SCÈNE XIV
ALCANTOR.
Et quoi ?
S G AN Alt ELLE.
Seigneur Alcantor, j'ai demandé votre fille en mariage, il est vrai, et vous me lavez accordée; mais je me trouve un peu avancé en âge pour elle, et je considère que je ne suis point du tput son fait,
ALÇANTOIl.
Pardonnez -moi , ma fille vous trouve bien comme vous êtes ; et je suis sûr qu'elle vivra fort contente avec vous,
SGANARELLE
Point. J'ai parfois des bizarreries épouvantables, et elle auroit trop à souffrir de ma mauvaise humeur.
alcatîtoh.
Ma fille a de la complaisance , et vous verrez qu'elle s'accommodera entièrement à vous.
SGAN ARELLE.
J'ai quelques infirmités sur mon corps qu; pourvoient la dégoûter.
Cela n'est rien. Une honnête femme ne se dégoûte jamais de son mari.
SGANARELLE
Enfin voulez-vous que je vous dise ? Je ne vous conseille point de me la donner.
Molière. 2, 38
ALCANTOR.
Vous moquez- vous? J'aimerois mieux mourir que d'avoir manqué à ma parole.
SGANARELLE
Mon dieu ! je vous en dispense ; et je...
ALCANTOR.
Point du tout. Je vous l'ai promise ; et vous l'aurez en dépit de tous ceux qui y prétendent.
SGANARELLE, rt part.
Que diable î
ALCANTOR.
Voyez-vous ? j'ai une estime et une amitié pour vous toute particulière ; et je refuserois ma fille à un prince pour vous la donner.
SGANARELLE
Seigneur Alcantor, je vous suis obligé de i honneur que vous me faites ; mais je vous déclare que je ne veux point me marier.
Qui ? vous ?
SGANARELLE
Oui , moi.
ALCANTOR.
Et la raison ?
SGANARELLE
La raison? c'est que je ne me sens point propre pour le mariage , et que je veux imiter mon père et tous ceux de ma race, qui ne se sont jamais voulu marier.
ALCANTOR.
Écoutez. Les volontés sont libres ; et je, suis homme à ne contraindre jamais personne. Vous vous êtes engagé avec moi pour épouser ma fille , et tout est préparé pour cela : mais , puisque vous voulez retirer votre parole , je vais voir ce qu'il y a à faire; et vous aurez bientôt de mes nouvelles.