ACTE II, SCENE VI
PROCIDA
Qu'a-t-il fait ?
LORÉDAN
De ces murs, mon père, il m'a chassé.
11 faut que par sa mort...
PROCIDA
Parlons plus bas ; je t'aime , Je suis de tes affronts blessé comme toi-même. Te chasser du palais fondé par tes aïeux !
LORÉDAN
Et j'ai pu contenir mes transports furieux !
PROCIDA
O despotisme horrible !
LORÉDAN
O joug insupportable !
11 te traite en esclave...
LORÉDAN
Il me traite en coupable :
Ma honte et mon malheur sont au comble...
PROCIDA
Mon fils, Voilà depuis seize ans le sort de ton pays; D'étrangers, de bannis une horde insolente Nous tient, depuis seize ans, sous sa verge sanglante.
Quels affronts ou quels maux nous ont-ils épargnes ? Où fuir, où reposer nos regards indignés? Est-il une cité sur ce triste rivage Que ne désolent pas le meurtre et le pillage ! La Sicile a perdu ses plus fermes soutiens. Chaque jour les honneurs, les dignités, les biens, S'en vont, tout dégouttans du sang de l'innocence, Décorer l'injustice, enrichir la licence. Contre ces forcenés les lois sont sans vigueur ; Le commerce inactif expire de langueur.
Tout un peuple, au travail attaché par la crainte, Ranime en gémissant son industrie ('teinte; Il s'épuise à payer leurs plaisirs onéreux; Rien ne les satisfait, rien n'est sacré pour eux. Que ne profanent pas leurs mains insatiables? Des temples dépouillés les trésors vénérables, Abandonnés en proie à leur cupidité, Sont bientôt dévorés par un luxe effronté. Saint respect des autels, vertus, talens, génie, Tout meurt dans la contrainte et dans L'ignominie ! O Païenne! ô douleur! déplorable cité, Où sont tes jours de gloire et de prospérité ? Le deuil couvre bon front flétri par 1 esclavage,; Je ne reconnais plus tes mœurs ni ton langage: Les supplices, le rapt et les banni ssemens ,