ACTE IV, SCÈNE V. i5i
De quelque perfidie est la preuve peut-être. Vois, lis.
OTHELLO , Usant le billet.
« Je sais quel est mon outrage envers vous. « A riiymen d'Othello je renonce, ô mon père ! « Puisse mon repentir calmer votre colère ! « C'est à votre choix seul à nommer mon époux. « HÉDEL>ioxE. » Il le peut.
PÉZARE.
Un mépris légitime- Te force à dédaigner le coupable et le crime j Tu ne sens , je le vois, ni haine ni fureur.
OTHELLO, avec le plus grand calme.
Ami , le désespoir est au fond de mon cœur. Les moments me sont chers. J'aimai ta république; A payer ses bienfaits mon zèle encor s'applique. Il lui faut un guerrier qui la serve après moi -, Je peux le désigner, et ce guerrier c'est toi. Je peux te proposer à ton sénat auguste. PÉZARE.
Que dis-tu? moi I
OTHELLO
Je meurs : c'est l'instant d'être juste. Ecoute. D'un vieillard j'ai causé la douleur, Et c'est un repentir que j'emporte en mon cœur. Son âme est déchirée , au désespoir ouverte ; Il fuit , cache ses pas ; il vit , préviens sa perte. Oui, c'est le seul mortel , par ma faute affligé, Que jamais Othello croit avoir outragé.
Mais ma mort remettra la paix dans sa famille. Tu rendras ce bandeau , ce billet à sa fille ,
Il lui montre l'un et l'autre , mais sans les lui donner. Mais sans parler de moi , sans un mot sur mon sort , Sans que rien lui rappelle ou ma vie ou ma mort.
i53 OTHELLO.
D'un plus illustre époux contente et glorieuse , Qu'elle achève , en l'aiinant , une carrière heureuse ! Et moi j'aurai la paix dans la nuit du tombeau. j^Prét à lui remettre le handeau et le billet , avec la plus i;rande fureur.
Tiens, voilà son billet, et voilà son bandeau...
je veux dans ce vil sang, dans ce sang que j'abhorre ,
Les plonger tous les deux , les replonger encore.
Où son amant est-il? Ami, conduis mes pas :
Mes yeux n'ont point encor joui de son trépas !
Conçois-tu mes plaisirs, quand d'un regard avide
Je verrai sur son corps palpiter la perfide ,
Lorsque je compterai ses soupirs douloureux
Sous les coups du poignard qui les joindra tous deux ?
S'arrêtant.
Othello, que fais-tu? Reviens à toi, barbare! Quelle ivresse t'aveugle , et quel transport t'égare I Jamais, quand les combats te rendaient inhumain , Le meurtre d'une femme a-t-il souillé ta main ! Je sens que ma fureur, je sens que mon offense. Ont par leur excès même enchaîné ma vengeance. Tu te souviens des mots que , non loin de ce lieu , Son père, en me quittant, m'a laissés pour adieu : « Crois-moi , veille sur elle : une épouse si chère « Peut tromper son époux, ayant trompé son pire. »
PÉZARE.
Il est vrai.
OTHELLO
Par quel art ses perfides douleurs Faisaient mentir ses yeux, faisaient mentir ses pleurs. Dis : crois-tu dans son cœur Hédelmone infidèle ? PÉZARE.
Le billet, le bandeau, tout dépose contre elle.
OTHELLO
Oh I que dans ses déserts Othello retenu