ACTE III, SCENE V
LORÉDAlIY.
J'ai dit la vérité.
MONTFORT
Ce billet criminel....
LOREDAN.
C'est moi qui l'ai dicté.
Du fer sacré des lois tu profanais l'usage : Tyran, je l'ai saisi pour sortir d'esclavage. Dans un sang odieux brûlant de le tremper, Pour lui rendre l'honneur j'ai voulu t'en frapper. Que mon dernier aveu t'éclaire et te délivre Des soupçons outrageans où la terreur te livre. J'étais de ce dessein l'auteur et l'instrument ; Mon père l'ignorait, mon père est innocent. Hélas ! j'ai cru servir, en t 'arrachant la vie, L'ingrate qui t'adore et qui me sacrifie; Elle veut mon trépas, je l'attends sans effroi, Et même de ta main c'est un bienfait pour moi.
( A Procida. )
Il vous rend l'innocence, il va briser ma chaîne;
(A Montfort.)
Il assemble sur toi plus d'opprobre et de haine.
Achève, je suis prêt, tu le peux ordonner :
C'est moi qui suis coupable et qu'il faut condamner!
M<>\ Il ORT.
Malheureux, tu te perds! crois-tu sauver ta gloire Par ce superbe aveu d'une fureur si uoire?
LORÉDA.N.
Je vous l'ai dit, mon cœur ne me reproché rien; Faites votre devoir, j'ai cru faire le mien.
MOJVTFORT.
Tu le veux, j'y consens! l'état qui me contemple Attend de ma rigueur un effrayant exemple : Ton inflexible orgueil m'excite à le donner... D'où vient que ma pitié s'obstine à pardonner? Amitié, dont la voix crie au fond de mon amie, Contre toi vainement mon équité réclame! Que mes jours, s'il le faut, soient encor menacés, Je conserve les siens, qu'il vive, c'est assez : Celui que j'ai chéri , que j'ai nommé mon frère, Ne saurait dépouiller ce sacré caractère.
( A Lorédan, qui veut l'interrompre. )
N'espérez plus, seigneur, rallumer mon courroux; Ecoutez-moi, je veux vous sauver malgré vous. Apprenant vos fureurs, le roi dans sa justice Doit sans doute au forfait égaler le supplice. Ce soir, sur un esquif abandonnant ces bords, Dérobez votre tête à ses premiers transports.