SCÈNE I
TÉNAIM, SALÉMA, ODÉIDE.
mies ne travaillent point encore; mais elles ont chacune une corbeille a leur portée; celle de Ténaim renferme des cotonniers qu'elle doit dépouiller ; celle de Saicma , des fuseaux et des laines ; et celle d'Odéide , des aiguilles et des tissus. Le jour est au moment de se lever.
SALÉMA.
la sœur, qu'avec plaisir ton récit plein de charmes lur ce vieillard souffrant me fait verser des larmes 1
i68 ABUFAR.
Si nous eussions déjà commence nos travaux ,
II aurait de mes mains fait tomber les fuseaux.
Heureux qui peut ainsi secourir la vieillesse,
Dans la. force de l'âge assister la faiblesse.
Honorer le malheur par des soins consolants
Et rendre comme au ciel hommage aux cheveux blancs '.
ODÉIDE.
Écoutez-moi , ma sœur. Si mon récit vous touche , Un autre , à votre tour, doit ouvrir votre bouche : Si l'on plaint d'un vieillard le sort infortuné, On plaint également l'enfant abandonné.
Ma sœur, de cet enfant racontez-nous l'histoire.
SALÉMA.
Je la voudrais plutôt bannir de ma mémoire.
ODÉIDE.
Pourquoi gémir? L'enfance a des charmes si doux !
Elle en a pour tout homme, et plus encor pour nous.
C'est à nous que d'abord la nature confie
Ces chers fruits de l'hymen qui nous doivent la vie.
Mais ce trait de vertu , ce trait d'humanité,
Ma sœur, en mon absence , on vous l'a donc conté.
SALÉRLA.
Oui, ma sœur.
ODÉIDE.
Et qui donc?
SALÉMA.
Hélas ! ce fut ma mère.
Ce souvenir pour moi la rend encor plus chère. Nous sortions de l'enfance , et ses yeux vigilants , Toujours ouverts sur nous, observaient nos penchants. Pour un infortuné son cœur avec tristesse Un jour au fond du mien crut voir moins de tendresse : Pour m'instruire avec fruit , seule , elle me conta Un trait noble et touchant que la pitié dicta.