‹ ŒuvresChapitre 276 sur 302 · SCÈNE IV, 4i · texte numérisé non relu

SCÈNE IV, 4i

pour vous caresser comme je voudrai. N'êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ?

DORIMfcWE,

Tout-à-fait aise, je vous jure. Car enfin la sévérité de mon père m'a tenue jusques ici dans une sujétion la plus fâcheuse du monde. Il y a je ne sais combien que j'enrage du peu de liberté qu'il me donne ; et j ai cent fois souhaité qu'il me mariât , pour sortir promptement de la contrainte où j étois avec lui , et me voir en état de faire ce que je voudrai. Dieu merci, vous êtes venu heureusement pour cela; et je me prépare désormais à me donner du divertissement , et à réparer comme il faut le temps que j 'ai perdu. Comme vous êtes un fort galant homme, et que vous savez comme il faut vivre, je crois que nous ferons le meilleur ménage du monde ensemble , et que vous ne serez point de ces maris incommodes qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous. Je vous avoue que je ne m'accommoderoispasdecela, et que lasolitudeme désespère. J'aime le jeu, les visites, les assemblées, les cadeaux et les promenades, en un mot toutes les choses de plaisir; et vous devez être ravi d'avoir une femme de mon humeur. Nous n'aurons jamais aucun démêlé ensemble : et je ne vous contraindrai point dans vos actions, comme j'espère que, de votre côté, vous ne me contraindrez poinit dans les miennes; car, pour moi, je tiens qu'il faut avoir une complaisance mutuelle, et qu'on ne se doit;

4i8 LE MARIAGE FORCÉ,

point marier pour se faire enrager l'un l'antre.' Enfin nous vivrons, étant mariés, eomme deu$ personnes qui savent leur monde : aucun soupçon; jaloux ne nous troublera la cervelle; et c'est assez que vous serez assuré de ma fidélité, comme je serai persuadée de la vôtre. Mais qu'avez-vous? je vous vois tout changé de visage.

SOANARELLE.

Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à la tête.

DORIMENE.

C'est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens; mais notre mariage vous dissipera tout cela. Adieu : il me tarde déjà que je n'aie des habit* raisonnables pour quitter vite ces guenilles. Je m'en vais de ce pas achever d'acheter toutes les choses qu'il me faut, et je vous envoierai les marchands.

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