‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 123 sur 489 · ŒDIPE · texte numérisé non relu

ŒDIPE

Oui , lu verras le fougueux Polynice De mon sort quelque jour envier le supplice.

ANTIGONE

Pensez qu'Admète ici va vous tendre les bras.

OEDIPE

Crois-tu qu'à mon aspect il ne frëmira pas ?

ANTIGONE

Tant que nous respirons, le ciel à nos alarmes

D'un bonheur, quel qu'il soit , laisse entrevoiries charmes;

Ne me dérobez pas l'espoir que j'en conçoi.

OEDIPE

Je ne te blâme point , j'ai pensé comme toi.

D'être heureux, en naissant, l'homme apporte l'envie j

Mais il n'est point, crois-moi , de bonheur dans la vie.

Il lui faut , d'âge en âge , en changeant de malheur,

Payer le long tribut qu'il doit à la douleur.

Ses premiers jours peut-être ont pour lui quelques charmes :

Mais qu'il connaît bientôt l'infortune et les larmes !

îl meurt dès qu'il respire , il se plaint au berceau ;

Tout gémit sur la terre, et tout marche au tombeau.

ANTIGONE

De vous plus que jamais la tristesse s'empare.

OEDIPE

Époux , pères , enfants , il faut qu'on se sépare : C'est un arrêt du sort , nul ne peut l'éviter.

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