MORON, PHILIS, TIRCIS
M ORON.
Ah! ah! je vous y pi'ends , cruelle : vous vous écartez des autres pour ouïr mon rival!
PHILIS
Oui , je m'écarte pour cela. Je te le dis encore y
INTERMÈDE III, SCÈNE II. 383 je me plais avec lui ; et l'on écoute volontiers les amants lorsqu'ils se plaignent aussi agréablement qu'il fait. Que ne chantes^tu comme lui? je prendrais plaisir à t'écouter.
MORON
Si je ne sais chanter , je sais faire autre chose ] et quand...
FHILIS.
Tais-toi , je veux l'entendre. Dis , Tircis , ce que tu voudras.
MOROCÏ,
Ah! cruelle,..
philis.
Silence, dis-je , ou je me mettrai en colère, tircis chante.
Arbres épais , et vous , prés émailles , La beauté dont l'hiver vous avoit dépouillée Par le printemps vous est rendue ; Vous reprenez tous vos appas :
Mais mon ame ne reprend pas La joie, hélas ! que j'ai perdue.
MORON
Morbleu! que n'ai -je de la voix! Ah! nature marâtre , pourquoi ne m'as-tu pas donné de quoi chanter comme à un autre ?
PHILIS
En vérité , Tircis , il ne se peut rien de plus agréable , et tu l'emportes sur tous les rivaux quo tu as.
384 LA PRINCESSE D'ÊLIDE.
MORON
Mais pourquoi est-ce que je ne puis pas chanter? N'ai-je pas un estomac, un gozier,une langue, comme un autre ? Oui , oui , allons ; je veux chanter aussi , et te montrer que l'amour fait faire toutes choses. Yoici une chanson que j'ai faite pour toi. philis.
Oui ! dis. Je veux bien t'çcouter pour la rareté du foit.
Courage , Moron ! 11 n'y a qu'à avoir de la hardiesse. (Il chante.)
Ton extrême rigueur
S'acharne sur mon cœur.
Ah ! Philis , je trépasse-:
Daigne me secourir !
En seras-tu plus grasse
De m'avoir fait mourir ?
Vivat Moron !
PHILIS
Voilà qui est le mieux du monde. Mais, Moron, je souhaiterois bien d'avoir la gloire que quelque amant fût mort pour moi. C'est un avantage dont je n'ai pas encore joui ; et je trouve que j'aimerois de tout mon cœur une personne quj maimeroit assez pour se donner la mort.
MORON
Tu aimerois une personne qui se tueroit pour toi?