‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 108 sur 489 · ADMÈTE, ARCAS · texte numérisé non relu

ADMÈTE, ARCAS

ARC AS

Quoi ! c'est un prince juste , un héros magnanime,

Que le ciel en ce jour demande pour victime !

A cet affreux trépas Admète est réservé !

A l'amour de son peuple Admète est enlevé !

0 rigoureuse loi d'un oracle inflexible !

Le ciel , dans son courroux , est-il donc insensible

Aux vertus d'un monarque , aux larmes des sujets?

ADMÈTE

Respectons , cher Arcas , ses terribles décrets.

Mais quand l'autel est prêt, quand ma mort est prochaine,

As-tu dans son erreur entretenu la reine?

Avec des soins prudents lui cache-t-on toujours

Que l'oracle fatal a condamné mes jours?

ARCAS

Oui , seigneur : de son trouble enfin son cœur respire-, Il ne s'alarme plus pour vous ni pour l'empire. Autour d'elle empressés , vos fidèles sujets Font taire leurs douleurs , leurs soupirs , leurs regrets ; Tout dérobe à ses yeux la vérité funeste.

ADMÈTE

0 ti'op cruelle erreur! ô malheureuse Alcestel I. 14

i62 OEDIPE CHEZ ADMÉTE.

ARC AS

Faut-il donc la quittei* au printemps de vos jours ! Pourquoi les dieux sitôt en bornent-ils le cours? Ah ! quel bonheur jamais fut plus digne d'envie!

ADMETE.

Combien de nœuds , Aroas , m'attachaient à la vie î Ces sujets pleins d'amour, dont l'oeil fixé sur moi Ne pouvait se lasser de contempler leurroi; Leurs transports d'allégresse empreints sur leur visage ; Leurs flots tumultueux inondant mon passage; Tous ces cris répétés , leurs regards satisfaits M'ofïrant de toutes parts le prix de mes bienfaits ; . Ce plaisir de me dire : « Ils vivent sans alarmes ; « Le bonheur de me voir fait seul couler leurs larmes ; « Il n'en est pas un seul dans ce peuple nombreux « Qui pour moi dans son cœur ne forme mille vœux ; u Par les lois, par les mœurs, je rends mon sceptreauguste ; « Ma joie est d'être aimé, ma gloire est d'être juste. » Ah ! de mon peuple, Arcas , faut-il me séparer !

ARC AS

Le ciel à nos regards n'a fait que vous montrer : Fallait-il que la mort...

ADMÈTE

Mort cruelle et jalouse, Qui m'ôte mes enfants , mes sujets, mon épouse... Eh ! quelle épouse , ô ciel ! Ami , si quelquefois Ces soucis importuns qu'on lit au front des rois Avaient du moindre trouble altéré mon visage. Un mot, im mot d'Alceste, écartant le nuage, Y ramenait le calme et la tranquillité. Son œil s'ouvrait , Arcas , j'étais moins agité. Que dis-je? en ces moments où notre âme plus tendre Dédaignait les discours pour mieux se faire entendre. Un long enchantement confondait nos deux cœurs;

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