ACTE V, SCÈNE IV
Vous ne m'écoutez pas... vous doutez!
OTHELLO
Au contraire.
Enfin.
HÉDELMONE.
Il me rendit , de mes pleurs indigné, Ce billet que ma crainte avait d'abord signé.
OTHELLO
Après ?
HÉDELMONE.
Je l'ai remis à Lorédan.
OTHELLO, à part.
0 rage !
Haut.
Pourquoi? dans quel dessein? parlez , à quel usage ?
Afin que...
OTHELLO
Poursuivez...
HÉDELMONE.
Que son père, excité Par l'espoir de Thymen dont nous l'avons flatté, Voulût sauver le mien.
OTHELLO
Et par ce stratagème Vous l'avez donc trompé ?
HÉDELMONE.
J'atteste ce ciel même , C'est le seul que mon cœur se soit jamais permis.
OTHELLO
Enfin, ce Lorédan?...
HÉDELMONE.
Il doit avoir remis Cette promesse au doge; et par là , je l'espère, Ce mortel généreux aura sauvé mon père.
i/,8 OTHELLO.
OTHELLO
J'entends , c'est sans espoir qu'il secondait vos vœux?
HÉDELMONE.
Sans espoir.
Si pourtant ce mortel généreux, Ce héros si charmant, que le masque déguise, Eût d'un rapt avec vous concerté l'entreprise? Il vous tardait de voir, pour former d'autres nœuds , Ce Lorédan , ce doge avertis de vos feux I Voilà pourquoi tantôt , me cachant mes outrages , Tu tremblais dans ton cœur de quitter ces rivages. Le ciel pour te punir prit un moyen nouveau :
Lui montrant le billet d'une main, et le bandeau de l'aolre. Tiens , voilà ton billet •, mais voilà ton bandeau. Je les tiens à l'instant de la main de Pézare.
HÉDELMONE.
De lui ! c'est ton ami. Mon bonheur se déclare. Si c'est de Lorédan qu'il les tient à son tour. Mon père nous pardonne et permet notre amour.
OTHELLO
Oui , c'est par Lorédan qu'il a su me les rendre; Mais c'est sur Lorédan qu'il vient de les surprendre, Sur lui , qu'il a laissé de vingt coups dans le flanc Palpitant sur la terre , et baigné dans son sang.
HÉDELMONE.
Il est mort I il est mort I
OTHELLO
Tu lui donnes des larmes !
HÉDELMONE.
Ciel! qu'entends-je ?
OTHELLO
Tu plains sa jeunesse et ses charmes.
Lorédan ! Lorédan !