ENSEMBLE
Et nous plus misérables sœurs !
226 AINTIGONE ET ISMENE.
ANTIGONE
Eclatez , mes sanglots!
ISMÈIVE.
Coulez, coulez, mes pleurs !
Homlmini diviiiiiqiic voluptas ,
Aima Vcuns!
Lucrèce.
Vénus, 6 volupté des mortels et des dieux!
Ame de tout ce qui respire , Tu gouvernes la terre, et les mers, et les cieux;
Tout l'univers reconnaît ton empire!
Des êtres différens les germes précieux, Qui dorment dispersés sous la terre ou dans Tonde ,
Rassemblés à ta voix féconde , Courent former les corps que tu veux enfanter. Les mondes lumineux roulent d'un cours paisible , L'un vers l'autre attirés, unis sans se heurter,
Par ton influence invisible !
Tu parais , ton aspect embellit l'univers :
Je vois fuir devant toi les vents et les tempêtes
L'azur éclate sur nos têtes; Un jour pur et divin se répand dans les airs.
L'onde avec volupté caresse le rivage ; Les oiseaux, palpitans sous leur toit de feuillage, Célèbrent leurs plaisirs par de tendres concerts. Des gouffres de Thétis tous les monstres informes
Font bouillonner les flots amers Des élans amoureux de leurs masses énormes. Les papillons légers se cberchent sur les fleurs. Et par un doux hymen confondent leurs couleurs. L'aigle suit dans les cieux sa compagne superbe : Les serpens en sifflant s'entrelacent sous l'herbe : * Le tigre, dévoré d'une indomptable ardeur, Terrible, l'œil sanglant et la gueule écumante, Contemple, en rugissant d'amour et de fureur, La sauvage beauté de son hori'ible amante.
Tout ressent de Vénus la puissante chaleur;
Tout produit: les vallons, les fleuves, les montagnes.
La rose se parfume et le chêne verdit ;
Au fond de l'Océan la perle s'arrondit ,
Et les palmiers en fleurs fécondent leurs compagnes.
Cependant les Sylvains, brûlés des mêmes feux, Pressent la nymphe palpitante Qui tremble dans leurs bras nerveux, Et de désir et d'épouvante!...
La déesse sourit aux mortels enchantés :
Elle entend s'élever du milieu des cités ,
De l'épaisseur des bois, du sein des mers profondes,
Un murmure confus de cent bruits amoureux ,
Et ce concert voluptueux Est l'hommage éternel des êtres et des mondes.
.... Neque liariini , ijuas colis , arboniui Te , prêter invisas ciipressos , UUa brevein domiuiim sequetur.
HoR.^CE.
Déjà l'aurore aux mains vermeilles Sème les roses du matin ; Va, jeune esclave , sous ces treilles Porter les coupes du festin. '^
Que ces flacons dont la vieillesse Promet à la soif qui nous presse Un nectar long-temps respecté, Rafraîchis par des eaux limpides , M'apportent dans leurs flancs humides Le délire et la volupté.
(Test ainsi qu'une aimable ivresse
Loin de moi chasse la douleur.
Ue mes jours la mort est maîtresse i
Je suis maître de mon bonheur.
Quand l'aveugle destin l'outrage, Amis, le véritable sage S'enveloppe de sa vertu.
Dédaignant la plainte importune, 11 rit, et boit à la Fortune, Qui pensait l'avoir abattu.
Des beaux arbres qui m'ont vu naître, Les cyprès doivent seuls un jour , Derniers compagnons de leur maître.
Le suivre à son dernier séjour.
Mais que parfois la vigne encore.
Sur nos fronts, que son jus colore.
Courbe ses fortunés berceaux , Avant que le cyprès fidèle Balance son ombre éternelle Sur le marbre de nos tombeaux.
O Nais! par la mort cruelle Quand mon arrêt sera porté.
Approche , la douleur t'appelle Où t'appelait la volupté.
Réponds à ma voix défaillante , Soulève ma tête tremblante, De ton souffle viens m'embraser ; Ah! que sur tes lèvres de flamme Je puisse déposer mon âme !
Que j'expire dans un baiser!
Alors que ma froide paupière Pressera mes yeux à jamais , O Naïs! pour faveur dernière, Couronne-moi de myrtes frais.
Paré comme en un jour de fête , Sur un bras inclinant ma tête, Une coupe vide à la main , J'offrirai la riante image De ce convive heureux et sage Qui sommeille après un festin.
Toi-même, à la clarté ravie, Tu dois fermer tes yeux si beaux ; Mais un jour l'éternelle vie Sortira du sein des tombeaux.
Comme deux époux de la veille,
Qu'un tendre souvenir éveille, Aux premiers rayons du matin ; Surpris et eharmés de renaître , Ensemble nous verrons paraître L'aurore d'un jour sans déclin.