ACTE V, SCENE II. IO(J
Le prêtre les répète avec un œil farouche ;
L'enfant même y répond. Je veux fuir, et soudain
Ce torrent qui grossit me ferme le chemin.
Nos vainqueurs, qu'un amour profane et téméraire
Rassemblait pour leur perte au pied du sanctuaire,
Calmes, quoique surpris, entendent sans terreur
Les cris tumultueux d'une foule en fureur.
Le fer brille, le nombre accablait leur courage...
Un chevalier s'élance, il se fraie un passage,
Il marche, il court; tout cède à l'effort de son bras,
Et les rangs dispersés s'ouvrent devant ses pas.
Il affrontait leurs coups, sans casque, sans armure...
C'est Montfbrt! à ce cri succède un long murmure.
« Oui, traîtres, ce nom seul est un arrêt pour vous!
«Fuyez, » dit-il, superbe et pâle de couitoux;
Il balance dans l'air sa redoutable épée,
Fumante encor du sang dont il l'avait trempée.
Il frappe... Un envoyé de la Divinité
Eût semblé moins terrible au peuple épouvanté.
Mais Procida paraît , et la foule interdite
Se rassure à sa voix, roule et se précipite;
Elle entoure Montfort; par son père entraîné,
Lorédan le suivait, muet et consterné.
J'ai vu les citoyens, troublés par la furie,
Se déchirer l'un l'autre au nom de la patrie;
110 LES VEPRES SICILIENNES.
Sur les débris épars, le prêtre chancelant,
Une croix à la main, maudire en immolant.
Du vainqueur, du vaincu, les clameurs se confondent.
Des tombeaux souterrains les échos leur répondent.
Le destin des combats flottait encor douteux :
La nuit répand sur nous ses voiles ténébreux.
Parmi les assassins je m'égare; incertaine,
Je cherche le palais, je marche, je me traîne.
Que de morts, de mourans ! Faut-il qu'un jour nouvenn
Eclaire de ses feux cet horrible tableau?
Puisse le soleil fuir, et cette nuit sanglante
Cacher au monde entier les forfaits qu'elle enfante!
AMÉLIE
Inexorable Dieu , tu n'as point pardonné.
C'en est fait ! devant toi Montfort est condamné*
Courons...