‹ [Œuvres]Chapitre 3 sur 76 · LA BATAILLE DE WATERLOO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE WATERLOO

Us ne sont plus , laissez en paix leur cendre ; Par d'injustes clameurs ces braves outrages A se justifier n'ont pas voulu descendre;

Mais un seul jour les a vengés:

Us sont tous morts pour vous défendre.

Malheur à vous si vos yeux inhumains

N'ont point de pleurs pour la patrie !

Sans force contre vos chagrins , Contre le mal commun votre âme est aguerrie; Tremblez , la mort peut-être étend sur vous ses mains I

Que dis-je? quel Français n'a répandu des larmes

* Celte Messcuieauc fut composée au mois de juillet 18 15.

22 LA bItAILLE

Sur nos défenseurs expirans?

Prêt à revoir les rois qu'il regretta vingt ans, Quel vieillard n'a rougi du malheur de nos armes? En pleurant ces guerriers par le destin trahis , Quel vieillard n'a senti s'éveiller dans son âme Quelque reste assoupi de cette antique flamme

Qui l'embrasait pour son pays?

Que de leçons , grand Dieu ! que d'horribles images L'histoire d'un seul jour présente aux yeux des rois ! Clio, sans que la plume échappe de ses doigts , Pourra-t-elle en tracer les pages ?

Cachez-moi ces soldats sous le nombre accablés. Domptés par la fatigue , écrasés par la foudre , Ces membres palpitans dispersés sur la poudre,

Ces cadavres amoncelés!

Eloignez de mes yeux ce monument funeste

De la fureur des nations :

O mort ! épargne ce qui reste !

Varus, rends-nous nos légions!

Les coursiers frappés d'épouvante,

Les chefs et les soldats épars , Nos aigles et nos étendards Souillésd'une fange sanglante, Insultés par les léopards, Les blessés mourant sur les chars , Tout se presse sans ordre, et la foule incertaine, Qui se tourmente en vains efforts.

S'agite, se heurte, se traîne.

Et laisse après soi dans la plaine Du sang , des débris et des morts.

Parmi des tourbillons de flamme et de fumée,

O douleur! quel spectacle à mes yeux vient s'offrir?

Le bataillon sacré, seul devant une armée.

S'arrête pour mourir.

C'est en vain que, surpris d'une vertu si rare. Les vainqueurs dans leurs mains retiennent le trépas Fier de le conquérir, il court, il s'en empare: La Garde, avait-il dit, meurt et jne se rend pas. On dit qu'en les voyant couchés sur la poussière. D'un respect douloureux frappé par tant d'exploits^ L'ennemi , l'œil fixé sur leur face guerrière , Les regarda sans peur poiu^ la première fois.

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