‹ [Œuvres] (volume 3)Chapitre 34 sur 162 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Quand sa perte dépend d'un seul mot , d'un seul geste, Ferme dans ses desseins, foulant aux pieds le reste, Qu'il offre aux coups du sort un cœur exempt d'effroi; Est-ce un lâche à tes yeux? prononce, et juge-moi. Dis-moi si le guerrier que le glaive moissonne Mérite mieux l'honneur dont sa mort le couronne;3 Il s'immole à ses rois, j'expire pour le mien. Ah ! que mon sacrifice est plus grand que le sien ! La gloire prête un charme aux horreurs qu'il affronte; Et peut-être demain je meurs chargé de honte, Traîné sur l'échafaud, lentement déchiré; Et tout ce peuple ingrat pour qui je périrai , S'enivrant du plaisir de compter mes blessures, Viendra , la joie au front, sourire à mes tortures.

LORÉDAN

Ah ! le même tombeau nous recevra tous deux. Notre sang confondu...

PROCIDA

Que dis-tu, malheureux?

Où m'emporte un courroux dont je ne suis plus maître ? A ton cœur généreuxj'ai trop parlé peut-être. Pourquoi t'exposerais-je aux dangers que je cours? Ne me condamne pas à trembler pour tes jours; Garde-toi d'embrasser, dans l'ardeur de ton zèle, Le dangereux projet que ma voix te révèle;

60 LES VEPRES SICILIENNES.

Qu'il meure dans ton sein, j'en demande ta foi; Voilà l'unique effort que j'exige de loi. Tu dois tout ignorer, tu n'es pas mon complice; Tu vivras; que le sort me soit ou non propice, Tu vivras ; pour moi seul , à mes derniers momens, J'ai droit de réclamer l'opprobre et les tourmens, Seul, au fer des bourreaux j'irai porter ma tête...

LORÉDÀJN".

Il n'est plus ni pitié ni respect qui m'arrête; Vos timides conseils ne me retiendront pas. Faut-il frapper? parlez, et dirigez mon bras.

Non, tu ne démens pas les héros de ta race. Viens, mon fils, viens, mon sang, que ton père t'embrasse; Espoir de mes vieux jours, viens recueillir des pleurs Que n'ont pu m'arracber dix-huit ans de malheurs... N'hésite plus... suis-moi...

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