SCÈNE VIII
SGANAltELLE.
* Seigneur docteur, j'aurois besoin de votre conseil sur une petite affaire dont il s'agit, et je suis venu ici pour cela, (à part.) Ah! voilà qui va bien. Il écoute le monde, celui-ci.
MARPHURIUS
Seigneur Sganarelle , changez , s'il vous plaît cette façon de parler. Notre philosophie ordonné de ne point énoncer de proposition décisive, de parler de tout avec incertitude, de suspendre toujours son jugement; et, par cette raison, vous ne devez pas dire , Je suis venu . mais , Il me semble que je suis venu.
SGAHARELLE.
Il me semble !
MARPHURIUS
Oui.
SGANARELLE
Parbleu ! il faut bien qu'il me le semble , puisque cela est. A
MARPHURIUS
Ce n'est pas une conséquence; et il peut vous le sembler, saRs que la chose soit véritable.
SGANARELLE
Comment! il n'est pas vrai que je suis vepu?
MARPHURIUS
Cela est incertain, et nous devons douter d tout. *
Molière, 2, o^
SGANARELLE
Quoi! je ne suis pas ici, et vous ne me parlez pas?
MARPHU IUUS.
Il m'apparoit que vous êtes là , et il me semble que je vous parle : mais il n'est pas assuré que cela soit.
SGANARELLE
Hé! que diable! vous vous moquez. Me voilà ^ et vous voilà bien nettement , et il n'y a point de me semble à tout cela. Laissons ces subtilités, je vous prie, et parlons de mon affaire. Je viens vous dire que j'ai envie de me marier.
m a rp h uni us.
Je n'en sais rien.
Je/ vous le dis.
MARPHURIUS
Il se peut faire.
SGANARELLE
La fille que je veux prendre est fort jeune et fort belle.
MARPHURIUS
Il n'est pas impossible.
SGANARELLE
Fcrai-je bien ou mal de l'épouser;'
MARPHURIUS
L'un ou l'autre.
SGANARELLE, à part.
Ah! ah! voici une autre musique, (à Marphu-
rius.) Je vous demande si je ferai bien depouser la fille dont je vous parle.
M arphurius.
Selon la rencontre.
SGANARELLE
Ferai-je mal?
M ARPHURIUS.
Par aventure.
De grâce , répondez-moi comme il faut. ;
MARPHURIUS
C est mon dessein.
SGANARELLE
J'ai une grande inclination pour la fille.
MARPHURIUS
Cela peut être.
SGANARELLE
Le père me Ta accordée.
MARPHURIUS
Il se pourroit.
SGANARELLE
Mais, en l'épousant, je crains d'être cocu.
MARPHURIUS
La chose est faisable.
SGANARELLE
Qu'en pensez-vous?
MARPHURIUS.'
Il n'y a pas d'impossibilité.
SGANARELLE
Mais que feriez-vous si vous étiez à ma place?
M ARPHURIUS.
Je ne éais.
SGANARÉLiE.
Que me conseillez-vous de faire ?
MARPHÙRIUS.
Ce qu'il vous plaira.
SGANAÏIELLÉ.
J'enrage.
MARPHURIUS
Je m'ert lave les mains.
SGANARELLE
Au diable soit le vieux rêveur!
mauphurius.
Il en sera ce qu'il pourra.
sganarelle, à parti La peste du bourreau ! Je te ferai changer de note , chien de philosophe enragé.
(Il donne des coups de bâton a Marphurius.)
MARPHURIUS
Ah! ah! ah!
SGAN ARELLÉ.
Te voilà pavé de ton galimatias, et me voilà content.
M ARPHURlÙS.
Comment! Quelle insolence! M'outrager de la sorte ! Avoir eu l'audace de battre urt philosophe comme moi!
SGANARELLE
Corrigez, s'il vous plaît, cette manière de parler. Il faut douter de toute chose; et vous ne devez