ADMÈTE, ARCAS
ARC AS
Quoi ! c'est un prince juste , un héros magnanime,
Que le ciel en ce jour demande pour victime !
A cet affreux trépas Admète est réservé !
A l'amour de son peuple Admète est enlevé !
0 rigoureuse loi d'un oracle inflexible !
Le ciel , dans son courroux , est-il donc insensible
Aux vertus d'un monarque , aux larmes des sujets?
ADMÈTE
Respectons , cher Arcas , ses terribles décrets.
Mais quand l'autel est prêt, quand ma mort est prochaine,
As-tu dans son erreur entretenu la reine?
Avec des soins prudents lui cache-t-on toujours
Que l'oracle fatal a condamné mes jours?
ARCAS
Oui , seigneur : de son trouble enfin son cœur respire-, Il ne s'alarme plus pour vous ni pour l'empire. Autour d'elle empressés , vos fidèles sujets Font taire leurs douleurs , leurs soupirs , leurs regrets ; Tout dérobe à ses yeux la vérité funeste.
ADMÈTE
0 ti'op cruelle erreur! ô malheureuse Alcestel I. 14
i62 OEDIPE CHEZ ADMÉTE.
ARC AS
Faut-il donc la quittei* au printemps de vos jours ! Pourquoi les dieux sitôt en bornent-ils le cours? Ah ! quel bonheur jamais fut plus digne d'envie!
ADMETE.
Combien de nœuds , Aroas , m'attachaient à la vie î Ces sujets pleins d'amour, dont l'oeil fixé sur moi Ne pouvait se lasser de contempler leurroi; Leurs transports d'allégresse empreints sur leur visage ; Leurs flots tumultueux inondant mon passage; Tous ces cris répétés , leurs regards satisfaits M'ofïrant de toutes parts le prix de mes bienfaits ; . Ce plaisir de me dire : « Ils vivent sans alarmes ; « Le bonheur de me voir fait seul couler leurs larmes ; « Il n'en est pas un seul dans ce peuple nombreux « Qui pour moi dans son cœur ne forme mille vœux ; u Par les lois, par les mœurs, je rends mon sceptreauguste ; « Ma joie est d'être aimé, ma gloire est d'être juste. » Ah ! de mon peuple, Arcas , faut-il me séparer !
ARC AS
Le ciel à nos regards n'a fait que vous montrer : Fallait-il que la mort...
ADMÈTE
Mort cruelle et jalouse, Qui m'ôte mes enfants , mes sujets, mon épouse... Eh ! quelle épouse , ô ciel ! Ami , si quelquefois Ces soucis importuns qu'on lit au front des rois Avaient du moindre trouble altéré mon visage. Un mot, im mot d'Alceste, écartant le nuage, Y ramenait le calme et la tranquillité. Son œil s'ouvrait , Arcas , j'étais moins agité. Que dis-je? en ces moments où notre âme plus tendre Dédaignait les discours pour mieux se faire entendre. Un long enchantement confondait nos deux cœurs;