ACTE IV, SCENE IV. ^6^J
De tes devoirs sacrés il doit aussi t'instruire. Ce livre inexorable, à toute heure, en tous lieux, Offrira le reproche ou la gloire à tes yeux. Mais l'ombre de Duncan nous demande vengeance. Des dieux, dont tout mortel brave en vain la puissance, Sur l'indigne assassin qui lui porta les coups , Par nos vœux réunis attirons le courroux. Quels sont les tiens, Macbeth?
MACBETH
Qu'il meure , qu'il périsse !
FRÉDEGO^DE.
Puisse le ciel bientôt nous offrir son supplice !
LOCLlxV.
Le ciel reçoit vos vœux-, ils seront exaucés. Du înalheureux Duncan les mânes courroucés Du séjour de la mort sauront se faire entendre ; Ils demandent vengeance , ils la feront descendre. En lui présentant la couronne.
Reçois donc , ô Macbeth , ce signe glorieux Du pouvoir souverain que te donnent les dieux ! Qu'ils daignent sur ton front bénir le diadème I
MACBETH, à part.
Je ne puis faire, hélas! un tel vœu pour moi-même.
FRfiiDEGONDE.
Que dis-tu ?
LOCLIN.
Songe bien qu'ici la liberté S'unit avec l'honneur et la fidélité-, Que la pompe des camps seule a droit de te plaire : Qu'un roi dans nos rochers n'est qu'un chef à la guerre ; Que ce livre surtout qu'ici je te remets Te défend d'accorder le pardon aux forfaits : Qu'il n'en existe point pour le mortel perfide Qui trahit son pays , jamais pour l'homicide.
57'o MACBETH.
Songe qu'en ce moment l'Ecosse par ma voix Te fait le défenseur, non le tyran des lois-, Qu'il leur faut obéir , pour que l'on t'obéisse. J\ous aimons la valeur , mais surtout la justice.
MACBETH
Puissé-je, de Duncan lorsque j'ai le pouvoir, M'acquitter comme lui d'un si noble devoir ! x\h ! s'il est un mortel fi sa perte sensible, Pour qui de son trépas l'image soit terrible,
Croyant voir l'ombre de D uncan .
Croyez que c'est Macbeth, croyez... Que me veux-tu? Au séjour des vivants quel pouvoir t"a rendu? Que viens-tu faire ici , fantôme épouvantable?
LOCLIN.
D'où naît celte terreur?
FRÉDEGONDE.
Son trouble est excusable.
Le meurtre de son roi Ta trop préoccupé , Et d'un forfait si noir il est encor frappé. Bas à MacLeth.
Est-ce à VOUS de frémir devant un tel prestige? Un guerrier... se peut-il?...
MACBETH
Il est là , là , te dis-je.
FRÉDEGONDE.
Reprenez sm* vos sens un pouvoir aî)solu-, Votre effroi vous abuse.
MACBETH
Eh quoil n'as-tu pas lu Ecrit en trait de sang : Point de grâce au perfide. Jamais pour l'assassin , jamais pour l'homicide I
FRÉDEGONDE, has.
Songez qu'on vous observe. (Haut.) Ah ! revenez à vous! Macl)eth, mon cher Macbeth I...AhI Loclin, fuyez-nous.