ACTE II, SCENE VIL
Mon œil au pied des murs plonge en vain dans la nuit.
(Il ie\ ient sur le devant de la scèue , et regardant Edouard.)
Quelle angoisse! Attendons. — La frêle créature !
Belle pourtant, bien belle. O marâtre nature!
En comblant tous les miens, tu fis de leur beauté
Un sarcasme vivant pour ma difformité.
Eh bien ! marâtre, eh bien ! j'ai détruit ton ouvrage :
Demande-les aux vers qui rongent leur visage.
La mort, la pâle mort décomposa ces traits
Où d'un œil complaisant jadis tu t'admirais.
Qui doit survivre à tous? Moi, l'œuvre de ta haine,
Moi, modèle achevé de la laideur humaine;
Encor deux fronts charmans à couvrir d'un linceul ,
Et tu ne pourras plus t'admlrer qu'en moi seul.
( prêtant l'oreille. ) (Il court de nouveau à la fenêtre.)
Ecoutons ; ce sont eux !... — Cette rumeur lointaine, Ce concours, ces flambeaux, tout le dit : c'est la reine. C'est elle; je la vois. Qu'ils marchent lentement! D'où vient qu'elle s'arrête? est-ce un pressentiment? Non , non : elle reçoit les suppliques d'usage. Encore une! et toujours! Faites-lui donc passage. Avec mes yeux vers moi je voudrais l'attirer. Ah! l'excellente mère! elle vient les livrer. Elle avance, elle approche à ma voix qui l'appelle; La voilà sur le pont.... Son fils n'est pas près d'elle 1
;î2{) les enfans d^édouard.
( avec fureur. )
Elle vient sans son fils ! — Tu mentais , tu mentais ^ Faux espoir, sois maudit; et vous que je sentais Vous dresser pour le meurtre en frissonnant de joie, A bas ! ongles du tigre : on m'a ravi ma proie.
LE DUC d'yORK, en dehors.
Edouard ?
GLOCESTER
Est-ce un rêve?
LE DUC d'yORRj (le même.
Edouard ?
GLOCESTER
Je l'entends!
11 la devançait donc? Voilà de ces instans Où l'émotion tue, où la joie assassine.
(riant malgré lui. )
Folle, tu me trahis; rentre dans ma poitrine, Rentre, obéis; meurs là ! je règne. Ils sont à moi.