‹ ŒuvresChapitre 97 sur 302 · ACTE I, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i

T,n un mot , qu'elle soit d'une ignorance extrême : Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler, De savoir prier Dieu , m'aimer , coudre et filer.

Une femme stupide est donc votre marotte?

ARNOLPHE

Tant , que j'aimerois mieux une laide bien sotte , Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit.

CHRYSALDE.

L'esprit et la beauté...

ARNOLPHE

L'honnêteté' suffit.

CHRYSALDE.

Mais comment voulez- vous , après tout , qu'une bête Puisse jamais savoir ce que c'est qu'être honnête ? Outre qu'il est assez ennuyeux , que je croi , D'avoir toute sa vie une bête avec soi , Pensez-vous le bien prendre , et que sur votre ide'é La sûreté' d'un front puisse être bien fondée ? Une femme d'esprit peut trahir son devoir , Mais il faut pour le moins qu'elle ose le vouloir ; Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire Sans en avoir l'envie , et sans penser le faire.

ARNOLPHE

À. ce bel argument , à ce discours profond ,

Ce que Pantagruel à Panurge répond :

Pressez-moi de me joindre à femme autre que sotte,

Prêchez , patrocinez jusqu'à la Pentecôte ;

Vous serez ébahi , quand vous serez au bout ,

Que vous ne m'aurez rien persuadé du tout.

Je ne vous dis plus mot.

i36 L'ECOLE DES FEMMES.

ARNOLPHE

Chacun a sa méthode./ En femme , comme en tout , je veux suivre ma mode : Je me vois riche assez pour pouvoir, que je croi, Choisir une moitié qui tienne tout de moi, ï$t de qui la soumise et pleine dépendance IV ait à me reprocher aucun bien ni naissance. Un air doux et posé , parmi d'autres enfants , M'inspira de l'amour pour elle dès quatre ans : Sa mère se trouvant de pauvreté pressée , De la lui demander il me vint en pense'e ; Et la bonne paysanne , apprenant mon désir . À s'ôter cette charge eut beaucoup de plaisir. Dans un petit couvent, loin de toute pratique , Je la fis élever selon ma politique, C'est-à-dire , ordonnant quels soins on emploieroit Pour la rendre idiote autant qu'il se pourroit. Dieu merci , le succès a suivi mon attente ; Et grande, je l'ai vue à tel point innocente, Que j'ai béni le ciel d'avoir trouvé mon fait Pour me faire une femme au gré de mon souhait. Je l'ai donc retirée ; et , comme ma demeure À cent sortes de gens est ouverte à toute heure , Je l'ai mise à l'écart , comme il faut tout prévoir , Dans cette autre maison où nul ne me vient voir ; Et, pour ne point gâter sa bonté naturelle, Je n'y tiens que des gens tout aussi simples qu'elle. Vous me direz, Pourquoi cette narration? C'est pour vous rendre instruit de ma précaution. Le résultat de tout est qu'en ami fidèle Ce soir je vous invite à souper avec elle ; Je veux que vous puissiez un peu l'examine* ,

'ACTE "I," SCÈNE ï. iZ-,

Et voir si de mon choix on doit me condamner.

CHRÏSALDE.

J'y consens.

A RNOLPHE.

Vous pourrez , dans cette conférence , Juger de sa personne et de son innocence.

CHRYSALDE.

Pour cet article-là , ce que vous m'avez dit 'Ne peut...

ARNOLPHE

La vérité passe encor mon re'cit.

Dans ses simplicite's à tous coups je l'admire, Et parfois elle en dit dont je pâme de rire. L'autre jour , pourroit-on se le persuader ? Elle ëtoit fort en peine , et nie vint demander , Avec une innocence à nulle autre pareille , Si les enfants qu'on fait se faisoient par l'oreille.

CHRYSALDE.

Je me réjouis fort, seigneur Arnolphe...

ARNOLPHE

Bon!

Me voulez- vous toujours appeler de ce nom ?,

CHRYSALDE.

Ah ! malgré que j'en aie , il me vient à la bouche , Vx jamais je ne songe à monsieur de La Souche. Oui diable vous a fait aussi vous aviser À quarante-deux ans de vous débaptiser , Et d'un vieux tronc pourri de votre métairie Vous faire dans le monde un nom de seigneurie ?

ARNOLPHE

Outre que la maison par ce nom se connoît , La Souche plus qu' Arnolphe à mes oreilles plaît»

i38 L'ECOLE DES FEMMES.

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