ACTE III, SCENE VIII
CONSTANCE
Ahl parlez: quel mystère...
HUBERT
Je ne puis.
CONSTANCE
Je le veux.
HUBERT
Vous mourriez dans mes bras.
CONSTANCE
Dans mon cœur par ce mot vous portez le trépas.
HUBERT
Non.
CONSTANCE
Dites tout , Hubert ; et, s'il faut que j'expire...
HUBERT
Votre fils...
CONSTANCE
Achevez. Il n'est plus I
11 respire.
Mais, hélas ! dans ses yeux, ô crime ! affreux séjour ! Un fer rouge et brûlant vient d'éteindre le jour. CONSTANCE.
Je me meurs! . .0 mon fils I . .Quel monstre ! Je succombe. Arthur ! mon cher Arthur ! mon enfant î
HUBERT
Ah ! la tombe Va s'ouvrir pour tous deux.
CONSTANCE
Le ciel me vengera.
J'armerai l'Angleterre, et Londres m'entendra. ". -'-^ Frémis, tyran, frémis ! On verra mes misères. Mon enfant dans les bras, j'appellerai les mères. Je me meurs , je me meurs. . . 0 jour ! fuis de mes yeux ,
Puisqoe mon cher Arthur ne peut plus voir les cieux I
HUBERT
Madame, ah ! dans mon sein laissez couler vos larmes
CONSTANCE
Hubert, est-il bien vrai? Quoi ! ses yeux pleins de charmes Ses yeux d'un fer barbare ont senti la rigueur ! Ce fer, ce fer brûlant est entré dans mon cœur !
HUBERT
Madame, au nom d'un fils, au nom de la nature,
Par ce ciel qui bientôt va venger votre injure,
Ecoutez le conseil que j'ose vous donner.
Le forfait est^afireux , il me fait frissonner*,
Mais un autre plus grand peut vous atteindre encore.
Songez qu'un tigre ici nous cherche et nous dévore.
S'il vous connaît , hélas ! vous verrez dans l'instant
Tomber sous son poignard votre fils palpitant.
Vous allez voir ce fils. Contraignez- vous , madame :
Renfermez vos douleurs, vos sanglots dans votre ànie:
Qu'il ignore à jamais , ce prince infortuné ,
Que c'est de votre sang, dans ce sein, qu'il est né.
A vos traits maintenant il ne peut vous connaître -,
Mais, hélas ! votre voix l'avertira peut-être.
S'il s'en souvient encor, s'il en était frappé,
Par vous-même, à l'instant, qu'il en soit détrompé.
Sous les yeux d'un tyran, tremblez qu'une imprudence
Ne découvre sa mère au fer de la vengeance.
Un seul mot , un soupir peut vous perdre tous deux.
Conservez-vous du moins cet enfant malheureux.
Hélas ! à vous aimer vous trouverez des charmes.
Vous guiderez ses pas , il essuîra vos larmes.
Vous paîrez son amour par les plus tendres soins.
Il vivra sans vous voir, mais il vivra du moins.
Allons , efïbrcez-vous de cacher ce mystère.
Oubliez, s'il se peut, que vous êtes sa mère.