‹ ŒuvresChapitre 68 sur 302 · LES FACHEUX. ACTE II, SC. II · texte numérisé non relu

LES FACHEUX. ACTE II, SC. II

C'est un coup enragé qui depuis hier m'accable ,

Et qui fcroit donner tous les joueurs au diable ,

Un coup assurément à se pendre en public.

Il ne m'en faut que deux, l'autre a besoin d'un pic :

Je donne , il en prend six , et demande à refaire ;

Moi , me voyant de tout , je n'en voulus rien faire.

Je porte l'as de trèfle (admire mon malheur) ,

L'as , le roi , le valet , le huit et dix de cœur ;

Et quitte , comme au point alloit la politique ,

Dame et roi de carreau , dix et dame de pique.

Sur mes cinq cœurs portés , la dame arrive encor ,

Qui me fait justement une quinte major.

Mais mon homme avec l'as , non sans surprise extrême,

Des bas carreaux sur table étale une sixième :

J'en avois écarté la dame avec le roi.

Mais lui falîant un pic , je sortis hors d'effroi ,

Et croyois bien du moins faire deux points uniques»

Avec les sept carreaux il avoit quatre piques ,

Et, jetant le dernier, m'a mis dans l'embarras

De ne savoir lequel garder de mes deux as.

J'ai jeté l'as de cœur , avec raison , me semble ;

Mais il avoit quitté quatre trèfles ensemble ,

Et par un six de cœur je me suis vu capot ,

Sans pouvoir , de dépit , proférer un seul mot.

Morbleu ! fais-moi raison de ce coup effroyable :

A moins que l'avoir vu , peut-il être croyable ?

ÉRASTE

C'est dans ie jeu qu'on voit les plus grands coups du sort.

Parbleu ! tu jugeras toi-même si j'ai tort, Et si c'est sans raison que ce coup me transporte" ; Car voici nos deux jeux qu'exprès sur moi je porte.

Molière. 2. 9

Tiens , c'est ici mon port , comme je te l'ai dit ; Et voici...

ÉRASTE

J'ai compris le tout par ion récit, Et vois de la justice au transport qui t'agite : *Mais pour certaine affaire il faut que je te quitte. Adieu. Console-toi pourtant de ton malheur.

Qui , moi ? j'aurai toujours ce coup-là sur le cœur ; Et c'est pour ma raison pis qu'un coup de tonnerre. Je le veux faire , moi , voir à toute la terre. Il s'en va , et rentre en disant :

Un six de cœur ! Deux points !

ÉRASTE

En quel lieu sommes-nous 1 De quelque part qu'on tourne , on ne voit que des fous.

ÉRASTE , LA MONTAGNE

ÉRASTE

Ah ! que tu fais languir ma juste impatience l

LA MONTAGNE

Monsieur , je n'ai pu faire une autre diligence.

ÉRASTE

Mais me rapportes- tu quelque nouvelle enfin ?

LA MONTAGNE

Sans doute , et de l'objet qui fait votre destin.

J'ai par son ordre exprès quelque chose à vous dire.

ÉRASTE

Et quoi? Déjà mon cœur après ce mot soupire. Parle.

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