THÉO CLE
Pour moi , je tiens , madame , à sensible bonheur
L'action où pour vous a volé tout mon cœur ,
Et ne puis consentir , malgré votre murmure ,
A quereller le sort d'une telle aventure.
D'un objet odieux je sais que tout déplaît;
Mais, dût votre courroux être plus grand qu'il n'est,
C'est extrême plaisir , quand l'amour est extrême ,
De pouvoir d'un péril affranchir ce qu'on aime.
Et pensez-vous, seigneur, puisqu'il me faut parler,
Qu'il eût eu , ce péril , de quoi tant m'ébranler ;
Que l'arc et que le dard , pour moi si pleins de charmes ,
Ne soient entre mes maiiih que d'inutiles armes ;
Et que je fasse enfin mes plus fréquents emplois
De parcourir nos monts , nos plaines et nos bois ,
Pour n'oser en chassant concevoir l'espérance
De suffire moi seule à ma propre défense ?
Certes, avec le temps, j'aurois bien profité
De ces soins assidus dont je fais vanité,
S'il falloit que mon bras , dans une telle quête ,
Ne pût pas triompher d'une chétive bête !
Du moins , si , pour prétendre à de sensibles coups,
Le commun de mon sexe est trop mal avec vous ,
D'un étage plus haut accordez-moi la gloire,
Et me faites tous deux cette grâce de croire ,
Seigneurs , que , quel que fût le sanglier d'aujourd'hui,
J'en ai mis bas , sans vous , de plus méchants que lui.