ACTE II, SCÈNE VI
LE LAQUAIS
Monsieur Victor demande S'il pourrait vous parler.
FLORIDORE.
Un moment ; qu'il attende :
Nous sommes occupés d'objets très sérieux.
( Le laquais sort. ) ESTELLE , se levant.
Messieurs, avec douleur je vous fais mes adieux. J'ai d'un engagement subi le rude empire, Je m'y soumets encor; dans huit jours il expire ; D'après nos règlemens je reprendrai mes droits, Et j'assiste au conseil pour la dernière fois.
MADAME BLINVAL , bas à Belrose.
Dans huit jours !
ESTELLE
Ma santé se dérange et s'altère, Je vais m'ensevelir dans le fond d'une terre , Occuper mes loisirs par des soins bienfaisans, Et veiller sur les mœurs de mes bons paysans.
MADAME BLINVAL
Quoi, nous quitter sitôt! Est-ce agir en amie ?
ESTELLE
Contre un tel coup mon âme est à peine affermie ; Mais il le faut, ma chère.
FLORIDORE.
Il suffit , et Blinval En fera son rapport au conseil général.
L un val.
Que répondre à Florbel , messieurs , sur sa lecture ? De notre négligence on prétend qu'il murmure. Vous étiez si pressés de partir l'autre fois , Qu'on n'a pas eu le temps de recueillir les voix.
ESTELLE
Il se plaint? Les auteurs sont d'une humeur étrange.
BLINVAL
Voici l'opinion du bonhomme Lagrange.
FLORIDORE.
Lisez.
BLINVAL
« La surdité qui me prend par instans « M'a fait perdre plus d'un passage;
« Mais quelques auditeurs m'ont paru mécontens.
« Je crois pouvoir juger l'auteur sur leur visage ;
u Mon refus motivé, c'est qu'un homme à vingt ans « Ne peut pas faire un bon ouvrage. »
FLORIDORE.
Savez-vous qu'à son âge il juge encortrès bien!
BELROSE.
Pour un sourd