‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 206 sur 489 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Au cri de la pilié leur sexe ëtait-il sourd !

En pleurant.

Mon père, étais-tu fait pour incliner la têle Sous le poids des torrents vomis par la tempête ! Hëlas I je les ai vus , ce front , ces cheveux blancs , Sous le feu des éclairs , insultés par les vents I Quelle nuit en horreurs fut jamais plus fertile ! Au dernier des humains j'eusse ouvert un asyle. Et toi , mon père , et toi... voilà tous les secours Que le ciel m'a prêtés pour conserver tes jours : Ces bras qui t'ont reçu, la caverne où nous sommes, Le mépris qui te cache à la fureur des hommes, Ce déplorable lit , ces roseaux , que du moins La pauvreté sensible offrit à tes besoins. Ah ! si par tes douleurs la raison t'est ravie, Sans peine à te servir je consacre ma vie.

Au comte.

Le jour de la raison peut-il se rallumer?

Il est des végétaux d'où l'art sait exprimer Quelques sucs bienfaisants dont la puissance active Rappelle en notre esprit sa clarté fugitive.

HELMONDE.

Admirables présents, végétaux précieitx, Pour guérir les mortels , nés du souffle des dieux , Si vous pouvez m'entendre et sentir mes alarmes. Fleurissez pour mon père, et croissez sous mes larmes I Ne trompez pas mes vœux! Et vous, sommeil, et vous. Répandez sur ses yeux vos pavots les plus doux ! Que jamais leur fraîcheur ne baigne ma paupière Que vous n'ayez rendu le repos à mon père!... Ah I cher comte, son front a paru s'éclaircir.

LE COMTE

Daigne le ciel entendre un si juste désir !

HELMONDE.

Si sa faible raison se ranimait encore!

Le calme de ses traits peut-être en est l'aurore.

Mais il s'éveille.

LÉAR

0 ciel l quel spectacle nouveau !

Pourquoi me forcez-vous à sortir du tombeau ?

Charmé par les rayons de l'aurore.

0 la douce lumière 1... Ah ! d'où reviens-je? où suis-je? Ce jour, ce lieu , ce corps , tout me semble un prestige -, Tout chancelle et s'échappe à mes yeux incertains j Je n'ose qu'en tremblant me fier à mes mains. Dans cet état honteux j'ai pitié de moi-même.

HELMONDE.

Regardez-moi, seigneur, songez que je vous aime.

LÉAR

Ah ! ne m'insultez pas.

Il va pour se mettre aux pieds d'Helmonde. HELMONDE , relevant Le'ar.

Seigneur, que faites-vous?

C'est à moi qu'il convient d'embrasser vos genoux.

LÉAR

Vous voyez, je suis faible.

HELMONDE.

Hélas !

LÉAR

Ma fin s'apprête -, Les ans se sont en foule entassés sur ma tête. Daignez me protéger.

HELMONDE.

Contre qui?

LÉAR

Contre... Eh quoi !

Vous ne savez donc pas leurs complots contr* moi ?

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