ACTE I, SCENE IV
ARTHUR , à part.
J'espère.
Haut.
Vous venez de vous dire à vous-même, à l'instant : « Non, jamais, ce bonheur, nous ne l'aurons. »
HUBERT
Comment !
ARTHUR
Oui, vous avez dit, nous. Oh! si j'osais tout dire!
HUBERT
Hé bien, Arthur ! parlez j vous devez m'en instruire.
ARTHUR
Mais votre bouche, au moins, n'en parlera jamais, A mon oncle surtout.
HUBERT
Oui , je vous le promets.
ARTHUR
Il me faut un serment , je le veux.
HUBERT , à part.
Quel mystère!
[Haut.) Un serment , et par qui?
ARTHUR
Jurez-moi par ma mère.
HUBERT
Oui, je jure par elle. Allons , instruisez-moi.
ARTHUB.
Ah ! c'est le ciel , Hubert , qui m'inspira , je croi,
HUBERT
Parlez.
ARTHUR
Dans mon berceau , ma mère, à ma naissance. Se plut d'un don bien cher à parer mon enfance , D'une croix que toujours , fidèle à son dessein , Avec respect , Hubert, je portai sur mon sein. Elle m'a dit souvent , lorsque j'ai pu l'entendre :
« Puisse ce signe heureux, mon cher fils, te défendre,
« Te protéger toujours! » Dans ma captivité ,
Un espoir à mou cœur enfin s'est présenté.
• , HUBERT
J'entends.
Sur cette croix , pour me faire connaître , J'ai gravé ces trois mots qui toucheront peut-être : « Anglais, sauvez Arthur I »
HUBERT
Et l'avez- vous?
ARTHUR
Oh non !
Je l'ai fait aussitôt tomber de ma prison.
HUBERT
Quel était votre espoir?
ARTHUR
Qu'un mortel né sensible , Tel que vous , cher Hubert , de cette toiu' horrible , Avec quelques amis, voudrait bien me tirer.
HUBERT
Arthur, à cette erreur n'allez pas vous livrer.
ARTHUR
Oui, vous avez raison. Ah! s'il était possible!
Si ces pierres , ce mur n'était pas insensible!
Mais d'où viennent mes pleurs ? qui les fait donc couler ?
Votre main, cher Hubert! Je sens mon corps trembler.
La mort est sur mes pas , la terreur m'accompagne.
Oh ! si vous m'emmeniez au fond de la Bretagne I
Si notre fuite... Hubert , ayez pitié de moi 5
Voyez à vos genoux le fils de Godefroi ,
Le sang des souverains.
HUBERT
On vient, cachez vos larmes.