ŒDIPE
Oui , lu verras le fougueux Polynice De mon sort quelque jour envier le supplice.
ANTIGONE
Pensez qu'Admète ici va vous tendre les bras.
OEDIPE
Crois-tu qu'à mon aspect il ne frëmira pas ?
ANTIGONE
Tant que nous respirons, le ciel à nos alarmes
D'un bonheur, quel qu'il soit , laisse entrevoiries charmes;
Ne me dérobez pas l'espoir que j'en conçoi.
OEDIPE
Je ne te blâme point , j'ai pensé comme toi.
D'être heureux, en naissant, l'homme apporte l'envie j
Mais il n'est point, crois-moi , de bonheur dans la vie.
Il lui faut , d'âge en âge , en changeant de malheur,
Payer le long tribut qu'il doit à la douleur.
Ses premiers jours peut-être ont pour lui quelques charmes :
Mais qu'il connaît bientôt l'infortune et les larmes !
îl meurt dès qu'il respire , il se plaint au berceau ;
Tout gémit sur la terre, et tout marche au tombeau.
ANTIGONE
De vous plus que jamais la tristesse s'empare.
OEDIPE
Époux , pères , enfants , il faut qu'on se sépare : C'est un arrêt du sort , nul ne peut l'éviter.