LIVRE IL
peur de soupçon, elle ne tint pas long discours à notre héroïne. Seulement elle lui dit : Vous voyez d'ici une vieille tour; allez-y tout droit, et entrez dedaqs: vou^ y apprendrez ce quil vous faut faire. Nappréhendez point les ronces qui bouchent la porte ; elles se détourneront d elle»mêmes.
Psyché remercie la fée, et s en va au vieux bâr timent. Entrée qn elle fut, la tour lui parla. Bon-jour, Psyché, lui dit-elle; que votre voyage vous soit heureux! Ce m'est un très grand honneur de vous recevoir en mes murs : jamais rien de si char^ mant n y étoit entré. Je sais le sujet qui vous amène. Plusieurs chemins conduisent aux enfers ; n en prenez aucun de ceux qu on prend d ordinaire. Des* cendez dans cette cave que vous voyez, et garuissez^vous auparavant de ce qui est à vos pieds : ce panier à anse vous aidera à le porter.
Psyché baissa aussitôt la vue ; et, comme le faite de la tour étoit découvert, elle vit à terre une lampe, six boules de cire, un gros paquet de ficelle, un panier, avec deux deniers.
Vous avez besoin de toutes ces choses, poursuivit la tour. Que la profondeur de cette cave ne vous effraie point, quoique vous ayez près de mille marchés à descendre : cette lampe vous aidera. Vous suivrez à sa lueur un chemin voûté qui est dans le fond, et qui vous conduira jus^ qu'^u bord du Styx. Il vous faudra donner à Ga-v
ron un de ces deniers pour le passage, aussi bien en revenant qu en allant. C'est un vieillard qui n a aucune considération pour les belles, et qui ne vous laissera pas monter dans sa barque sans payer le droit. Le fleuve passé, vous rencontrerez un âne boiteux et nen pouvant plus de vieillesse, avec un misérable qui le chassera. Celui-ci vous priera de lui donner, par pitié, un peu de ficelle, si vous en avez dans votre panier, afin de lier certains paquets dont son àne sera chargé. Gardezvous de lui accorder ce qu il vous demandera. C'est un piège que vous tend Vénus. Vous avez besoin de votre ficelle à une autre chose; car vous entrerez incontinent dans un labyrinthe dont les routes sont fort aisées à tenir en allant ; mais, c[uand on en revient, il est impossible de les démêler; ce que vous ferez toutefois* par le moyen de cette ficelle. La porte de deçà du labyrinthe n a point de portier; celle de delà en a un : cest un chien qui a trois gueules, plus grand quun ours. 11 discerne, à l'odorat, les morts d'avec les vivants ; car il se rencontre des personnes qui ont affaire aussi bien que vous en ces lieux. Le portier laisse passer les premiers , et étrangle les autres devant qu'ils passent. Vous lui empâterez ses trois gueules en lui jetant dans chacune une de vos boules de cire, autant au retour. Elles auront aussi la force de lendormir. Dès que vous serez sortie du labyrinthe, deux démons des Champs-