ACTE I, SCÈNE I
J'imitais l'oeil hagard et le sourire affreux ; Et des ressentimeus qui remplissent mon âme Dans la foule en secret je répandais la flamme. Par ces déguisemens j'échappais aux soupçons : Ma haine sans péril distilla ses poisons. Si quelque citoyen se plaignait d'une injure, D'un soin officieux j'irritais sa blessure: Tu connais le pouvoir de nos transports jaloux : J'allumais leur fureur dans le sein des époux; Partout, dans tous les cœurs j'ai fait passer ma rage. Mais c'est peu qu'indignés d'un honteux esclavage , Des mécontens obscurs soient pour nous déclarés ; Et nous comptons des rois parmi nos conjurés.
SALVIA.TI
Des rois!
PROCIDA
Depuis deux ans j'ai quitté la Sicile.
Avant que la tempête éclatât dans cette île , Du pontife de Rome il nous fallait l'appui ; Il craignait nos tyrans, je me présente à lui. Il apprend mon dessein, l'adopte, l'autorise, Près du roi d'Aragon m'offre son entremise : « C'est le sang de Mainfroi qui doit régner sur vous; « De sa fille , dit-il, je couronne l'époux. » Au monarque espagnol je l'annonçai moi-même :
20 LES LEPRES SICILIENNES
Le dangereux présenl d'un nouveau diadème
Est un brillant aj)|)àt pour un (Vont couronné.
Don Pèdre d'Aragon , par l'espoir entraîné.,
S'empresse d'obéir à cet te voix divine,
Veut rassembler sa Hotte et descendre à Messine
Mais bientôt (Tune guerre', utile à nos projets,
Ses trésors épuisés font languir les apprêts.
Je le quitte, et les mers, que je traverse encore,
Me portent de l'Espagne aux rives Aw Bosphore,
J'apprends que de nos rois le successeur altier
Des Osais d'Orient menacent l'héritier.
Ce prince intimidé se trouble au bruit des armes.
Je parais,, mes récits redoublent ses alarmes.
J'ai vu tous les vaisseaux, j'ai compté les guerriers :
J'élève jusqu'aux cieux ces nombreux chevaliers,
Nourris dans les combats ,ardens, pleins de vaillance,
One je bais en Sicile, et que j'admire en France.
Il tremble, mon projet se montre à découvert ;
De l'empire aussitôt le trésor 'm'est ouvert.
El don Pèdre reçoit, par un seerel message.
Un secours important dont je presse l'usage. L'empereur, généreux pour sauver ses états,
^SSUre aux conjurés l'appui de ses soldais :
Déjà de l' Aragon la (lotte est préparée,
Le pontife est arme de la loiidre sacrée.