans vous , de plus méchants que lui.

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