SCÈNE V
COMMINE, OLIVIER, TRISTAN.
Nous voilà seuls.
COMMIjN^E.
Eh ])icn?
TRISTAN
Il vivra?
OLIVIER
Devant eux J'ai cru devoir le dire.
TRISTAN
Est-ce faux?
OLIVIER
C'est douteux.
S'il retombe , il n'est plus : son existence éteinte Ne pourra supporter une seconde atteinte. Il demande Coiticr.
TRISTAN
Lorsque je l'arrêtai , L'ordre qu'il m'en donna fut trois fois répété-
COMMINE.
Que dit-il de Nemours ?
OLIVIER
Rien.
Ah ! que la mort vienne Lui ravir le pouvoir avant qu'il s'en souvienne !
OLIVIER
Mais il veut voir Coitier.
TRISTAN
Qu'avez-vous répondu?
OLIVIER
Pour sortir d'embarras je n'ai pas entendu. Sa pensée est changeante et sa tête affaiblie; Il parle et se dément; se souvient, puis oublie. Pour se prouver qu'il règne il veut tenir conseil ; 11 croit tromper la mort à force d'appaçpil : La couronne du sacre et le rnanteau d'hermine Chargent son front qu i tremble et son corps qui s'incline. Pâle, l'œil sans regard, et d'un pas inégal, Se traînant sous les plis de son linceul royal , Il prétend marcher seul; mais il l'essaie à peine, Qu'épuisé par l'effort, sans chaleur, sans haleine. Il succombe et murmure en refermant les yeux : Jamais depuis vingt ans je ne me portai mieux.