ACTE IV, SCENE V
HELMONDE.
Vers son sein malgré moi mes bras sont emportés : Je ne résiste plus.
LÉAR
Mon cœur parle." LE COMTE , à Hehnonde.
Arrêtez I
HELMONDE. x
La nature m'entraîne.
LÉAR
Et moi , le sang m'éclaire.
HELMONDE.
Reconnaissez Helmonde.
LÉAR
0 ma fille!
HELMONDE.
0 mon père !
Nous voilà réunis : oubliez vos malheurs 5 Confondons nos destins, et notre âme, et nos pleurs.
LÉAR
Larmes de mon enfant , coulez sur ma blessure-,
Dans ce cœur paternel consolez la nature j
Coulez avec lenteur sur ses replis sanglants
Que la dent des ingrats déchira si long-temps.
Oui , je sens que tes pleurs , en baignant mon visage ,
M'ont rendu ma raison , m'en font chérir l'usage.
Oh! reste sur mon sein. Vingt siècles de tourment
Seraient tous efl'acés par un si doux moment.
Dieux! veillez sur ses jours. Dieux! pour faveur dernière,
Que j'expire en ses bras du bonheur d'être père !
Ils viennent d'exaucer mon plus tendre désir : Pour vous , auprès de vous , je veux vivre et mourir.
LÉAR
Hélas! dans quel état , ma fille, es-tu réduite?
HELMONDE.
Seigneur, de vos destins laissez-moi la conduite. Vos tyrans sont haïs ; vos défenseurs sont prêts : Edgard les a pour nous cachés dans ces forets. Pour nous mettre en leurs mains il va bientôt paraître. Voici , voici l'instant de détrôner un traître. De la couronne encor votre front va s'orner.
LÉAR
Je pourrai donc , ma fille , enfin te la donner. 0 noble et brave Edgard !
LE COMTE
Je réponds de son zèle.
LÉAR
11 est né de ton sang , il doit m'être fidèle.
HELMONDE.
Il veilla sur mon sort dans mon adversité.
LÉAR, au comte.
Et toi , dans mon malheur tu ne m'as pas quitté. Vous serez les vengeurs de Léar et d'IIel monde.