‹ ŒuvresChapitre 68 sur 84 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

DE l'avarice.

yjE vice est dans l'homme un oubli de l'honneur et de la gloire, quand il s'agit d'éviter la moindre dépense. Si un tel homme a remporté le prix de la tragédie (2), il consacre à Bacchus des guirlandes ou des bandelettes faites d'écorce de bois, et il fait graver son nom sur un présent si magnifique. Quelquefois , dans les temps difficiles, le peuple est obligé de s'assembler pour régler une contribution capable de subvenir aux besoins de la république j alors il se lève et garde le silence (3) , ou le plus souvent il fend la presse et se retire. Lorsqu'il marie sa fille , et qu'il sacrifie , selon la coutume, il n'abandonne de la victime que les parties seules qui doivent être brûlées sur l'autel (4); il réserve les autres pour les vendre; et comme il manque de domestiques pour servir à table et être chargés du soin des noces , il loue des

(i) Cette île portait de petits chiens fort estimes.

(a) Qu'il a faite ou récitée. ,

(3) Ceux qui TOuJaient donner se levaient et osaient une somin« : céiix -^i ne voulaient rien donner se levaient et se taisaient.

(4) C'étaient les cuisses et les intestins.

DE L'AVARICE. 3ai

gens pour tout le temps de la fête , qui se nourrissent à leurs dépens y et à qui il donne une certaine somme. S'il est capitaine de galère , voulant ménager sou lit y il se contente de coucher indifféremment avec les autres sur de la natte qu'il emprunte de son pilote. Vous verrez une autre fois cet homme sordide acheter en plein marché des viandes cuites , toutes sortes d'herhes , et les porter hardiment dans son sein et sous sa robe : s'il l'a un jour envoyée chez un teinturier pour la détacher , comme il n'en a pas une seconde pour sortir , il est obligé de garder la chambre. Il sait éviter dans la place la rencontre d'un ami pauvre qui pourrait lui demander, comme aux autres, quelque secours^ il se détourne de lui , et reprend le chemin de sa maison. Il ne donne point de servantes à sa femme , content de lui en louer quelques unes pour l'accompagner à la ville toutes les fois qu'elle sort. Enfin, ne pensez pas que ce soit un autre que lui qui balaye le matin sa chambre , qui fasse son lit et le nettoie. Il faut ajouter qu'il porte un manteau usé , sale et tout couvert de taches; qu'en ayant honte lui-même, il le retourne quand il est obligé d'ajler tenir sa place dans quelque assemblée.

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