ACTE II, SCÈNE VI
C'est lui, mais survivant à toute sa maison;
C'est lui, mais sans parens , sans patrie et sans nom
C'est lui, mais orphelin par le meurtre!
COMMINE.
De grâce, Ecoutez la raison qui vous parle à voix basse. Tout l'or d'un ennemi ne vous eût point tenté. J'approuve vos refus; mais, par vous accepté. Le don d'un vieil ami , d'un sauveur et d'un père, Ne peut-il désarmer votre juste colère ? Marie...
NEMOURS
Ah! ce doux nom fait tressaillir mon cœur! Elle! mon dernier bien, ma compagne, ma sœur! Pour embellir mes jours le ciel l'avait formée. Mais c'est un rêve; heureux, que j<^raurais aimée!
Heureux! vous pouvez l'être : après tant de combats, D'un effroi mutuel affranchir deux Etats, Rapprocher deux rivaux divisés par la haine. Qu'un intérêt commun l'un vers l'autre ramène, Non, ce n'est point trahir le plus saint des sermens; C'est immoler à Dieu vos longs ressentimens ; C'est remplir un devoir. Cette union chérie, Qui vous rend à la fois biens, dignités, patrie, Avec votre devoir peut se concilier.
Cédez : le roi pardonne, et va tout oublier.
NEMOURS
Oublier ! lui! qu'entends-je? Oublier! quoi? son crime, Ce supplice inconnu , réchafaud, la victinîe? Quoi? trois fils à genoux sous l'instrument mortel, Vêtus de blanc tous trois comme au pied de l'autel? On nous avait parés pour cette horrible fête. Soudain le bruit des pas retentit sur ma tête : Tous mes membres alors se prirent à trembler ; Je l'entendis passer, s'arrêter, puis parler. Il murmura tout bas ses oraisons dernières; Puis prononçant mon nom et ceux de mes deux frères : Pauvres enfans ! dit-il après qu'il eut prié ; Puis... plus rien. O moment d'éternelle pitié! Tendant vers lui mes mains, pour l'embrasser sans doute , Je crus sentir des pleurs y tomber goutte à goutte; Les siens.. .Non, non : ses yeux éteints dans les douleurs, Ses yeux n'en versaient plus, ce n'étaient pas des pleurs ! . . .
COMMIKE.
Nemours!
NEMOURS
C'était du sang, du sang, celui d'un père! Oublier! il le peut, ce roi dont la colère A pu voir sur mon front jusqu'au dernier moment Le sang dont je suis né s'épuiser lentement : Moi, jamais. C'est folie, ou Dieu le veut, Commine :