ACTE II, SCENE II
GASTON
Montfort, d'un vieux gerrier pardonne/ la franchise,
L'intérêt de l'état peut-être l'autorise...
Pour marcher sans escorte , on doit se faire aimer.
MONTFORT
Eh bien, suis-je un tyran? m'oserait-on blâmer ? Où tendent ces discours ?
GASTON
Votre longue indulgence A de nos chevaliers enhardi la licence. Sous l'abri d'un grand nom sûr de 1 impunité, A d'horribles excès leur orgueil s'est porté. C'est trop fermer l'oreille aux plaintes des victimes. On blâme la faveur dont vous couvrez leurs crimes.
MONTFORT
Des crimes ! sous quel jour montrez-vous des erreurs ? Ne pardonnez-vous rien à déjeunes vainqueurs? Tant de gloire à mes yeux rend l'orgueil excusable, Je vois trop de héros pour chercher un coupable !
GASTON
Des exemples pieux, des leçons de Louis , Les souvenirs pour vous sont-ils évanouis? Ou parmi ses vertus votre âme ardente et fière Ne sut-elle admirer que la valeur guerrière? Ah ! si vous l'aviez vu de ses royales mains
\1 LES VEPRES SICILIENNES.
Forcer devant Tunis les rangs des Africains,
Combien plus redoutable à sa jeune noblesse
De ses sujets contre elle il soutint la faiblesse !
Les plaintes des hameaux s'élevaient jusqu'à lui.
Pour écouter les pleurs du pauvre sans appui ,
D'un chêne encor fameux l'ombrage tutélaire
Semblait à sa justice un digne sanctuaire,
Et l'amour de son peuple, heureux de l'entourer.
Le plus sublime encens qu'un roi pût respirer.
Tels étaient ses plaisirs; cependant la naissance
D'un droit presque divin consacrait sa puissance ;
Et nous, que la fortune a seule couronnés,
Sur un trône conquis, d'écucils environnés,
Nous croyons la justice une vertu vulgaire;
Il nous semble plus grand, surtout plus téméraire,
Quand un empire entier cherche en nous son recours,
De braver ses douleurs que d'eu tarir le cours.
MONTFORT
( i.ision !
GASTON
Tous ces rivaux dont l'imprudente ivresse, En partageant vos goûts, les Halle et les caresse, Aux frivoles amours sans frein abandonnés, Essayant sur le lulh des chants efféminés...