ACTE II, SCÈNE IV. io
Enfin , qui , prenant droit des fureurs de leur zèle , >ie nous parlent jamais que pour faire querelle, Osent défendre à tous l'approche de nos cœurs, Et se font les tyrans de leurs propres vainqueurs > Moi , je veux des amants que le respect inspire ; Et leur soumission marque mieux notre empire.
CLIMÈNE
Fi ! ne me parlez point , pour être vrais amants ,
De ces gens qui pour nous n'ont nuls emportements,
De ces tièdes galants de qui les cœurs paisibles
Tiennent déjà pour eux les choses infaillibles ,
N'ont point peur de nous perdre, et laissent, chaque jour,
Sur trop de confiance endormir leuc amour;
Sont avec leurs rivaux en bonne intelligence,
Et laissent un champ libre à leur persévérance.
Un amour si tranquille excite mon courroux :
C'est aimer froidement que n'être point jaloux ;
Et je veux qu'un amant, pour me prouver sa flamme,
Sur d'éternels soupçons laisse flotter son ame ,
Et, par de prompts transports, donne un signe éclatant
De l'estime qu'il fait de celle qu'il prétend.
On s'applaudit alors de son inquiétude ;
Et , s'il nous fait parfois un traitement trop rude ,
Le plaisir de le voir , soumis à nos genoux ,
S excuser de l'éclat qu'il a fait contre nous ,
Ses pleurs, son désespoir d'avoir pu nous déplaire,
Sont un charme à calmer toute notre colère/
ORANTE
Si, pour voua plaire, il faut beaucoup d'emportement, Je sais qui vous pourroit donner contentement ; Et je connois des gens dans Paris plus de quatre , Qui , comme ils le font voir , aiment jusques à battre.
*o4 LES FACHEUX»
CLIMÈNE
Si , pour vous plaire, il faut n'être jamais jaloux, Je sais certaines gens fort commodes pour vous ; Des hommes en amour d'une humeur si souffrante, Qu'ils vous verroiem sans peine entre les bras de trente.
ORANTE
Enfin par votre arrêt vous devez déclarer Celui de qui l'amour vous semble à préfe'rer. ( Orpiuse paroît dans le fond du théâtre > et voit Êraste entre Orante et Climène.)